Pan : Joe Wright fait du Barrie sans avarice

Pan : Joe Wright fait du Barrie sans avarice

La semaine dernière, Warner Bros. présentait dans ses locaux une quinzaine de minutes d’extraits du prochain film de Joe Wright, Pan. Une discrétion qui confine au buzz timide autour du film, après une réception plutôt timide autour des premiers trailers. La présentation a eu lieu la semaine où devait sortir le film, mais depuis, le studio a préféré dévoiler le film à la mi-octobre (le 16 plus précisément). Et ce qui manque à première vue dans le projet, c’est son originalité : il s’agit d’un reboot de l’histoire de Peter Pan, avec le choix d’un inconnu dans le rôle du jeune orphelin (Levi Miller), mais il arrive juste après plusieurs versions déjà bien connues : celle de Walt Disney, mais aussi le Hook de Steven Spielberg ou encore la dernière adaptation ciné de l’histoire, qui remonte à 2003 (par PJ Hogan). Et si la voix-off de la dernière bande-annonce nous assène que « pour comprendre comment les choses se terminent, il faut aussi voir comment elles ont commencé », cette recontextualisation semble assez peu nécessaire.

PANVisiblement assez nerveux, l’introduction de Joe Wright dit à quel point les immenses plateaux ont aidé la distribution à mieux cerner l’univers dans lequel ils évoluaient. Mais ces plateaux de studio, on les retrouve finalement assez peu dans les extraits montés, nous montrant un Peter arraché de son orphelinat pour aller travailler dans les mines, et surtout énormément de navires dans les airs, fruits d’effets visuels assez convaincants. La meilleure nouvelle des extraits, c’est clairement la photographie signée de John Matieson et Seamus McGarvey. Pour faire vivre Neverland, il s’agit de trouver des couleurs chaudes et pastel. Et on en trouve plein dans les scènes projetées, ce qui amène la saga loin d’un Pirates des Caraïbes et plus près de films d’aventures des années 1940-1950. Une palette bariolée extrêmement riche, qui signifie plus le monde de fantasy à l’œil que des combats chorégraphiés ou un crocodile sortant de l’eau et passant au-dessus de la barque de Peter et Hook (Garrett Hedlund). Plus que le classicisme des scènes montrées, c’est l’assurance avec laquelle Joe Wright introduit son Blackbeard (Hugh Jackman). Une performance théâtrale et rock’n’roll, avec un propos subtil en fond sur le travail des enfants, qui donne le vrai relief inquiétant d’un personnage qui ne fait que parader. L’autre bonne surprise de ces courts extraits, c’est… Garrett Hedlund. Bien loin de la fadeur quasi absente avec laquelle il portait Tron : L’Héritage, ses quelques scènes suggèrent qu’il semble avoir trouvé son tempo en Hook qui se rapproche plus d’un Robin des Bois, et arrive même à une certaine alchimie avec Miller. Une alchimie qui est essentielle au fonctionnement du film, qui est censé voir les allégeances des uns et des autres basculer.

Le mauvais point, c’est une Rooney Mara en Lily la Tigresse qui semble assez mal à l’aise en indigène (elle m’a un peu rappelé Padmé dans la prélogie Star Wars en termes de composition, ce qui est un assez mauvais présage) et une Amanda Seyfried en Mary qui est aux abonnés absents. Quant à Cara Delevingne, elle fait une très brève apparition en sirène, et on ne dit pas quel rôle elle aura précisément dans l’histoire. S’il est trop tôt, et les extraits trop courts, pour se faire une idée plus large du film, Pan semble échapper à la panne d’inspiration flagrante qui s’en échappait jusque-là. S’il serait surprenant que Warner transforme cet univers en franchise, la tiédeur de l’accueil public (qui s’est vérifié lors de la dernière Comic-Con de San Diego) ne semble pas tellement justifiée. Et dans une fin d’année qui s’annonce riche en poids lourds, on sort de cette projection un chouïa plus rassurés : Pan peut être une bonne surprise au finish. Mais ne renforce pas tellement notre impatience pour autant.

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