On a vu… Red John dans The Mentalist (par Guillaume Nicolas)

On a vu… Red John dans The Mentalist (par Guillaume Nicolas)

Durant tout le mois de décembre, le Daily Mars accueille Guillaume Nicolas. Auto-proclamé « sériephile anodin », Guillaume nous fait partager son verbe ciselé et ses analyses foisonnantes sur le site Lucarne. Grand amateur, et défenseur, des séries à formules et autres procéduraux, Guillaume possède un regard avisé sur ce genre à la fois décrié, majeur, et passionnant (1). Pour son premier papier chez nous, Guillaume nous parle de The Mentalist. Et de Red John.

PAR GUILLAUME NICOLAS

Red John l’Arlésienne. Celui qui a enflammé The Mentalist jusqu’à se faire oublier. Les saisons passent et le serial killer reste muet. Le mécontentement général gronde. Il ne s’agit pas de demander une résolution mais d’alimenter l’intrigue de nouvelles apparitions, de nouvelles informations. Il faut croire que la fin de la troisième saison a posé problème à Bruno Heller. Sa vraie-fausse confrontation, où l’on pouvait penser que l’effroyable meurtrier de la famille Jane possédait le visage inoffensif de Bradley Whitford, est délicieuse. Le dialogue est courtois et la rage est sourde. Fascination mutuelle et haine sous-jacente. Respect et dégoût. Le mélange des émotions souligne la cruauté, le réconfort, la délivrance et les pulsions de meurtre. La conclusion est froide, violente. Bruno Heller joue ses meilleurs atouts en une seule fois. Et la suite ?

La suite, c’est aujourd’hui. Après une traversée du désert, le marathon. Red John sur toutes les lèvres, à chaque épisode. Heller et les siens ne maîtrisaient pas le silence. Ils ne maîtrisent pas non plus le bruit. Ensemble brouillon, sentiment d’urgence étrange comme inadéquate. L’ensemble respire la précipitation.

L’intérêt pour Red John a tellement été dilué avec le temps que sa révélation importe moins que la manière dont celle-ci est orchestrée. Épisode 6×06 : habile mécanique de suspense. Épisode 6×07 : temporisation. Cet épisode pour “rien”, tout en fausse piste, laissait entrevoir une belle ambition : refuser la frénésie. La vérité est autre, souligne la navigation à vue d’une intrigue laissée trop longtemps en suspens pour s’épanouir sur sa fin. Heller court trop de lièvres à la fois. Préparer l’ultime révélation, commencer à envisager la suite, présager le suspense, un mélange qui méritait de la précision et qui souffre d’une approximation permanente.

À l’immobilisme de la précédente (fausse) confrontation, Heller choisit le mouvement. À la parole, il adapte le geste. Acte incompréhensible tant Jane n’est pas un homme d’action. Maigre échange qui tait trop les motivations du démiurge tueur mais qui offre néanmoins une psychologie intéressante. L’unique bonne idée d’écriture est faire de Red John un être qui souffre du manque de reconnaissance. Celui qui tait son identité derrière un pseudo regrette que son œuvre ne lui revienne pas.

Aveux d’échec dissimulé de la part de Bruno Heller ? Red John était une entité qui a exercé un pouvoir de fascination basé sur l’absence ou la désincarnation. Jusqu’à un moment où l’on pouvait se demander si Red John était un homme ou une marque. Cette orientation fait penser à une forme de couardise de la part des auteurs, incapables de donner du corps sans trop en dévoiler. The Mentalist a pourtant emprunté à une série qui a fait de son mal principal une vraie manifestation obsédante et obsédée : Jack of All trades dans Profiler. Sa présence a l’écran fut conséquente et son pouvoir d’aucune façon déchu. La série a même réalisé un tour de passe-passe avec une fausse révélation dont la perversion fut autrement plus ambitieuse, tant elle a risqué d’aliéner une partie de son audience. Profiler possède quelques stigmates qui font d’elle une série marquée par son époque (pour le pire et pour le meilleur) mais elle a démontré un réel talent à ménager le suspense et traiter sa progression de façon empirique. Chose à laquelle The Mentalist a malheureusement échouée.

La promesse. L’intrigue fil rouge est une promesse. Aujourd’hui cette promesse s’est refermée. Mais pour quel avenir ? Futur proche : quelle organisation pour cette saison ? Les titres des épisodes délaissent la dominante rouge pour du bleu, du vert… Futur lointain : CBS renouvellera-t-elle la série ? Si maintenant la porte est close, le champ des possibles semble infini. Avec la fin de l’ère Red John, Bruno Heller peut offrir aux spectateurs une série libérée.

(1) : Oui, tout en même temps.

Partager