Opeth – Sorceress (Moderbolaget)

Opeth – Sorceress (Moderbolaget)

Note de l'auteur

Dernier volet en date d’une trilogie amorcée avec Heritage (2011) et Pale Communion (2014), Opeth boucle la boucle avec Sorceress, un album qui, n’en doutons pas, va encore faire pleurer de déception les uns et hurler au génie les autres. Pour être tout à fait honnête, votre serviteur faisait plutôt partie de ces derniers jusqu’à aujourd’hui, mais peut-être est-il temps de changer de camp ?

La première chose à savoir lorsque l’on aborde la musique d’Opeth, c’est que Mikael Akerfeldt, tête pensante et compositeur de la majorité des titres du groupe, est le genre de bonhomme qui fait exactement ce qu’il veut. Les étiquettes, les critiques, l’opinion de la presse et même de ses fans, il s’en moque éperdument. Un poil mégalomane, il considère Opeth comme son œuvre personnelle et tolère fort peu qu’on lui dise à quoi elle devrait ressembler. Comme si on débarquait dans votre salon pour vous dire comment en faire la décoration, vous voyez le genre ?

Ainsi donc, après une longue carrière au sein de la scène Death Metal scandinave, le groupe a décidé d’assumer complètement ses influences rock progressif seventies, déjà très présentes dans ses compositions jusque-là, pour donner naissance à une musique plus complexe, d’aucuns diraient apaisée. Une place plus large est accordée aux passages acoustiques, les parties vocales gutturales typiques du Death sont complètement abandonnées, et on voit même des éléments de jazz pointer le bout de leur nez !

opeth-6-smrInutile de dire qu’avec les albums Heritage et Pale Communion, Opeth a suscité le débat. Entre les fans de la première heure qui, tout en appréciant la qualité des nouveaux morceaux se trouvaient orphelins de leur dose de brutalité et les nouveaux venus dans la famille, attirés par une musique plus accessible, on sentait presque monter le choc des générations ! Mais quand on y réfléchit, quel groupe n’a pas connu cela ? Des Beatles à Metallica en passant par AC/DC… Ah non, pas AC/DC en fait. Bref.

Sorceress nous propose donc sans surprises d’achever cette mue artistique en beauté, et ce au sens propre du terme. Parce que, disons-le tout net, nous sommes en présence d’un bel album. À commencer par la pochette, réalisée par l’incontournable Travis Smith (en charge de l’iconographie du groupe depuis l’album Still Life, 1999) qui résume à elle seule l’esprit de la musique d’Opeth. Un paon flamboyant de couleurs se délectant d’une pile de cadavres, on navigue dans le morbide avec élégance, le décor est posé.

Passons rapidement sur Persephone qui ouvre et clôt l’album de manière baroque tant musicalement que symboliquement. D’accord, la déesse des enfers nous accueille et nous raccompagne à la fin, tout ça, la ficelle est un peu grosse, surtout pour un groupe comme Opeth qui nous a habitués à plus de subtilité. Sorceress, qui donne son nom à l’album, est en effet bien plus intéressant.

sorceress_singleDéboulant de nulle part en un maelström aux frontières du jazz et du rock expérimental, le titre surprend par son riff monocorde, inexorable qui surgit brutalement au cœur de ce qui semblait presque être une improvisation pour imposer sa structure en mode mastodonte. D’abord surpris, on ne peut que succomber au charme dès la première écoute.

The Wilde Flowers complexifie le propos avec ses changements de rythme à répétition, lorgnant du côté d’un Jam Rock que ne renieraient pas les mecs de Phish, dans l’éventualité où ces derniers se seraient retrouvés enfermés quelque part avec pour seule distraction l’écoute de l’intégrale de Deep Purple ! C’est joli, très bien foutu, mais finalement un peu chiant. Nous y reviendrons.

Will O the Wisp rattrape un peu le coup avec son mellotron hérité de Jethro Tull et la beauté de ses harmonies acoustiques. La voix de Mikael Akerfeldt n’avait jamais autant tutoyé la perfection depuis, disons, Damnation (2003), et sert d’écrin au superbe solo de Fredrik Åkesson qui conclut le morceau tout en délicatesse, on se prend à y croire à nouveau !

Las… Chrysalis accélère le tempo, manière de nous rappeler que nous avons affaire à un groupe de métal mais le cœur n’y est pas. Les breaks incessants semblent forcés, le groupe à l’air de tirer à la ligne en empilant divers solos les uns sur les autres et on sort du morceau en ayant complètement oublié comment on y est entré. Sorceress 2 et l’orientalisant et presque instrumental The Seventh Sojourn n’arrivent pas non plus à retenir l’attention. C’est beau, impeccablement interprété et superbement produit mais on s’ennuie ferme !

Strange Brew et ses faux airs d’inédit de Pink Floyd en plein retour d’acide a de quoi faire dresser l’oreille cependant, tout comme l’héroïque Era qui sonne comme une charge de Walkyries fans d’Ennio Morricone (car même les déesses ont le droit d’avoir du goût) qui vient conclure l’album sur une note positive.

Positive certes, mais insuffisante pour faire de Sorceress l’un des futurs classiques d’Opeth et c’est bien dommage… On ressort de l’album sans avoir vraiment retenu de moment fort et surtout, sans avoir vraiment envie de le remettre sur la platine. À trop vouloir chercher la perfection, le groupe a perdu une grande partie de sa spontanéité et on finit par avoir l’impression de contempler un superbe tableau, aux couleurs chatoyantes et d’une grande beauté esthétique.

Mais comme avec tout tableau, si magnifique soit-il, lorsque l’on reste planté devant trop longtemps, bah on s’ennuie. C’est pas sorcier.

 

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