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« On voulait faire une série d’espionnage avec le regard de gens ordinaires » (interview de Maria Feldman, productrice de False Flag)

« On voulait faire une série d’espionnage avec le regard de gens ordinaires » (interview de Maria Feldman, productrice de False Flag)

Maria Feldman lors de la présentation de False Flag en avril 2015 à Séries Mania. Crédit : FrenchTouch2.

Maria Feldman lors de la présentation de False Flag en avril 2015 à Séries Mania. Crédit : FrenchTouch2.

Avant sa diffusion sur Keshet Channel 2 en Israël, le sensationnel thriller False Flag avait déjà fait parler de lui à l’étranger. Avec un pilote sous le bras, la productrice Maria Feldman a été le montrer à Berlin et à Séries Mania à Paris. Mais Amit Cohen et elle-même ne naviguent pas dans l’obscurité comme leurs personnages : ils avaient écrit et planifié un maximum de choses avant même que les caméras ne commencent à tourner. Alors que la série est diffusée en prime time ce soir sur Canal +, on a parlé du développement, du ton, du casting et du rythme machiavélique de la série à Genève, où la série était présentée au festival multimédia Tous Écrans en novembre dernier.

Depuis que le pilote a été diffusé, à quel point êtes-vous avancés dans la saison 1 ?

Maria Feldman : On a fini le montage et la série est diffusée en Israël depuis quelques semaines. On vient de diffuser notre quatrième épisode. Les audiences ont été formidables sur la chaîne Keshet, ça a fait les meilleures audiences en série dramatique depuis 3 ans. Ils ont choisi de le diffuser en prime time après le JT, ce qui est inhabituel pour des séries dramatiques. Ils ont diffusé 2 épisodes pour la première soirée, et 2 autres la semaine suivante.

Quelle a été la réaction du public international au pilote que vous avez montré ? Je crois comprendre que vous avez fait une avant-première à Jérusalem ?

Non, on l’a montré à la Berlinale et à Séries Mania. On ne l’avait pas encore montré en Israël dans des projections publiques comme ça. Je ne crois pas que le succès international a eu un quelconque effet en Israël car le public n’y prête pas tellement attention. Juste après Séries Mania, on l’a vendu à Canal + pour la France et Fox International Channels. « False Flag » y sera diffusée dans 27 pays différents.

Venons-en à la série. Comment avez-vous planifié la saison ? L’avez-vous gérée autour de cette fameuse mission à Moscou (l’enlèvement) et l’implication de tous ces personnages, et à quel point ça a été difficile de planifier 8 épisodes comme ça ?

Cela a été très difficile, car avant l’écriture on devait savoir exactement ce qui s’était passé. La première idée qu’on a eue, c’est ces 5 citoyens lambda qui se réveillent et qui voient leur visage (à la télé) et le public ne sait pas s’ils sont dans le coup ou pas. Et honnêtement, je ne le savais pas non plus. Cela a changé à plusieurs reprises : les réponses qui sont contenues dans cette saison n’étaient pas présentes au départ, quelqu’un d’autre était responsable.

On a décidé de ce qui s’était passé, et on a commencé à écrire. Ensuite, Keshet avait commandé 10 épisodes, et on avait des ébauches pour 10, et lorsque la commande a été réduite à 8, on a dû changer certaines histoires. Mais c’était important que pour chaque épisode, le public ne reste pas totalement sur sa faim, à ne rien savoir. À chaque épisode, on en apprend un peu plus sur chaque personnage mais la réponse finale se trouve à la fin du huitième épisode. C’est très intéressant, que sur les pages Facebook de fans, maintenant les gens essaient de comprendre après les diffusions.

Les audiences israéliennes sont maintenant habituées à échafauder des théories. Est-ce que ça s’est passé pour Hatufim ou d’autres séries que vous avez produites ?

Oui, pour Fauda (thriller autour d’une unité antiterroriste également produite par la société de Maria Feldman, ndr), on avait une énorme communauté. Il n’y avait pas de mystère dans cette série mais ils essayaient de savoir ce qui allait arriver, qui allait mourir ou pas…

Le pilote, de mon point de vue, se voit autant comme un thriller d’espionnage que comme une comédie. Au moins pour la moitié des épisodes, on voit ces 5 personnages, et ils réagissent comme des gens normaux le feraient. Comment avez-vous géré cet équilibre de ton ? Parce que j’étais assez impressionné que l’on aille dans le côté « farce » de gens qui se retrouvent avec leur tête à la télé sans savoir ce qui se passe.

C’est très intéressant, ce que vous dites, car on ne l’a pas du tout envisagé comme une comédie. Bien sûr, il y a de l’humour. Et les premières personnes à le voir étaient étrangères, pas israéliennes, et on était choqués de voir que des gens riaient pas au moment où on le pensait à la projection de la Berlinale. Même chose à Paris. On s’est demandés si les Israéliens réagiraient pareil, et en fait, le public ne rit pas autant que les étrangers ; personne ne pense que c’est une comédie. Donc, je pense qu’il y a une différence de perception.

Mais toute l’intrigue avec la fiancée, est-ce que c’était conçue comme une comédie de situation ?

