Paris, du magique au tragique

Paris, du magique au tragique

Note de l'auteur

Paris, la mini-série de six épisodes de Virginie Brac, s’achevait jeudi soir sur Arte dans une seconde soirée de trois épisodes qui correspondent à 12h de temps du récit ; c’est à 5h que Paris s’éveille, et à 5h que Paris connaît son crépuscule.

Après une première moitié enthousiasmante et prometteuse, la fin de la série déçoit mais captive malgré tout. On en retient surtout une certaine audace formelle qui pourra rappeler à certains Mixology (où le principe narratif est le même, mais où l’action se déroule dans un bar, et sur un ton nettement plus potache). Car la mini-série de Virginie Brac et Gilles Bannier trouve son rythme propre et son efficacité sans tomber dans le conformisme des modèles traditionnels s et revendique sa forme hybride (à l’image de l’un de ses rôles principaux, celui d’Alexis/Alexia).

© Arte, Photo Pierre Valle / Sons et Lumière

© Arte, Photo Pierre Valle / Sons et Lumière

Paris fait partie de ces séries si denses qu’il est   difficile de s’en faire une opinion à brûle pourpoint, tant ses ramifications et ses intrigues entrecroisées nécessitent du temps pour que le spectateur puisse s’en imprégner. Petit à petit, les différents protagonistes que l’on croyait isolés les uns des autres se rejoignent, pour former dans les dernières minutes un ensemble d’une cohésion aussi admirable que déconcertante. Car ici les personnages sont multiples, leurs identités aussi, si bien que leurs destins ne cessent de converger vers les mêmes lieux, d’entrer en collision parfois. Au fil des rencontres et des séparations se forme touche par touche la cartographie d’un Paris amoureux, endeuillé, curieux et violent.

© Arte, Photo Pierre Valle / Sons et Lumière

© Arte, Photo Pierre Valle / Sons et Lumière

Mais si c’est dans ce mélange habile, dans cette profondeur narrative et spatiale que la série trouve sa force, c’est aussi ce qui en fait sa principale faiblesse. Ces trois derniers épisodes confirment ainsi l’impression suscitée par les trois premiers : Paris pêche par manque de temps. 24 heures, six épisodes, c’est trop court pour le nombre de choses qui devaient nous être dites, pour toute l’ampleur qui nous était promise. L’achèvement de ce récit choral s’avère précipité, si bien que l’exaltation des débuts laisse place à une certaine frustration. Les différents arcs narratifs, qui s’étaient péniblement installés, se résolvent brutalement — trop peut-être. Quant aux personnages, ils condensent en seulement quelques heures tous les malheurs imaginables : perdre un fils au combat, voir son couple voler en éclat, découvrir des secrets de famille, perdre son emploi, etc., etc., etc. Pourtant, leurs destins se finissent en un happy ending généralisé, dans des scènes qui parfois frisent le ridicule. Dommage que Kool Shen n’assume pas un autre rôle que celui d’un gangster bête et colérique, et dommage que la bonté et l’amour soient forcément vainqueurs de la cruauté du monde. Au bout du compte, les « gentils » voient leur grandeur d’âme récompensée, les « méchants » mordent la poussière. C’est un peu comme si le bonheur était la seule issue possible pour cette poignée de parisiens. C’est une conclusion bien peu crédible.

© Arte, Photo Pierre Valle / Sons et Lumière

© Arte, Photo Pierre Valle / Sons et Lumière

Malgré cette touche d’amertume que laisse en bouche ce final, Paris n’en est pas moins une série touchante et fascinante, qui nous montre un Paname tiraillé entre l’arc de triomphe et la Porte de la Chapelle, et nous prouve surtout qu’une série n’a pas besoin d’être extraordinaire pour charmer ses spectateurs. C’est déjà beaucoup.

Paris, diffusion sur Arte les jeudis 15 et 22 janvier

 

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