On a vu… qu’on est de moins en moins coulants (Sons of Anarchy, Dexter)

On a vu… qu’on est de moins en moins coulants (Sons of Anarchy, Dexter)

« Toi je vais te tuer parce que tu dis trop fuck. »

Sons of Anarchy et ses bikers qui ont des états d’âmes en sont à leur cinquième saison. C’est beaucoup. Dexter et son assassin gentil comme tout en est à sa septième saison. C’est énorme. A mesure que le temps avance, que ces deux séries (hélàs) décroissent en qualité, je m’aperçois que des éléments de ces histoires dont je me moquais royalement au départ deviennent des rééls problèmes aujourd’hui. Les Sons sont des ordures. Et Dexter est un tueur en série sanguinaire. Et ça ne me gêne que depuis peu…

La moralité, ou plutôt amoralité, des personnages n’a jamais été un problème pour moi. Je suis un adorateur de Vic Mackey, de Walter White et d’Al Swearingen. Adorateur. Et pourtant, ces trois-là sont loin d’être des enfants de choeur. De vrais manipulateurs mégalo-égoïstes. Pour les aimer à ce point, je me rends de plus en plus compte qu’ils ont un garde-fou constant, un objet brillant qui détourne l’attention de leurs méfaits et empêchent le téléspectateur d’émettre un jugement trop lapidaire sur ces personnages: leurs séries étaient/ sont fabuleusement écrites.

Hormis quelques passages à vides bien naturels, The Shield est resté une oeuvre d’une qualité constante durant ses sept saisons. Deadwood est un pur chef-d’oeuvre si tenté qu’on adhére au style de David Milch. Breaking Bad n’a pas encore connu de gros moment de faiblesse, et continue encore aujourd’hui (alors que la série est à son crépuscule), de monter en pression.

[SPOILERS] Les personnages de Dexter et de Sons… ne peuvent pas vraiment dire qu’ils bénéficient du même traitement. Dexter a mis deux saisons de trop à opposer les deux frangins Morgan, et on a aujourd’hui l’impression que ça arrive trop tard. Voir Debra se pervertir au contact de Dexter de façon aussi maladroite jusqu’ici met en valeur les limites du « code » du Bay Harbour Butcher. Par Debra, les auteurs mettent inconsciemment en dialogues les soucis de moralité du personnage. Sans donner de réponse pour retourner leur opinion. Oui, Dexter a tué des assassins qui étaient passés entre les mailles du filet, mais dans le lot, certains d’entre eux auraient pu être mis entre les mains de la justice. Dexter a choisi le meurtre. Debra, progressivement, décide de fermer les yeux « ne me mêle pas à ça ». Message au téléspectateur : faites pareil, ne vous posez pas de questions, nous mêmes, auteurs, ne réussissons pas à justifier les actions de notre personnage.

ALERTE ENLEVEMENT : la cohérence des choix de ce personnage

Pour Sons of Anarchy, le problème est différent. La série est progressivement devenue une parodie d’elle-même. Un drinking game géant qui accumule les redites (dès que Drea de Matteo ou Kristen Renton apparaissent dans le champ, c’est pour se faire traiter de pute ou de salope) ou multiplie les incohérences (cette année, la palme à Jax : « je ne peux pas mêler business et famille »… ou toute l’arche du personnage d’Opie depuis le début… ben le début de la série, en fait). Dans cette saison 5, il est simplement impossible d’être du côté des Sons. En aucun cas ils ne maintiennent l’unité de la ville de Charming, ils ne génèrent rien de positif, tuent pour l’argent… le seul moyen trouvé par Kurt Sutter pour générer de la sympathie à l’égard de ses personnages, c’est de constamment les mettre face à un représentant de la loi encore pire qu’eux. Ou dont les méthodes sont limites. Ou face à un mafieux qui tient tout le monde par les couilles (ah, la corruption, c’est mal).

Alors que Sutter tente poussivement de générer de l’empathie autour de cette cohorte d’ordures, il échoue lamentablement, à mon sens. Jamais il n’a réussi, à partir de la saison 3, à prouver que ses personnages sont dans une position où ils sont obligés d’agir ainsi, ou alors, avec une embarrassante maladresse (cf le final aberrant de la saison 4). J’en arrive au stade où je n’aurais de satisfaction qu’une fois les Sons en tôle.

Kurt, la salle d’écriture à showrunner amovibles de Dexter, merci à vous. Merci de m’avoir transformé en père-la-vertu quand je regarde vos séries.

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