Orphan Black, bilan de la saison 1

Orphan Black, bilan de la saison 1

Note de l'auteur

Orphan Black saison 1 en France, c’est fini depuis hier soir. Le bon moment pour faire un bilan d’une série qui avait beaucoup fait parler d’elle en avril dernier, majoritairement à raison. La série est-elle pour autant une réussite totale ? Retour rapide sur cette première saison.

Si on se borne aux trois premiers épisodes, oui, clairement. Sarah Manning est une petite frappe. Elle arnaque, elle vole, elle ment. Sa vie de merde, elle veut lui tourner le dos. Elle sera exaucée grâce à Beth Childs. Beth est flic, dépressive, et ressemble comme deux gouttes d’eau à Sarah. Beth se jette sous un train devant Sarah, qui décide de prendre son identité.

Sarah pense avoir touché le jackpot. D’un seul coup, elle se fait passer pour morte, coupe les ponts avec ses anciennes relations, et peut commencer à réfléchir à la façon dont elle va récupérer la garde de sa fille. Sauf que Beth Childs a une vie, et que pendant un temps, il va falloir prendre sa place. Et ce n’est pas simple.

Au fil des épisodes, Sarah se rend compte que Beth n’est pas juste son double. C’est un clone d’elle. Elle va d’ailleurs en rencontrer une autre, puis une autre, puis encore… À chaque clone, une personnalité différente. Elles possèdent les mêmes traits mais ne semblent pas être faites de la même matière.

Quelque part, la série trouve sa thématique avec ces caractérisations : dans la vie d’un être humain, qu’est-ce qui est acquis, qu’est-ce qui est inné. Le point de vue de la série est clair, darwiniste, le comportement d’une personne est la résultante de la génétique et de l’environnement (1). Elle pousse même un peu plus loin lorsqu’on découvre que les clones ont été surveillés et presque conditionnées toute leur vie.

Helena : « Je suis spéciale ! »

Cette surveillance ressemble même à une étude scientifique de grande ampleur : comment va réagir un sujet identique mis face à des problématiques différentes ? Comment vont-elles évoluer ? Sarah est donc une simili hors-la-loi, Beth est flic, Alison est une femme au foyer, Cosima une étudiante en biologie et Helena… est une grande malade.

Jusqu’à son épisode 3, la série est assez virtuose, provoquant un rapide phénomène d’addiction. Hélas, elle se dilue un peu, jusqu’à atteindre son point le plus bas avec l’épisode 6 « Variations Under Domestication ». Dans cet opus, Alison, persuadée que son mari à la ville est un agent extérieur qui la surveille pour le compte d’un adversaire invisible, l’attache et le roue de coups, alors que ses amies viennent bruncher.

D’un seul coup, après avoir flirté avec le thriller paranoïaque, la série lorgne du côté de Feydeau. Les portes qui claquent, les quiproquos… Alison beurrée comme un petit Lu, remplacée par Sarah qui joue à la maîtresse de maison pour s’occuper des invités… tout sonne faux, ridicule.

La série remonte un peu sur la fin, mais déçoit quand même dans sa résolution finale, un peu trop attendue, qui ne laisse pas un souvenir mémorable. Mais le potentiel reste présent, la série offre toujours de belles scènes, et les confrontations entre Helena (la givrée) et Sarah (l’héroïne) donnent de très beaux moments, bien flippants parfois, carrément émouvants à d’autres.

Le demi-frère de Sarah, Felix, fait partie des satisfactions de la série. Le personnage représente le comic relief du show, et ne fonctionne jamais mieux que lorsqu’il est dans une situation qu’il ne maîtrise pas, comme lorsqu’il doit se rendre en banlieue pour faire face à Alison. La série permet de retrouver Max Headroom lui-même, Matt Frewer, dans le rôle d’un Darwin des temps modernes, théoricien fumeux de la Néolution.

Cosima

La série ne possède pas qu’un seul personnage faisant dégoupiller la série dans l’humour. C’est une composante qui fait partie de l’ADN de la série, il est assez souvent provoqué par la desperate housewife Alison, ou bien encore l’ex-petit-ami de Sarah, Vic. Un type violent, pas très recommandable, qui passe son temps dans les premiers épisodes à s’en prendre plein la figure pour pas un rond.

Évidemment, le point fort de la série, c’est Tatiana Maslany. Rien que pour la féliciter du boulot qu’elle abat, elle aurait mérité une nomination aux Emmys. Comme déjà dit dans le En Attendant, elle n’est pas juste de tous les plans, elle y est parfois quatre fois. Un défi technique qui s’avère être aussi un défi de comédienne monumental, dont elle se sort toujours avec les honneurs.

S’appuyant sur des personnages très caractérisés à la fois visuellement et thématiquement, Maslany arrive, sans que ça soit pré-mâché, à nous faire passer de l’un à l’autre sans aucune difficulté. Impossible de confondre deux personnages et de se retrouver perdu.

« Meuuuuuhhh… »

Hélas, tout le monde n’est pas à son niveau d’excellence. Au rang des gros problèmes, le pauvre Dylan Bruce fait bien pâle figure face aux talents multiples de Maslany. Incapable de transmettre la moindre émotion, il se contente d’être posé là, 50% musclé et beau gosse, 50% endormi, 100% bovin. Une gigantesque déception qui vient ternir certaines scènes. L’ex-équipier de Beth, Art, est assez caricatural.

La série réussit à être vraiment captivante lorsqu’elle met l’une des clones en réel danger (pas artificiellement comme avec l’épisode « spécial Feydeau). Et encore plus quand ce danger est une résultante de leur ressemblance. Alison qui rend visite à la fille de Sarah en se faisant passer pour elle, ou Sarah qui essaie avec grande difficulté de prendre la place de Beth en tant que flic… toutes ces scènes sont très réussies.

La machination globale, par contre, n’est pour l’instant pas vraiment satisfaisante. Elle ne semble mener sur rien de significatif. Les résolutions fournies jusqu’ici peinent à surprendre ou marquer.

Même si son final déçoit, la série vaut le coup d’être vue, en attendant son retour en avril 2014 sur BBC America.

 

ORPHAN BLACK, Saison 1 (Space, BBC America, Numéro 23)

Créée par Graeme Manson et John Fawcett

Avec : Tatiana Maslany (Sarah Manning, Beth Childs, Cosima Niehaus, Helena, Alison Hendrix, Katja Obinger…), Jordan Gavaris (Felix Dawkins), Dylan Bruce (Paul Dierden), Kevin Hanchard (Arthur Bell), Michael Mando (Vic), Maria Doyle Kennedy (Siobhan Sadler)

(1) : Détail qui n’en est pas un : les titres des épisodes sont tous des citations tirées de L’Origine des espèces de Darwin.

PS : Demain matin, une petite surprise concernant Orphan Black dans nos pages.

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