Un coup dans l’eau (Critique de Parker de Taylor Hackford)

Un coup dans l’eau (Critique de Parker de Taylor Hackford)

Note de l'auteur

Quand Taylor Hackford annonce son envie de réaliser son premier film noir, on ne peut que trépigner d’impatience. Mais lorsque le réalisateur de Dolores Clayborne, accessoirement actuel président de la guilde des réalisateurs américains, annonce que ce premier essai mettra en scène le mythique Parker, tous les espoirs sont permis. Par contre du coup, ça passe ou ça casse.

Synopsis : Après avoir passé quelques années les doigts de pied en éventail, Parker décide de reprendre du service histoire de se renflouer. Mais avoir des principes peut s’avérer fatal quand on opère un braquage avec de nouveaux associés sans scrupules. Doublé et laissé pour mort sur le côté de la route, Parker ne prend que le temps de se remettre d’aplomb pour partir à la chasse aux rustres, histoire de leur apprendre les bonnes manières et de récupérer sa part du butin. Nan mais.

Le synopsis ci-dessus vous rappelle quelque chose ? C’est normal. Né sous la plume du romancier Donald Westlake en 1962 (sous le pseudo Richard Starke), le bien trempé Parker n’en est pas à sa première adaptation. Implacable voleur de haut vol souvent emmerdé par des acolytes peu scrupuleux et avides de billets verts, le gus a maintes fois usé de ses poings sur grand écran pour se sortir de situations tortueuses. Les plus jeunes se rappelleront d’un grandiose Mel Gibson mal luné dans l’excellent Payback en 1999, les autres n’oublieront pas les prestations successives d’Anna Karina (Made in USA, 1966), Lee Marvin (Le point de non retour, 1967), Jim Brown (Le crime c’est notre business, 1968), Robert Duvall (Échec à l’organisation, 1973) ou encore Peter Coyote (Slayground, 1983). Souvent de belles péloches, et le potentiel cinégénique du monsieur n’est plus à prouver.

« t’as de beaux yeux tu sais… »

A priori, Taylor Hackford a démarré son adaptation du bon pied. Tout d’abord, le choix de la nouvelle à adapter est judicieux : édité en 2000, Flashfire est une sorte de faux remake de Comme une Fleur, premier roman de la série et dont Le Point de Non-retour et Payback sont déjà les adaptations. Judicieux car elle met en scène un Parker vieillissant face à un monde qui a bien changé, avec tout ce que cela implique d’évolutions technologiques. Avec lui, une acolyte prête à en découdre face à ce monde sans visage qui ne laisse de porte de sortie qu’à ceux qui le blousent.

Même volonté dans les intentions de casting : Jason Statham n’a pas l’âge d’un Parker sur le retour mais son énergie et sa filiation avec le cinéma de Guy Ritchie ont tout pour servir le film. Constat similaire pour Jennifer Lopez et son rôle dans l’excellent Hors d’Atteinte de Steven Soderberg, dont l’affiche US du présent Parker reprend les codes graphiques. Enfin, que dire de la présence de Nick Nolte ou de Michael Chicklis si ce n’est qu’elles vont également dans le bon sens.

« Bon, je tire ou je pointe ? »

Malheureusement, on ne retrouve aucune de ces intentions dans le film, transpirant avec peine du script de John McLaughlin (Le Carnaval de l’étrange, Hitchcock). Le style posé et pesant de Taylor Hackford n’a pas bougé d’un iota et ne s’est pas adapté à cette nouvelle entreprise. Révélé en 1982 par Officier et Gentleman et célébré pour des œuvres telles que Les Princes de la ville ou le biopic Ray, Hackford arrive ici en terre inconnue et cela se voit. Au mieux a-t-il donné quelques signes de nervosité sur L’associé du diable, dans lequel Pacino tenait la dragée haute à un Keanu Reeves christique. Ce style qui a fait des merveilles sur toutes les œuvres sus-citées semble complètement à côté de la plaque quand il s’agit de peindre avec panache les pérégrinations du célèbre cambrioleur de haut vol.

Là où McTiernan susurrait le vol avec classe (l’aura d’un casse de diamants à Palm Beach fait penser à L’Affaire Thomas Crown), là où Statham en imposait chez Ritchie (Snatch) et risque de péter la baraque chez Steven Knight (le futur Hummingbird), là ou Soderbergh instillait de la tension dans ses enjeux, Hackford se prend les pieds dans le tapis. La rencontre entre Parker et la petite employée immobilière interprétée par Jennifer Lopez n’a jamais d’ampleur, jamais d’aura. Elle est filmée comme une amourette de vacances avec ses quiproquos de chihuahua et ses sentiments à la petite semaine pas même dignes d’une télénovella. Sur des rails, sans surprise, Parker ne provoque pas même l’hypnotique fascination des catastrophes, et ce ne sont pas les maigres scènes d’action, nerveuses mais trop vite expédiées, qui vont donner le change. A ce titre, la rencontre tant attendue entre Jason « Chev Chelios » Statham et Michael « Vic – The Shield – Mackey » Chicklis est noyée dans un océan de mise en place et de dialogues poussifs qui fatigue trop pour qu’on soit éveillé quand elle arrive. Un comble !

Rythmé à la vitesse d’un lent métronome par le simple enchaînement logique et calculé de scènes d’exposition trop longues, Parker se révèle être un projet bâtard, trop propre pour convaincre, et ressemble plus à un caprice de réalisateur qu’à un véritable désir d’artiste. On aurait dû s’en douter : mis en branle tel un coup marketing à la mort du romancier il y a plus de quatre ans, Parker opère l’ultime affront post-mortem. Sorti des romans graphiques réalisés de main de maître par le dessinateur Darwyn Cooke, Westlake n’a en effet jamais autorisé quiconque à adapter son œuvre en utilisant le nom Parker, à moins que les studios ne s’engagent à en faire une série. Vu la tête de l’entreprise, c’est mal parti et c’est bien dommage, Parker méritait bien mieux. C’est plutôt au director’s cut du Payback de Brian Helgeland qu’il aurait fallu donner une suite (je plussoie, David, je plussoie !  –  NDPlissken)


Parker, de Taylor Hackford (1h58). Avec Jason Statham, Jennifer Lopez, Michael Chicklis, Nick Notle, Emma Booth, Wendell Pierce. En salles le 17 avril.

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