Paris est (de plus en plus) ludique !

Paris est (de plus en plus) ludique !

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Les 13 et 14 juin derniers, Paris accueillait son festival du jeu : Paris est Ludique. Il faisait beau (très beau même), chaud (très très chaud) et l’ambiance était à la bonne humeur lors de cette célébration dédiée au jeu de société sous toutes ses formes ! Du coup, je vais vous expliquer pourquoi il ne faut plus rater cet événement, et également vous dire ce qui a attiré mon attention lors de cette manifestation au cours de laquelle se dévoilent de nombreuses nouveautés.

 

Paris est Ludique, d’hier à aujourd’hui

Paris et les événements autour du jeu de société, c’est depuis longtemps une histoire compliquée ! Il y a eu (je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans…) il y a fort longtemps un salon du jeu associé au Salon de la maquette et du modélisme. Puis, le jeu eut enfin le sien avec le Monde du Jeu, dont la dernière édition a eu lieu en 2010, tout en se faisant une petite place au sein du Paris Games Festival, devenu depuis le Paris Games Week, consacré chaque année davantage au jeu vidéo. Mais globalement, l’impression était que personne ne parvenait à instaurer un événement durable dédié au jeu de société dans la capitale.

Autant dire que lorsqu’en 2011, l’association « Les Brunchs du Cube » a décidé de lancer un festival du jeu de société, en plein air, près de la Porte de Charenton, ce n’était pas un pari gagné ! À l’époque, 23 exposants (seulement) avaient répondu présents et 2.000 visiteurs étaient venus voir de quoi il en retournait. Autant dire qu’on ne s’était pas bousculés ! Mais depuis, le petit festival a bien grandi et connaît un succès toujours plus important, et très largement mérité.

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Cette année, pas moins de 95 exposants s’étaient serrés et avaient (intelligemment) partagé ce même espace, et on ne savait plus où donner de la tête tant il y avait de jeux, d’événements, de démonstrations, de concours, de projets futurs d’auteurs, etc.

En plus, Paris est ludique, c’est pour tous les âges et pour tous les goûts grâce au Royaume d’Alice dédié aux jeux pour les plus jeunes, à l’espace dédié aux jeux d’extérieur et aux cours de maniement de sabre laser pour les jeunes Padawans ! Il y a même une brocante de jeux recelant d’anciens trésors poussiéreux, où si votre regard se tourne davantage vers le futur, l’espace des jeux de demain permettant aux auteurs de faire tester leurs prototypes plus ou moins avancés en termes de développement.

Autant dire que 2 jours n’auraient pas été de trop pour espérer faire plus de 20% de tout ce que le festival a à offrir. Hélas, je n’ai pu y passer qu’un très beau dimanche. Mais j’ai quand même plein de choses à raconter !

 

Fleet Commander

Pour se mettre en jambes de bon matin, rien de tel qu’un peu de stratégie ! Nous avons donc entamé les hostilités sur Fleet Commander, un jeu se jouant essentiellement à 2, chacun contrôlant une flotte et devant remporter la victoire sur celle de l’adversaire.

PEL-FleetCommanderOn joue avec des dés dont les résultats conditionnent vos capacités de déplacements, d’attaque et de défense, mais le jeu ne fait pas pour autant la part belle au hasard ! Le fait de devoir choisir ses priorités entre ses 3 actions (déplacement, attaque ou défense), la possibilité de mettre des dés de côté pour les tours suivants, et surtout l’importance du positionnement de vos vaisseaux font de Fleet Commander un jeu très stratégique, avec un système solide, aisément compréhensible et sans lourdeur.

À titre de comparaison, je l’ai trouvé beaucoup plus amusant et rapide que X-Wing, dont je trouve le déroulement assez fastidieux avec les règles de distance, d’arc de tir et les mesures à faire en permanence avec des réglettes. Fleet Commander se joue sur un plateau quadrillé lisible, les tours sont rapides et les actions s’enchaînent sans temps mort.

PEL-Vaisseaux-FCLe matériel est très agréable, et les vaisseaux très bien dessinés. Le plateau cartonné était semble-t-il la faiblesse du jeu (s’usant rapidement), mais l’éditeur distribue désormais un plateau néoprène pour le remplacer à prix quasiment coûtant. La boîte de base contient de quoi jouer à 2, avec des règles avancées, des options et des scénarios pour une durée de vie plutôt sympathique je pense.

