On a vu… Switched at birth en langue des signes

On a vu… Switched at birth en langue des signes

Lundi 4 mars, ABC Family a diffusé un épisode spécial de la série Switched at Birth : un épisode quasiment sans paroles et entièrement en langue des signes américaine (ASL). Très peu de dialogues, très peu de bruits d’ambiance et simplement de la musique pour accompagner les signes des étudiants de Carlton.


Switched at Birth
, c’est l’histoire de deux jeunes filles, Daphne Vasquez et Bay Kennish, elles découvrent à 16 ans, qu’elles ont été accidentellement échangé à la naissance.
L’une est rousse, l’autre est brune. L’une est sportive, l’autre est artiste. L’une est pauvre, l’autre est riche. L’une est sourde, l’autre est têtue. Les jouvencelles convainquent alors tous les membres de leur famille de vivre heureux tous ensemble dans le château (euh pardon la très grande maison) de la famille Kennish, pour faire plus ample connaissance. Tout cela pourrait être très ennuyeux, si la série était tombée dans le piège du pathos. Heureusement, elle ne le fait pas trop souvent et arrive même parfois à être vraiment génial pour une série d’ABC Family.

Et c’est ce qui s’est passé, lundi soir dernier, avec cet épisode intégralement tourné en ASL (American Sign Language, LSF = Langue des Signes Français). C’est d’abord surprenant pour le téléspectateur, pendant près de 50 minutes, il est obligé de se concentrer pour regarder la série. Impossible de tweeter, de regarder son écran d’ordinateur ou de se vernir les doigts de pieds, pour comprendre, il fallait lire les sous-titres pour comprendre l’intrigue qui se jouait. Rien que pour ça, cet épisode est une expérience en soi.

La série avait toujours largement intégré les dialogues en langue des signes dans le récit. Daphné va dans une école spéciale pour les jeunes sourds, Carlton et est entouré d’amis sourds et entendants. Les problèmes liées à sa surdité sont souvent abordés de manière intelligente, Switched at Birth n’est pas manichéenne. Elle a déjà abordé des sujets délicats comme la culture sourde,  les implants de tympan, les problèmes d’adaptation pour les sourds, le manque de moyen des écoles publiques… La ligne des signes a été présente dans chaque épisode de la série. Sa mise en scène régulière contribue à éviter la stigmatisation des personnages mal-entendants, d’ailleurs la série présente souvent les sourds, non pas comme des handicapés, mais comme une communauté culturelle.

Cet épisode est dans le prolongement de ce traitement. Le spectateur se sent invité à partager une expérience de vie, l’expérience de ne pas entendre. Seule la musique est là et habille les scènes. La showrunneuse Lizzy Weiss le justifie ainsi dans une interview au Huffington Post : « Notre point de vue, la vie intérieure des personnes sourdes n’est pas silencieuse ». Je veux bien croire que ce n’est pas silencieux, mais je ne suis pas sur qu’ils subissent une musique proche du gagesque non plus (cf. la scène de rap où la musique gâche le texte).

Pourquoi cet épisode et maintenant ? Depuis le début de la saison 2, les étudiants de Carlton, l’école des sourds, accueillent un programme pilote avec des enfants entendants. Ce programme fait débat mais amène de l’argent à l’école. Le district souhaite élargir le programme pilote à plus de jeunes, les étudiants veulent préserver leur liberté d’être eux-même ensemble. Le district décide donc de fermer l’école, c’est ainsi que l’intrigue de l’épisode « Uprising » commence.

L’épisode fait référence explicitement à une page de l’histoire de la communauté sourde, la révolte des étudiants de l’université Gallaudet. Un article de  The Daily Beast revient largement sur cet événement important, lors duquel les étudiants se sont enfermés dans l’université pour qu’après 124 ans d’existence, ils obtiennent la nomination du premier président sourd de l’université. L’intrigue de l’épisode reprend cette idée là.

Mais l’épisode ne fait pas qu’éclairer le téléspectateur sur une page de l’histoire méconnue, il a aussi bouleversé le public. Il n’y a pas eu de pic d’audience mais les commentaires étaient nombreux sur Twitter et Facebook sous le hashtag #AllASLSwitchedatBirth. Pourtant Lizzy Weiss est pleine d’espoir dans le New York Times, elle compte sur le bouche à oreille pour faire décoller l’audience de la série sur Netflix grâce à cet épisode militant. Le bouche à oreille pour donner la parole aux sourds, la preuve que la télévision est encore capable de nous faire vivre des moments magiques.

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