Papier A Musique : Life, de Keith Richards

Papier A Musique : Life, de Keith Richards

Life - coverIl n’est pas nécessaire de connaître et apprécier la discographie des Rolling Stones pour prendre plaisir à  l’autobiographie de Keith Richards, sobrement intitulée Life. Et ce titre est bien la seule chose de sobre dans l’histoire du guitariste qui a suivi sans sourciller l’adage « sex, drugs and rock’n’roll ».  Surtout « drugs and rock’n’roll ». Life peut simplement se lire comme un roman déglingo-picaresque et la chronique des multiples époques traversées par l’indévissable guitariste.
Le premier chapitre (titré « Où il est question de mon arrestation par la police dans l’Arkansas pendant notre tournée américaine de 1975, et l’embrouille qui allait s’ensuivre ») colle presque trop aux attentes du lecteur. Keith Richards dépeint avec drôlerie son interpellation par les forces de l’ordre de l’Oncle Sam et détaille avec délectation sa consommation de diverses substances prohibées. Son amusement transpire des lignes : « La chasse aux Stones était ouverte. Dans notre sillage le Département d’Etat avait signalé une flamme d’émeutes (vrai), de désobéissance civile (vrai) et d’actes sexuels illicites (ne me demandes pas ce que ça veut dire). Et nous, pauvres baladins, étions censés en être les responsables. » L’audience vire à la foire d’empoigne avec le juge complètement ivre, une bouteille de bourbon dans la chaussette. L’avocat de Keith Richards a été garde du corps de Kennedy, enquêteur dans la commission Warren, avec des contacts haut placés. Les quelque 720 pages de Life sont ainsi émaillés d’histoires et de personnages hors-normes.
La surprise du premier chapitre, c’est l’écriture très enlevée et vivante de Keith Richards qui s’est appuyé sur le journaliste, James Fox pour rédiger l’ouvrage. La collaboration de ce dernier est mentionnée dans le livre. Dans une interview aux Inrockuptibles, James Fox s’est défini comme un ventriloque, et on veut bien le croire. La personnalité de Keith Richards déborde des pages. Le guitariste des Stones se révèle drôle, généreux, entier, sensible… et lucide.

Life - Richards
Une fois le ton donné dans ce premier chapitre (drugs and rock’n’roll pour résumer), Keith Richards évoque ses souvenirs d’enfance et ne lâche plus le fil chronologique de sa trépidante existence. Il chronique son enfance dans une banlieue de Londres, juste après la Deuxième Guerre mondiale, avant d’entrer dans le vif du sujet : son amour de la guitare et du blues et la formation des Rolling Stones. L’histoire s’écrit sous nos yeux. Mieux : Keith Richards écrit l’histoire. Car c’est ce qui frappe à lecture des premiers chapitres : dans les années 1960, la musique pop est un terrain à conquérir. Le mode d’emploi de la rock star est largement à compléter. Les mœurs se libèrent. Et Keith Richards est au cœur de ce tourbillon.
L’attachement de Keith Richards aux Rolling Stones apparaît viscéral. Pour autant, le groupe et ses liens tumultueux avec Mick Jagger n’occupe pas tout l’ouvrage. Le guitariste à la bague à tête de mort relate ses amitiés (essentielles pour lui), ses séjours en Jamaïque, son fils Marlon, ses amours. On apprend que Mick Jagger et lui se sont partagé les rôles dans le grand cirque « sex, drugs and rock’n’roll ». A Mick Jagger, le sex, à Keith Richards, le drugs and rock’n’roll. L’acolyte de Mick Jagger se dépeint comme un type qui regimbe faire le premier pas. Attention, on ne parle pas d’un moine non plus, hein. Keith Richards revient sur ses aventures avec Marianne Faithfull (alors compagne de Mick Jagger), Ronnie Spector ou Anita Pallenberg (alos en couple avec Brian Jones). Cette dernière finira par se séparer de Brian Jones pour devenir sa compagne attitrée et la mère de ses trois enfants, dont l’un décédé encore nourrisson.Life - Rolling Stones
Ce qui semble porter avant tout Keith Richards, véritable survivant (aux drogues, aux accidents, à une hémorragie cérébrale), c’est l’amour de la musique, quoiqu’on pense des Rolling Stones, passé Let It Bleed. Ce qui n’empêche pas un certain aveuglement, comme sur la révolution punk et les Sex Pistols, expédiés en quelques lignes. Quelqu’un peut me rappeler ce que sortaient les Stones en 76 ? Ah oui, Black and Blue
Bref, Keith Richards signe là un livre qui assied un peu plus sa légende, tout en tordant le cou à certaines assertions. Non, il n’a jamais reçu de noix de coco sur le crâne, mais est tombé d’une branche. Non, il n’a jamais sniffé les cendres de son père, mais les a respirées en les dispersant au grand air. Surtout, le livre montre le gars derrière la légende et dresse un formidable portrait des années 1960 et 1970.

Keith Richards, Life, éditions Points

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