Didier Dincher, le créateur du jeu qui a eu la gentillesse de répondre à toutes mes questions, était venu présenter la première extension du jeu, Beyond the Gate, qui ajoute de nouveaux vaisseaux, de nouvelles options, et permet de jouer aisément en multi plateau. Il m’a expliqué également que le jeu se jouait très aisément à plus de 2 joueurs, à condition de posséder une boîte de jeu par paire de joueurs (et d’utiliser les règles disponibles gratuitement sur le site du jeu). Enfin, il m’a informé qu’un gros Kickstarter était en préparation pour une Édition Spéciale de Fleet Commander, mais si et seulement si… Mystère top secret, mais bref, ça doit être confirmé très bientôt, et je vous tiendrai au courant car le jeu vaut vraiment qu’on s’y intéresse !

Fleet Commander, un jeu de Didier Dincher, Henri Redici et Elwin Charpentier, édité par Capsicum Games, prix boutique : 50 €

 

10′ to Kill

PEL-10tokill-standBonne surprise ! La boite de jeu était venu présenter un prototype de 10′ to Kill, son jeu lancé sur Kickstarter et ayant rencontré un large succès, puisqu’il a terminé sa campagne de financement avec plus 70.000 € pour 8.000 € demandés. J’avais contribué pour acquérir le jeu, et je pensais devoir attendre septembre pour vérifier s’il tenait ses promesses. Eh bien non !

10′ to Kill est un jeu au concept simple : sur un plateau représentant le paysage urbain sont disposés moult personnages (avec un style de dessin entre le cartoon et Blacksad). Parmi ces personnages se trouvent pour chaque joueur l’assassin qu’il incarne et les trois cibles qu’il doit réussir à abattre ! Réussir à abattre ses cibles sans se faire soi-même assassiner ou arrêter par la police, qui arrive sur les lieux de chaque crime, sera l’objectif de chacun des joueurs. Mais il est bien sûr toujours possible de gagner en étant The Last Man Standing, si vous avez réussi à tuer ou faire arrêter tous vos adversaires.

PEL-10tokill-plateauAvec 2 rapides actions par tour de jeu pour chaque joueur (vous pouvez déplacer un personnage, vérifier s’il appartient à un joueur, ou l’assassiner au couteau, au pistolet ou au fusil de sniper, chaque méthode offrant ses avantages et ses inconvénients en termes de positionnement et de discrétion), 10′ to Kill est un jeu aux règles simples et dont les parties sont courtes mais pleines de tension et de suspens (10 minutes environ, un quart d’heure si les joueurs se montrent vraiment très prudents). En bref, voilà un jeu d’observation qui requiert également une bonne capacité de bluff, une bonne dose de sang froid, et un peu de sens tactique pour planifier vos meurtres sans laisser de traces et de façon à perdre vos adversaires en conjectures.

10′ to Kill, un jeu de Benoit Bannier édité par La boite de jeu, prix boutique : 20 € (sortie prévue en septembre)

 

New York Kings, la nuit des affranchis
Arnaud Ladagnous présente N.Y. Kings

Arnaud Ladagnous et son New York Kings

On reste dans la criminalité mais avec un radical changement d’ambiance pour notre jeu suivant, puisque nous plongeons dans les rues sombres de New York où Vito Gambini, le Parrain, vient de mourir. Et il s’agit de désigner au plus vite son digne successeur ! Aussi les cinq familles de la mafia new-yorkaise ont elles accepté un défi commun : leurs représentants auront une unique nuit pour faire leurs preuves et au matin, le meilleur d’entre eux deviendra le nouveau roi de New York !

Arnaud Ladagnous, son auteur, avait bien fait les choses, puisqu’il avait installé un magnifique plateau de jeu géant avec les bâtiments de New York en relief. On s’y croyait, d’autant plus qu’il prend un plaisir certain à présenter son jeu et à en animer les démonstrations en installant l’ambiance qui va bien. Son amour des films noirs et du poker transparaît à tout instant et tout point, dans ce jeu qui va permettre aux joueurs d’incarner des affranchis. Ils vont alors devoir sillonner en tout sens les rues de la Grosse Pomme pour recruter des hommes de mains, accomplir des missions, échapper ou corrompre la police, et pourquoi pas, échanger quelques mots, quelques coups, voire quelques balles avec leurs rivaux. Au matin, seul l’argent qu’ils auront su amasser en une nuit aussi longue que périlleuse désignera le vainqueur !

PEL-KYKings2Les mécanismes du jeu sont un peu trop nombreux pour que je les détaille ici, mais le jeu n’en est pas pour autant complexe, juste complet. Les missions vous promènent d’un bout à l’autre de Manhattan, slalomant entre vos rivaux et les forces de police, à moins que celles-ci ne vous soient dévouées (auquel cas, vous les enverrez faire obstacles aux plans de vos adversaires). L’affrontement entre les joueurs basés sur les figures du poker avec une montée dans la tension, l’enjeu et le danger de l’échange, est particulièrement savoureux. Le jeu se joue aussi bien à 2 qu’à 5 joueurs, mais la partie sera plus tactique avec un nombre réduit de joueurs et bien plus opportuniste si l’on est plus nombreux. Comptez 1h30 à 2 heures pour une partie. Avec Le Parrain sur la télé en fond, ce sera parfait !

