Pasbeau Escobar (Critique de Paradise Lost)

Pasbeau Escobar (Critique de Paradise Lost)

Note de l'auteur

PL01Premier film du scénariste-réalisateur (autrefois acteur) Andrea Di Stefano, Paradise Lost inquiète par son affiche et intrigue par son sujet.
Énième biopic ? Film d’action ? D’auteur ? Ou juste une nouvelle performance formidable de Benicio Del Toro ? Hélas les choses ne sont pas si simples…


Années 90. Nick est un jeune canadien qui a décidé de venir s’installer sur une plage paradisiaque colombienne avec son frère. Il rencontre une jolie jeune fille du pays, Maria, qui le présente à son oncle : Pablo Escobar. Entre fascination et peur, Nick va se rapprocher de Pablo jusqu’au point de non-retour.

Premier atout, le point de vue extérieur du personnage de Nick évite l’écueil du biopic vu et revu. Non, ce film ne raconte pas la vie de Pablo Escobar, ni sa vie, ni son « œuvre ». Le thème relève plutôt de la fascination que l’on peut développer pour un être charismatique qui, sous sa personnalité charmeuse et sympathique, peut cacher un vrai monstre. Jusqu’où peut-on se laisser séduire ? N’est-il pas trop tard pour s’échapper ?

Andrea Di Stefano est un bon scénariste mais un réalisateur maladroit. Parlons des choses qui fâchent : l’image. Bienvenue dans l’illustration littérale du « flou artistique ». Volonté du chef op’ ? Licenciement abusif de l’assistant cam’ ? Nous ne le saurons sans doute jamais… Le résultat reste le même : sur un bon tiers du film le point n’est pas fait. (Faire le point = effectuer la mise au point pour que l’image soit parfaitement nette sur un objet/visage précis). Du coup ça peut passer sur un malentendu mais dès qu’on s’en aperçoit c’est un peu embêtant. Les cadrages, couleurs et éclairages font le job sans pour autant user de la moindre originalité.

PL03Benicio Del Toro est fait pour le rôle. Il a dans son regard un mélange de charme et de menace qui colle parfaitement à l’idée que l’on se fait de Pablo Escobar. D’abord politicien, il sait mettre les gens de son coté; mais il peut également basculer dans une cruauté fascinante. Benicio est un être bestial et classieux à la fois. C’est tout de même un des seuls acteurs à pouvoir manger plein de burritos pour prendre du poids, mettre des shorts de sport (cf. la première scène) et rester un peu sexy. Bref rôle charismatique pour acteur charismatique, tout va bien à ce niveau.
Le jeune premier Josh « Hunger Games » Hutcherson est habité d’un certaine pureté qui rend la naïveté du personnage de Nick plutôt crédible. Pas trop d’inquiétude lorsque sa petite amie évoque les trafics de cocaïne de son oncle, preuve évidente que l’amour rend aveugle (et complètement con).

PL02En parlant de drogue, Paradise Lost (film sur un des plus gros narco-trafiquants de l’histoire) propose un angle assez original qui consiste à ne jamais la montrer. Tant mieux, ça évite les vieux hommages à Scarface et ça permet de se concentrer sur l’histoire en tant que telle.

Il faut reconnaitre une prise de risque au niveau du scénario et de la dé-construction de la narration. Les premières minutes du film font office de chœur antique et nous montre le destin tragique des personnages. Cette entrée directe dans l’action pose un rythme et un suspens notables. Quelques scènes marquent par leur force et le jeu des comédiens (mention spéciale pour la maison de poupée et l’analogie du livre de la jungle).

En bref, Paradise Lost est une tentative honorable de film de qualité, qui perd par les maladresses de sa réalisation. Aussi vite vu, aussi vite oublié.

ps : Quitte à regarder un film avec les mêmes thématiques, mieux vaut se (re)faire Le Dernier Roi d’Écosse, similaire dans ses questionnements mais bien meilleur dans sa réalisation et son scénario.

Paradise Lost, réalisé par Andrea Di Stefano, avec Benicio Del Toro, Josh Hutcherson, Claudia Traisac, Ana Girardot, Carlos Bardem,  Brady Corbet… (01h54) sortie le 05/11/2014.

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