#OST #VGM La musique de NieR Automata

#OST #VGM La musique de NieR Automata

Note de l'auteur

L’année 2010 a vu la sortie du jeu vidéo NieR ainsi que celle de sa bande originale, devenue une des œuvres les plus célébrées de ce jeune média. Une création rythmée par des ambiances mélancoliques, une instrumentation riche et des voix magnifiques chantant dans des langages inventés pour l’occasion. Le compositeur principal et chef d’orchestre de cette entreprise musicale se nomme Keiichi Okabe. Il revient aux affaires sept ans après pour le nouvel opus de la série. L’attente fut longue mais ça y est, les 46 titres qui composent l’album sont bel et bien là. Alors, me direz-vous, qu’en est-il de la musique de ce NieR Automata ?

Commençons par un petit retour en arrière si vous le voulez bien, juste histoire que les uns se rafraîchissent la mémoire et que les autres en sachent un peu plus sur ce dont on parle. Le fait est que la musique du premier NieR a marqué de son emprunte le monde vidéoludique et a vu son audience grandir au fil des ans. Pourquoi donc ? En dehors de la qualité des compositions, un soin tout particulier a été apporté à la production musicale. Au contraire de ce qu’il se fait trop souvent, elle a suivi en parallèle le développement du jeu pendant toute la durée de sa gestation. Il faut savoir que bon nombre de développeurs pensent à la musique au dernier moment. Quelle erreur ! Ne se rendent-ils pas compte que son but est d’accompagner, de souligner et de sublimer l’expérience du joueur ? Comme pour le cinéma et les séries TV, la musique doit faire partie intégrante du processus créatif de l’œuvre dans sa globalité. C’est dans l’intérêt du projet. Les producteurs et créateurs de la série NieR ont bien compris cela et c’est bien ce qui fait toute la différence. Pour NieR Automata, le même respect a été octroyé à la production musicale, et ça s’entend. 

Keiichi Okabe et Keigo Hoashi en plein travail.

Keiichi Okabe et Keigo Hoashi en plein travail.

Au vu de l’ampleur du travail à accomplir, le compositeur et directeur musical Keiichi Okabe s’est adjoint les services de son collègue, et très inspiré, Keigo Hoashi. Kuniyuki Takahashi fait aussi partie de la bande et signe quelques morceaux.

Du côté de la direction musicale, Okabe a procédé de manière différente en comparaison au premier opus où la musique était basée sur les personnages, comme c’est de coutume dans le septième art. Ici, il se focalise sur les lieux traversés lors de l’aventure et les sentiments qu’éprouvent les protagonistes. Si certaines musiques portent le nom de personnages, ce n’est donc pas l’intention initiale des compositeurs, mais plus un choix de la production après écoute des compositions.

Même si la mélancolie est toujours de mise, les directions que prennent les arrangements musicaux et les émotions que ressent l’auditeur sont plus variés que dans NieR premier du nom. On passe ainsi de la tristesse au burlesque, de l’épique à la contemplation, et on se laisse emporter dans un voyage préparé avec goût et passion. Cette variété est aussi très présente dans les instruments utilisés par les musiciens. Même si le piano et les guitares acoustiques sont les piliers des musiques créées, on entend un ensemble de cordes, des cuivres, des instruments traditionnels japonais, des sons électroniques, des orgues, du marimba, du taiko et bon nombre de percussions. Un régal de diversité.

Et il y a aussi les voix…

On aborde là une des grandes particularités de l’esthétique sonore de NieR Automata. Comme pour le précédent épisode, Keiichi Okabe a laissé la chanteuse Emi Evans écrire les paroles dans des langues inventées, inspirées en grande partie du portugais, du français, de l’anglais et du japonais. Ce qui aurait pu vite devenir du gloubi-boulga indigeste est un pur délice, une réussite à saluer. La sonorité des mots est naturelle et n’agresse pas l’oreille de manière disgracieuse. L’écriture est limpide et les interprètes s’accaparent leur texte pour l’incarner avec justesse. Écoutez plutôt Voice of no Return et vous remarquerez la promiscuité qu’il y a avec la langue française. Ce processus créatif est sans conteste la marque de fabrique de l’univers musical proposé par NieR.

Mais Emi Evans n’est pas la seule chanteuse impliquée dans cette affaire. Elle se partage une grande part de l’interprétation vocale avec Nami Nakagawa, à la voix incroyable. On a le plaisir de l’entendre aussi bien à l’aise dans des tessitures basses que dans des envolées très haut perchées dans les aigus. Forest Kingdom, Possessed by Disease et Alien Manifestation illustrent à merveille l’ampleur de son talent.

Une nouvelle chanteuse fait son apparition dans la franchise. C’est l’Américaine J’Nique Nicole (on ne rit pas au fond, je vous vois… elle dit dans cette interview qu’elle est au courant de la signification de son nom en français). Elle se fait entendre dans la version anglaise du thème principal Weight of the World.

Le chant guttural masculin de War & War, et bon nombre d’autres titres, est assuré par Shotaro Seo, qui exerce aussi la profession de compositeur et d’arrangeur. Soulignons aussi la présence de voix d’enfants et de robots, comme dans le très rafraîchissant Pascal

Les compositions musicales de NieR Automata sont pourvues d’harmonies complexes et riches qui nous surprennent par leur originalité. Cette surprise, on la ressent avec le traitement apporté aux musiques épiques qui jalonnent la bande originale. Bon nombre de compositeurs hollywoodiens devraient d’ailleurs s’en inspirer… cela nous changerait des sempiternels arrangements à base de tambours gros comme des maisons soutenus par un ou deux pauvres accords, le tout bien tartiné de sons électroniques qui tachent ! …

Là, ça pète comme pas permis, mais avec style s’il vous plaît. La musique évolue dans des mélodies recherchées qui nous embarquent au combat, la fleur au fusil, c’est parti mon kiki ! Dark Colossus et Grandma (Destruction), dont les thèmes sont repris du premier NieR, impressionnent par leur puissance et leur musicalité.

Enfin, notons que la version collector de la musique de NieR Automata comprend un CD bonus très original répondant au doux nom de Hacking Tracks. On a l’agréable surprise de découvrir pas moins de 16 titres de la musique du jeu adaptés en version 8-bit, à la façon des jeux vidéo des années 80. Vous pouvez écouter le résultat de ce délire très réussi ici. Si vous êtes sensibles à la chiptune music, vous allez adorer.

La musique de NieR Automata a le bon goût de succéder la tête haute à son aîné. Cela n’était pas chose facile. Notre attente est récompensée par la quantité de titres proposés, et surtout la qualité de l’ensemble. Les compositeurs, les chanteuses, les chanteurs et les musiciens nous embarquent dans un voyage au long cours que l’on n’oubliera pas de sitôt. Cette œuvre musicale du jeu vidéo fera date, à coup sûr.

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