NYK-PokerArnaud Ladagnous a bien voulu répondre à mes nombreuses questions sur son jeu. J’étais en particulier surpris à l’issue d’une très sympathique partie, de n’avoir jamais entendu parler de New York Kings. Il m’a confirmé que la sortie du jeu en 2012 avait été hélas plutôt discrète, mais que le jeu plaît beaucoup aux joueurs à qui il le présente. Et c’est vrai qu’il a une ambiance particulière, des mécaniques agréables, et qu’il est en plus vendu à un prix raisonnable au vu du très beau matériel contenu dans la grosse boîte ! Du coup, n’hésitez pas à l’essayer !

Et puis pendant que vous y êtes, jetez un coup d’œil sur Agents secrets, le dernier jeu sorti très récemment du même auteur. Un petit jeu d’affrontement par équipe, simple et très sympathique ! (Par contre, je conseille quand même fortement d’avoir le même nombre de joueurs par équipe !)

New York Kings, un jeu d’Arnaud Ladagnous édité par Playad Games, prix boutique : 40 €

 

Les Poilus

PEL-les-poilusLe jeu suivant nous a emmenés sur les champs de bataille de la Grande Guerre. Dans Les Poilus, les joueurs incarnent des amis d’enfance qui partent au front, et qui se sont fait le serment de traverser ensemble les horreurs de la guerre (les inconscients !). On est donc sur un jeu 100% coopératif, et comme tous les jeux coopératifs, c’est dur, très dur, horriblement dur !

Le jeu se jouent avec des cartes, qui sont réparties au début en 2 piles : l’une représente le moral qui anime encore les joueurs (qui va donc rapidement s’épuiser), et l’autre les menaces qui s’accumulent (qui va donc avoir tendance à grossir). Pour gagner, il faut réussir à vider la pile de menaces entièrement avant que ne s’épuise celle du moral. Pour y parvenir, les joueurs effectuent des missions et se répartissent à chaque mission un nombre de cartes qu’ils prennent dans le paquet de menaces.

PEL-Les-poilus-DessinsMais plus ce nombre est important, plus la mission sera dure. En effet, il faut absolument réussir à se débarrasser du maximum de cartes, car à la fin de la mission, on prendra du paquet de moral autant de cartes que ce que les joueurs ont encore en main, pour les placer dans le paquet de menaces (et évidemment, on garde les cartes non jouées d’une mission à l’autre !). Le seul problème, c’est que ces cartes représentent soit des dangers présents sur le champ de bataille, qu’on ne peut placer qu’en nombre réduit (pas plus de 2 fois un même danger, le troisième faisant échouer la mission), soit des problèmes qui affecteront les joueurs sur le long terme et compliqueront encore leur tâche (diverses phobies, blessures, déviances, chef taré, etc.).

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L’hommage des Poilus à Tignous, leur dessinateur

Autant dire que le jeu ne vous rendra pas la tâche aisée. En même temps, les chances que 4-5 amis partis à la guerre en reviennent tous étaient plus que faibles à l’époque, donc on est bien dans le ton… Personnellement, nous n’avons même pas approché la possibilité d’envisager l’ombre d’une victoire dans notre partie de test ! Mais j’ai particulièrement apprécié la rapidité du jeu et sa mécanique simple et infernale, permettant de voir ses espoirs fondre comme neige au soleil pendant la demi-heure que dure la partie.

Enfin, le jeu s’ancre hélas de façon dramatique dans l’actualité, puisque ses illustrations sont le dernier travail livré par Tignous, à peine une semaine avant qu’il ne soit tué dans l’attentat contre Charlie Hebdo, et les auteurs lui rendaient un vibrant hommage sur le stand.

 

 

Les Poilus, un jeu de Juan Rodriguez et Fabien Riffaud, édité par Sweet November, prix boutique : 20 €

 

Nosferatu, l’extension (prototype)

PEL-NosferatuJ’ai le privilège de connaître Pierre-Yves Lebeau, l’auteur de Nosferatu, et j’avais donc béta testé son jeu à l’époque où celui-ci n’était encore qu’un prototype. La qualité du jeu était déjà absolument indéniable, et Grosso Modo ne s’y est pas trompé en choisissant de l’éditer (j’en profite pour faire un coup de projecteur sur ce petit éditeur qui a un catalogue très réduit mais avec des jeux tous excellents !). Depuis, le jeu connaît un succès largement mérité, puisqu’il se vend dans 7 pays, et en est déjà à sa troisième édition. Pierre-Yves m’avait informé qu’il profiterait du festival pour venir faire tester la future extension de Nosferatu. Je suis donc allé squatter la table de démo pour voir ce que celle-ci avait dans le ventre !

