Parenthèse douce-amère (Sweetbitter s2 / Starzplay)

Parenthèse douce-amère (Sweetbitter s2 / Starzplay)

Note de l'auteur

Dans le contexte actuel d’une production sérielle pléthorique, il est un peu saugrenu d’évoquer l’idée d’une torpeur estivale. Quoi qu’il en soit, la période permet souvent à quelques seconds couteaux de proposer des menus décalés. C’est le cas de cette Sweetbitter qui bien qu’imparfaite se déguste tel un entremet rafraîchissant.

L’arrivée de Starz (via son application Starzplay) en France permet de goûter à Sweetbitter qui revient dès dimanche pour une saison 2. Un drama court décliné par son autrice (Stephanie Danler) elle-même à partir d’un roman qu’elle avait publié en 2016. Elle s’y inspirait de sa propre expérience de serveuse (au Union Square Cafe) alors qu’elle suivait parallèlement des études d’arts, après avoir quitté l’Ohio sur un coup de tête (même si, contrairement à son héroïne, elle est originaire de Californie).

Car Sweetbitter est effectivement le récit d’émancipation d’une jeune femme quittant le midwest pour tenter l’aventure newyorkaise et, ce faisant, découvre sa vocation au contact des arcanes d’un restaurant huppé de Manhattan. Tess, de son prénom, se fait engager comme serveuse et tente de s’intégrer dans une équipe très bigarrée, somme de talents plus ou moins instables. Un nouveau départ aussi chaotique qu’enivrant…

Dans ce rôle, l’actrice Ella Purnell alterne le bon et le moins bon. Elle est très convaincante lorsqu’il s’agit de mettre en émotion la naïveté. Elle est nettement moins à l’aise pour le reste et c’est regrettable car ce type de narration repose essentiellement sur les épaules de son personnage principal. À ses côtés, plusieurs habitués du câble relèvent le niveau, notamment Caitlin FitzGerald (Masters of Sex, Rectify) ou bien Paul Sparks (Boardwalk Empire, House of Cards).

Mais l’intérêt de Sweetbitter est ailleurs. C’est le tableau qui compte et la composition d’ensemble d’un microcosme urbain fascinant. La série trouve immédiatement la bonne distance en ne cherchant pas l’ultra-précision des techniques de cuisine mais en représentant fidèlement l’authentique passion de celles et ceux qui en vivent. À bien des égards, les auteurs se rapprochent ici de la justesse d’une Mozart in the Jungle dont les arabesques ne perdaient jamais de vue l’amour d’un métier.

La saison 2 (dont nous avons pu voir trois épisodes) est dans la parfaite continuité de la précédente. Elle ferait presque office de plat de résistance après une entrée qui était limitée à seulement six épisodes. Elle doit pouvoir donner plus d’importance à un collectif aussi intéressant, si ce n’est plus, que sa seule tête de gondole. Elle dira surtout si ses auteurs ont la ressource pour faire de Sweetbitter une série ambitieuse et éviter l’écueil de la répétition, vecteur pourtant fondamental de la restauration.

En attendant, Sweetbitter, au même titre que Vida (ou The Girlfriend Experience sur un autre registre) montre que Starz est en mesure de livrer de belles propositions sur le format court.

SWEETBITTER (Starz) Saison 2 en 8 épisodes
À voir sur Starzplay (via Apple TV) dès le 14 juillet. Saison 1 disponible également.
Série créée par Stephanie Danler d’après son propre livre éponyme.

Visuel © Macall Polay / 2018 Starz Entertainment, LLC

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