Non, on est partis de l’idée : quel serait le pire jour où ce genre de choses pourrait arriver ? Et on s’est écriés : un mariage, surtout pour une femme, je dirais. Mais on ne pensait pas que c’était amusant, on pensait que c’était une chose horrible qui lui arrive. Bien sûr, il y a de l’humour, et surtout pas le public israélien. Après, il y a des éléments comiques autour de sa sœur, on pensait que ces passages-là allaient être drôles. Et il y a des moments où les gens ont ri mais pas en Israël, comme la scène du petit-déjeuner avec le premier quidam. Le public israélien prend plus au sérieux : ce genre de choses-là peut nous arriver, c’est horrible.

Combien de séries aviez-vous fait auparavant ?

Avec Amit Cohen, c’est notre première série ensemble. Avant ça, j’étais productrice dans différentes entreprises, et ensuite j’ai créé ma propre société de production. J’ai produit Hatufim, Parliament, une comédie et ensuite j’ai cocréé False Flag avec Amit. Mais je ne suis pas scénariste sur la série, juste productrice. On a commencé à parler de ce que serait la série, c’était mon idée, mais il a été tout écrire et après on échangeait.

Est-ce que, parmi votre casting, certains venaient de vos précédentes productions et qu’est-ce que chaque acteur a apporté à son rôle respectif ?

Cela a été très dur de caster tout le monde. On voulait des comédiens qui ne soient pas très connus, de façon à rendre la série plus crédible : beaux, mais pas des stars de cinéma. Donc, par exemple, Ishai Golan, qui joue Ben, a déjà joué dans Hatufim. C’est pour ça qu’on ne le voulait pas, même si on savait qu’il serait parfait pour le rôle. On a fait beaucoup d’auditions, et c’était le meilleur pour le rôle. C’est un père de famille dont on se rend compte qu’il n’est pas aussi innocent qu’il en a l’air. Même chose pour Ania Bukstein, qui est l’assistante à l’école maternelle, qui veut devenir star de télé-réalité et qui pense que tout est un jeu. Et elle est aussi très connue en Israël, et c’était aussi marrant pour elle de jouer ça. On l’a aussi choisie parce que c’était la meilleure. La mariée était la seule où on savait, pendant l’écriture, qu’on la voulait. Et le moins connu était celui dans l’avion, Eytan, incarné par Mickey Leon. La plus difficile, c’était la Britannique, car on voulait quelqu’un avec un vrai accent. C’est une Israélienne exilée en Grande-Bretagne, et son rôle prend de l’importance dès le deuxième épisode.

Est-ce qu’on vous a laissé du temps pour les choisir ?

La chaîne nous a donné la liberté nécessaire, oui. Ils ont dû l’approuver, mais ils ont dit « oui » à tout ce que l’on voulait. Mais cela a pris du temps, et ça leur convenait.

Vous avez tourné en sachant le passé de chaque personnage ?

Oui, on avait tout avant de tourner, et les acteurs savaient le passé de leur personnage.

Sur combien de temps se passe la saison 1 ?

Quelques jours.

C’est presque en temps réel ?

Oui. Un épisode couvre à peu près une journée, sur certains épisodes c’est moins d’une journée, mais tout se joue en quelques jours, je crois que c’est 4 ou 5. Et on a une opération centrale, où le Mossad est accusé à tort, ça ne peut pas durer éternellement. Ce que ces gens font, ça ne peut pas durer longtemps en Israël.

On ne voit pas beaucoup la police être impliquée dans le premier épisode. Vous ne vouliez pas faire intervenir la police et les services secrets d’emblée ?

Ce qu’on voulait faire, c’est raconter une histoire d’espionnage à travers le regard de gens ordinaires. C’est facile de tomber dans cet écueil, on a vu beaucoup de séries comme ça. On voulait que cette série ait très peu de personnages. Nos personnages principaux sont les cinq citoyens, et c’est leur histoire qu’on souhaite raconter.

False Flag a un sens du rythme très inspiré de séries américaines : le pilote fait moins de 40 minutes avec beaucoup de montage très rapide. À quel point ces séries ont eu un impact sur le produit fini ?

On ne sait pas si vraiment, ce serait la même chose. Notre réalisateur, Oded Ruskin, il est connu pour faire des plans rapides et ce type de rythme. C’était important de garder le suspens et la paranoïa dans la série, et il a réalisé tous les épisodes.

Vous avez mentionné que la série allait faire l’objet d’un remake, et qu’Amit Cohen le développait aux Etats-Unis. Où en est ce projet ?

C’est toujours en développement. Ils ne veulent jamais faire exactement la même chose, ils essaient de trouver leur propre angle, donc c’est toujours en écriture. Ils veulent écrire le meilleur pilote possible, tandis qu’on avait écrit des traitements pour les épisodes suivants pour False Flag.

Vous avez écrit la fin de saison 1 telle quelle ou est-ce que c’est une fin ouverte ?

On résout l’intrigue principale en fin de saison 1, mais quelque chose de nouveau s’ouvre et après on va en saison 2. Les diffuseurs israéliens n’achètent pas une série si elle marche que pour une saison, donc on devait aussi résoudre cette question avant qu’ils nous la commandent. Mais c’était clair pour nous qu’on devait résoudre les questions principales en fin de saison 1, car sinon c’est injuste pour le public.

Propos recueillis à Genève le 7 novembre 2015.

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