Pacific Rim: Uprising

Pacific Rim: Uprising

Note de l'auteur

Alors que ce bon vieux Del Toro installe tranquillement ses Oscars fraîchement récupérés pour La Forme de l’Eau, ne voici donc pas que la suite d’un de ses blockbusters récents débarque dans nos salles. Pacific Rim premier du nom avait certes des personnages crétins (voire agaçants) et une histoire digne d’une série B, il avait le mérite de proposer une narration passant tout par l’image et la mise en scène, privilégiant le symbolisme des couleurs et les jeux d’échelles à la complexité folle. Un gigantisme inattendu et une réelle sympathie pour ce pur produit de geek, pour tous les gamins au fond de nous qui rêvent encore de gros monstres se battant contre des robots géants. Tout l’inverse de ce Pacific Rim : Uprising.

Il faut dire que le réalisateur Steven S. DeKnight, venu de la télé et connu pour être le showrunner du « mouais » Daredevil sur Netflix, ne perd pas de temps, et raye de la carte une bonne partie du casting original pour en replacer des nouveaux. John Boyega en devient la star, et incarne Jake, le fils du marshall Pentecost, joué par Idris Elba et mort en héros dans le premier épisode. Sauf que le fiston n’est pas vraiment partant pour reprendre les galons, et préfère dilapider la fortune familiale dans les fiestas alcoolisées à l’ombre des carcasses de Kaijus. Évidemment, le destin (ou un scénario peu inspiré) va le pousser à retourner dans le centre de formation des pilotes de Jaeger et à découvrir que la menace des Kaijus n’a pas totalement disparu. On retrouve au casting Scott Eastwood, éternel « fils de », qui y trouve un rôle de faire-valoir uniquement bon à jouer les durs à cuirs histoire que notre héros se sente un peu coupable. Rescapés du premier opus, Rinko Kikuchi est montée en grade et les deux scientifiques épuisants incarnés par Charlie Day et Burn Gorman sont aussi de retour pour notre plus grand (sic !) plaisir.

Le premier choc du film, c’est certainement le polissage de toute la direction artistique qui faisait tout le sel du premier opus. Exit les couleurs vives et osées et les grandes scènes de batailles dans un Tokyo nocturne du plus bel effet, Pacific Rim : Uprising préfère opérer au grand jour, à travers des décors de béton désespérément gris. Certes, les scènes de combats gardent un gigantisme bienvenu et une vraie lourdeur sur ces méchas de cent mètres de haut, et on pioche de temps en temps quelques plans réjouissants et idées ludiques. Mais il est difficile de garder tout ça en mémoire quand on se retrouve confronté à une écriture des personnages totalement erratique, les rendant imbuvables du début à la fin. De Jake le héros, bien trop excentrique dans son jeu pour croire en la rédemption d’un branleur de deuxième zone, jusqu’à la cadette russe ivre de colère et cliché ambulant de la Soviétique au sang chaud, aucun ne sort vraiment du lot et il est compliqué de s’y attacher. Le must restera le twist du méchant, tellement improbable qu’on se demande jusqu’à la fin si ce n’est pas une blague, et dévoilant au passage les vrais enjeux du film à la moitié de la bobine. On pourrait peut-être sauver le personnage d’Amara, ferrailleuse et cadette militaire improvisée dont son rôle et son importance disparaîtront après quinze minutes de film.

Alors certes les batailles des Jaegers sont parfois impressionnantes, et on pourra sourire du plagiat de l’influence directe de l’Eva-03 pour le design de l’un des robots (jusqu’à sa façon de bouger), mais les cuts sur les pilotes lors des batailles sont souvent là pour nous rappeler l’insupportable présence de ces personnages. Même si les héros du premier n’étaient pas beaucoup plus malins, ils avaient au moins la décence de ne pas rendre chaque scène de dialogue navrante de nullité en lorgnant presque du côté du nanar. Et ce n’est pas le scénario prétexte qui viendra sauver cette suite, confirmant la mauvaise décision de faire une séquelle à un film qui n’en avait pas besoin. La malédiction du second opus pointait à l’horizon, et Pacific Rim : Uprising tombe en plein dedans, jusqu’à trébucher. Il aura beau tenter de nous vomir ses messages patriotiques et universels, quand notre héros insiste sur son désir de ne pas reproduire le même discours énergique que le premier opus, célèbre avec son « We’re cancelling the Apocalypse » (blabla « je ne suis pas mon père »), avant d’en faire un lui-même trente secondes plus tard, le facepalm n’est pas loin.

Alors que la chouette musique rock’n roll de Ramin Djawadi sur le premier opus est simplement saccagé dans un déluge de n’importe quoi (cette espèce de plan affreux où l’on passe de personnage en personnage avec un effet de zoom horrible), on rend les armes et on assiste au désastre en silence. Pacific Rim premier du nom est loin d’être parfait, mais avait le mérite de proposer ce pour quoi il avait été vendu, sans l’ambition d’une révolution, mais avec une identité forte. Pacific Rim Uprising tente simplement de renflouer les caisses d’un Warner Bros qui doit contrer le désastre artistique du DC Universe et piétine au passage l’héritage de Del Toro de son pied géant, en s’abandonnant définitivement aux lois du marché et au bon vouloir du spectateur, que l’on prend pour un débile pendant deux heures. Bref, si vous avez l’occasion, n’y allez pas.

Pacific Rim : Uprising
Réalisé par Steven D. DeKnight
Avec John Boyega, Cailee Spaeny, Scott Eastwood, Jing Tian…
En salles le 21 mars 2018

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