On a vu… qu’être un sériephile n’était pas mieux avant

On a vu… qu’être un sériephile n’était pas mieux avant

Ça m’a percuté au moment de faire mes propositions sur les séries à rattraper pour les contributeurs du site. En épluchant ces séries commencées et non terminées, un nom m’avait sauté aux yeux : The West Wing saison 1. Comment avais-je pu arrêter The West Wing en saison 1 alors que c’est une réussite, que c’est du très bon Aaron Sorkin, et qu’à l’époque où je la regardais, elle était diffusée en VOST, et dans l’ordre, sur Série Club ? Aucune excuse donc…

Sauf une : il me manquait un épisode. Un évènement qui serait inconcevable aujourd’hui, mais il faut essayer de se souvenir 5 minutes à quoi ça ressemblait la vie d’un sériephile dans les années 90. Et que si l’outil préféré du sériephile aujourd’hui, c’est l’ordinateur, avant, c’était ça :

Et ça :

Le magnétoscope et la cassette vidéo. De préférence deux magnétoscopes, hein. Le sériephile des 90s achète son programme télé préféré et sort son stabylo. C’est le moment du « que vais-je enregistrer/voir cette semaine ». Après de nombreux coups de fluo, la sanction tombe : il faut enregistrer plus de 30 heures de programme, certains lors de leur dernière diffusion car ils ont le mauvais goût d’être à la même heure qu’une autre série. Et que non, le principe de double-tuner n’existait pas encore à l’époque. Impossible sur un décodeur satellite (indispensable à tout bon sériephile qui se respecte) d’enregistrer deux programmes de concert, ou de voir l’un et d’enregistrer l’autre.

Les programmes sont rentrés dans le magnétoscope, qui peut en encaisser 8. Certains sont hebdos (huhu Oz sur Série Club), quotidiens (coucou Party of Five sur Téva). Certains sont diffusés un par un (Seinfeld sur Canal Jimmy), d’autres par bloc de trois (X-Files sur M6). La machine est bien huilée, les cassettes de 240 minutes, voir 300 pour les joueurs, sont toute prêtes. Avoir 2 magnétoscopes est bien pratique pour remettre les épisodes d’une même série sur les même cassettes, et pas se perdre totalement dans les collections (betaséries n’existait pas, pour info).

Le sériephile a plusieurs ennemis jurés, qui viennent tous plomber son bel ouvrage :

Image issue d’un superbe épisode de The Practice. Je crois.

1 – La cassette elle est pétée.

Ca enregistre tout bien, sauf que la bande a souffert à force de multiplier les enregistrements (ou alors parce que vous n’aviez pas assez de thunes pour prendre la bonne came et vous avez acheté des cassettes de troisième choix).

Donc vous avez une bande hideuse qui passe de bas en haut de votre image, tout en flinguant le son. Vous pouvez pleurer.

 

2 – Vous n’avez pas mis la bonne chaîne. Vous vouliez enregistrer American Gothic sur 13e Rue en après-midi, mais vous êtes restés sur Canal Jimmy. Vous avez donc enregistré une ancienne émission des Carpentiers.

Mais qu’est-ce… que… j’ai… enregistré ?

3 – Dérivation de 2, votre fournisseur d’accès a eu un problème technique et vous avez le droit au message « cette chaîne ne fait pas partie de votre abonnement ». Mais si elle en fait partie ! Mais si ! Sapajou ! Cornebuse ! (je lis Tintin à mon fils en ce moment, désolé)

4 – Vous vous êtes trompés de date. Tocard. Ca n’est pas le 22/11 à 0h01 mais le 23/11 à 0h01. Et oui, ça a beau être sur la page du 22/11, quand on passe minuit, on est le 23 ! Nullard ! Imbécile !

« Si c’est le 23 à partir de 0h00, pourquoi est-ce que c’est sur la page du 22 ? POURQUOI ???? »

5 – Les acteurs morts. A cause d’eux, la programmation des chaînes changent. La mort, c’est déjà triste en soi, mais quand ça vient perturber le quotidien d’un sériephile, c’est la pire chose qui puisse arriver (1). Surtout si le diffuseur n’est pas consciencieux et ne décale pas son planning de diffusion de la série, sautant un épisode.

Heureusement on est en 2013. Et en 2013, on peut revenir en arrière en visionnant un programme (et ainsi ne plus danser la gigue en attendant la pause publicitaire pour aller aux toilettes), on a la VOD, le téléchargement, la sortie des DVD trois jours après la diffusion (même si ne pas regarder les séries à la télé pose des problèmes d’audience).

Tout ça pour dire que si The West Wing avait débutée en 2010, j’aurais certainement suivi la série dans les temps de diffusion au lieu de m’arrêter à cause d’un enregistrement foiré. Gardons une pensée pour le sériephile des 90s et aux cassettes vidéos. Ces objets qui vieillissent mal, lourds et encombrants (une saison de série en taille = une intégrale de Friends en Blu-Ray), à la qualité douteuse. Pensons aux magnétoscopes aussi : bruyants, qui s’encrassent facilement… des outils peu maniables, un programme qui ne s’arrête jamais… dans les 90s, être sériephile était un boulot à temps plein, pendant lequel on passait presque autant de temps à récupérer ce qu’on voulait voir que de temps à le voir.

Heureusement, tout ça a changé.

(1) : Oui, je me rends compte de l’aspect futile et insensible de cette considération.

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