Nosferatu est un jeu asymétrique à rôle caché qui oppose des chasseurs de vampires à Dracula et Renfield son âme damnée, alors que le vampire vient poser ses guêtres à Londres vers la fin du 19e siècle pour s’y faire les dents (si je puis dire). Seul problème pour les chasseurs, Dracula s’est malicieusement caché parmi eux, et ils devront donc le démasquer et le tuer avant que ce dernier ne parvienne à les soumettre à sa volonté. Le joueur incarnant Renfield joue un rôle particulier puisqu’il incarne une sorte de maître du jeu, mais qui n’est absolument pas neutre. En effet, bien que son rôle essentiel soit de contrôler le déroulement du jeu, il fera tout pour aider son maître dont il est seul à connaître l’identité secrète. Et pour cause, puisque c’est lui qui aura choisi quel joueur incarnera le rôle de Dracula.

PEL-Nosferatu-cartesComme je l’entends régulièrement, on pourrait comparer Nosferatu aux Loups de Garou de Thiercelieux. Oui, à condition d’accepter de comparer une Porsche et une Twingo au prétexte que ce sont toutes les deux des voitures ! Bon ok, je n’aime pas trop les LGDT, mais c’est parce que je ne comprends pas un jeu qui commence avec la mise au ban totalement aléatoire d’un des joueurs. Car un des grands avantages de Nosferatu, c’est que personne ne quitte la partie en route ! Si les chasseurs se trompent de cible et finissent par assassiner à coups de pieu rageurs l’un des leurs, ils finiront leurs jours au cachot pendant que Dracula et Renfield hilares sèmeront librement la terreur au cœur de Londres.

Autant dire que je vous conseille fortement l’achat du jeu d’origine. Mais parlons un peu de l’extension quand même ! Nosferatu se jouait de 5 à 8 joueurs. Pierre-Yves a créé son extension afin de permettre d’y jouer ensemble jusqu’à 10 joueurs, intégrant pour cela un second vampire (chouette, il est venu avec un pote Dracu !). Lorsqu’ils passeront à l’attaque, les joueurs devront dès lors désigner 3 personnes, et les 2 vampires devront être parmi elles pour qu’ils remportent la victoire (on sacrifiera donc un innocent, mais c’est pas cher payé pour se débarrasser de 2 vampires !).

Pierre-Yves présente l'extension, encore en prototype

Pierre-Yves présente l’extension, encore en prototype

Autre nouveauté, tous les joueurs incarneront désormais un personnage de l’univers de Bram Stoker, avec chacun une capacité spéciale unique susceptible d’aider les chasseurs dans leur difficile tâche. De nouveaux rituels font également leur apparition. Enfin, les vampires remportent désormais la victoire, non plus avec un nombre de morsures, mais avec une accumulation de points de sang, chaque morsure rapportant de 3 à 8 points de sang. Les chasseurs auront donc un peu plus de temps pour découvrir les vampires, mais ils risquent ici de perdre davantage de cartes au profit des vampires, l’un dans l’autre, ça s’équilibre.

Globalement, le bilan de cette extension m’a semblé très positif (mais une partie, c’est court pour vraiment bien juger !).

Nosferatu, un jeu de Pierre-Yves Lebeau, édité par Grosso Modo, prix boutique : 12 €

 

En conclusion

Voilà, 5 jeux, c’est hélas tout, car le temps file à Paris est Ludique ! Surtout si on prend le temps de discuter de leurs jeux avec les auteurs, ou d’échanger un peu avec tous ces gens qu’on croise et recroise en de tels lieux.

Si je devais mettre un bémol (mais c’est juste pour le plaisir de dire au moins une méchanceté), c’est que je n’ai jamais pu m’acheter un sandwich ou une salade parce que je ne concevais pas de sacrifier une précieuse demi-heure dans les interminables queues de la buvette et du snack. Amis organisateurs, une seule buvette et un seul snack, ça commence à ne plus être assez, vu l’ampleur que prend ce « petit » festival !

Mais sinon, ce Paris est Ludique est désormais un événement à ne pas rater si vous aimez jouer, surtout en plein air, sous le beau soleil parisien (à défaut de celui de Cannes) !

 

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