On a vu… Lee Pace intrigant dans Halt & Catch Fire

On a vu… Lee Pace intrigant dans Halt & Catch Fire

Joe McMillan, façon LaFontaine, ça donnerait "Le lièvre et le tordu". Photo AMC

Joe McMillan, façon fable de Lafontaine, ça donnerait « Le lièvre et le tordu ». Photo AMC

Nouvelle incursion dans les années 80 et dans l’univers de l’informatique, la nouvelle série d’AMC a du mal à attirer une large audience. Dommage: son histoire est prenante et son personnage central assez charismatique. Quand bien même ce dernier provoque des réactions contrastées.

C’était un des événements du début de l’été. Le retour de Lee Pace (Wonderfalls) à la télé dans un rôle principal, cinq ans après la fin de Pushing Daisies. Showrunnée par Jonathan Lisco (NYPD Blue, Southland) et imaginée par deux scénaristes dont c’est le premier projet télé (Christopher C. Rogers et Christopher Cantwell), Halt & Catch Fire raconte comment une entreprise d’informatique du Texas tente de faire son trou dans cet univers en pleine expansion (l’informatique, pas le Texas), en se lançant dans la conception d’un des premiers ordinateurs portables.

Halt & Catch Fire, c’est d’abord deux gars, une fille. Gordon Clarke (Scoot McNairy, Argo), un ingénieur, Cameron Howe (McKenzie Davies, un épisode de I want my Pants Back) une mordue de programmation, et un chef produits, Joe MacMillan (Pace, donc).

Si MacMillan était un personnage de sitcom, on le verrait sans peine tenter de vendre une machine à glaçons à une réunion Tupperware pour esquimaux. Mais Halt and Catch Fire n’est pas une Chuck-Lorrerie. C’est une série sur la course à l’innovation, au coeur d’une décennie où la réussite est une épreuve individualiste. Racontée dans un pays terre d’opportunités (expression radiographiée en long, en large et en travers par Scorsese dans ses meilleurs films). Dans un milieu où avoir une bonne idée, c’est bien mais trouver un public pour se l’approprier c’est mieux.

Cameron Howe, un personnage dont on attend encore de savoir ce qu'il peut vraiment donner. Photo AMC

Cameron Howe, un personnage dont on attend encore de savoir ce qu’il peut vraiment donner. Photo AMC

C’est à partir de ces trois idées, de ces trois vérités, que se développe le propos de Halt & Catch Fire. Dans cette logique, il fallait un éventail de personnages qui traduisent cela dans leur façon d’être et d’avancer. Informaticien de talent, Gordon a déjà essayé de développer un projet, avec sa femme Donna (Kerry Bische, la dernière saison de Scrubs) mais il a échoué. Cameron est douée mais elle est très instable et à fleur de peau. Joe se pose comme un visionnaire mais il donne souvent l’impression d’agir comme un escroc.

La force de la série, c’est de raconter que les uns sans les autres, ils n’ont aucune chance de réussir… mais que ce n’est pas forcément parce qu’ils s’unissent qu’ils vont arriver à leurs fins. Et surtout, il est exclu qu’ils deviennent amis.

A l’image d’une production comme Homicide qui avait souligné la particularité de la relation de travail (les gens avec qui on passe le plus clair de son temps, et avec qui on partage une intimité singulière), Halt & Catch Fire montre dans ses quatre premiers épisodes tout ce qui fait la particularité des relations inter-personnages. Constamment tiraillés entre l’envie de réussir et des interrogations sur la façon d’y parvenir, les personnages de la série évoluent dans une tension créative aussi essentielle que frustrante, éprouvante.

Cette tension est souvent impulsée par Joe, qui est beaucoup plus définitivement proche d’un Jim Profit que de Ned dans Pushing Daisies. Voit-il vraiment plus loin que les autres -comme on décrivait à une époque les monarques éclairés tels qu’ils devaient d’être en théorie- ou compose-t-il en permanence avec les avaries et les opportunités ? Tout l’intérêt du personnage est dans cette ambiguité.

Donna et Gordon Clark, couple central de la série. Photo AMC

Donna et Gordon Clark, couple central de la série. Photo AMC

Constamment en train d’envoyer une image de lui-même, Joe paraît parfois vide. Caricatural, à certains égards. C’est un reproche que lui font certains observateurs avec qui j’ai pu dialoguer sur la série. J’aurais tendance à penser que c’est un personnage développé sur une assise assez réduite : c’est ce qui le fait balancer entre scène à la limite du grand guignol et d’autres plus calmes. Comme on sait assez peu de choses sur lui, que la façon dont il est écrit n’est pas toujours d’une subtilité sans faille, on peut tout à fait tiquer sur certaines de ses réactions et quelques-unes de ses prises de parole.

Serait-ce pour autant un « personnage échappé de Scandal » pour autant ? Sans enfiler de tailleur blanc et crier en agitant mon index, j’ai tendance à penser le contaire. Il est pour moi l’expression de ce que les années 80 ont pu produire de plus individualiste et excessif. Et c’est pour ça que ça me séduit. D’autant que l’interprétation de Lee Pace me semble assez remarquable pour passer outre.

Reste à savoir comment les scénaristes vont l’exploiter. Avec subtilité et en creusant les éléments de sa personnalité ? Ce serait bien, parce que s’ils n’y prennent pas garde, le projet peut devenir méchamment soapy alors qu’il n’en a pas les caractéristiques.

Encore faut-il pour cela que l’aventure ne dure, ce qui n’est pas certain du tout…

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