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« Paul a sans cesse besoin de quelque chose, en permanence » (interview de Ben Daniels, pour Flesh & Bone)

« Paul a sans cesse besoin de quelque chose, en permanence » (interview de Ben Daniels, pour Flesh & Bone)

À l’œuvre dans la minisérie Flesh And Bone, diffusée depuis début novembre sur OCS City, il y a d’abord l’histoire de Claire (Sarah Hay), mais aussi sur le devant de la scène, un comédien qui occupe tout l’espace de la salle de répétition. C’est Ben Daniels, acteur britannique que l’on a auparavant vu dans House Of Cards, ou la saison 2 de The Paradise, série de BBC One. C’est un habitué des planches, ce qui lui est fort utile pour incarner un personnage aussi exubérant et souvent sinistre que Paul. On est revenus avec lui sur les coulisses de la série, sa préparation et s’il est un habitué du bingewatching

 

Quels sont les retours que vous avez reçus personnellement depuis le début de la diffusion de la série ?

Ben Daniels : Je suis en Grande-Bretagne, donc je n’étais pas aux États-Unis depuis le début de la diffusion. Donc pour le moment tout ce que j’ai ce sont des gens sur Twitter, je ne sais pas à quel point on peut évaluer la réaction avec ça. Mais c’est un personnage plutôt sinistre, donc ça a amené des réactions plutôt fun.

Vous avez fait beaucoup de théâtre. Comment avez-vous approché le personnage de directeur de ballet, et être dans la salle de répétition ? Paul a énormément de présence et n’hésite pas à remplir la pièce…

J’ai approché le rôle comme d’habitude : en partant des scénarios. Je l’ai analysé, j’ai cherché qui était le personnage, quelles étaient ses intentions… Paul est un personnage assez particulier, car dès le départ Moira Walley-Beckett a dit « lâche-toi ». Et on a tellement l’habitude de jouer sobrement ces personnages. Et ce n’est pas ce qu’elle voulait : elle voulait quelqu’un qui soit excentrique. Et il y avait beaucoup de choses que je ne savais pas : je n’ai pas fait de la danse auparavant, et le personnage est aussi bipolaire, et je ne connaissais pas grand-chose sur ça non plus. J’ai fait beaucoup de recherches, j’avais 2 mois et demi avant de commencer le tournage, et c’est plutôt long ! En général, si on a de la chance, on a 3 semaines ou quelque chose dans le genre. J’ai suivi des cours de ballet, et je devais me transformer physiquement pour pouvoir me tenir d’une manière totalement différente. C’était plutôt intimidant, parce que je devais bouger autour d’eux comme si j’avais vraiment fait de la danse. C’était le gros du travail : voir qui il était sur le plan émotionnel et sur le plan physique. Et j’ai eu plein de conversations avec Moira sur ce qu’elle voulait qu’il soit.

C’est un projet très personnel pour Moira Walley-Beckett. Est-ce qu’une bonne partie de Paul était déjà dans le scénario ou est-ce que vous y avez ajouté quelque chose en termes de physique, ou d’autres choses ?

Moira était très précise sur ce qui était dans le scénario. Même si certains autres acteurs ont pu improviser, elle était intransigeante sur les dialogues tels qu’ils étaient écrits. Elle avait une vision claire et précise sur ce qu’elle voulait que l’histoire soit. Ce que l’on voit à l’écran, c’est entièrement ce qu’elle voulait. C’est pas mal, d’un côté, d’avoir ça en tant que comédien, car on a un certain guide avec lequel travailler, et on voulait faire en sorte de réaliser sa vision.

Flesh and Bone 2015J’ai regardé les premiers épisodes, et le personnage de Paul prend une grande part dans l’histoire, comme cette sorte de Pygmalion, même si cela reste avant tout l’histoire de Claire. A quel point saviez-vous à l’avance que vous seriez autant présent dans la série ?

On ne sait pas, en fait. C’est ça qui est fou avec la télé américaine : là on savait que ça allait être une « limited series », mais d’habitude on signe sur six ans sur la foi d’un seul scénario. Aucun d’entre nous ne sait, en signant pour une série télé américaine, l’implication qu’on va avoir. Et on a une petite idée à partir du pilote de la teneur de ce personnage.

Vous avez dit que vous ne connaissiez rien du ballet, mais je me demandais si vous aviez connaissance de ce monde et de travaux de fictions comme Black Swan et Les Chaussons rouges.

Je ne connaissais pas trop. J’ai vu Black Swan et Les Chaussons rouges et j’ai assisté à quelques spectacles, mais ce n’est pas une forme d’art que je connais particulièrement bien. Ce qui m’a attiré, c’est vraiment Moira et le scénario, que je trouve très osé et provocant. J’ai été emballé par sa noirceur, cette sorte de conte de fées très sinistre. Et il y avait une qualité d’exacerbation dramatique, comme un ballet lui-même, ce que j’ai trouvé très intimidant. Mais comme j’ai dit : on ne reçoit qu’un seul scénario.

Paul a ce tempérament exubérant et il aime bien parler français au sein du ballet. Comment voyez-vous la relation de Paul avec la France et les arts nationaux ?

Beaucoup des ballets sont français, et j’ai imaginé qu’il avait fait une tournée en Europe à un moment donné de sa carrière, et peut-être qu’il a passé du temps à l’Opéra de Paris. Et il aime les langues vivantes, alors que d’autres directeurs artistiques américains ne parlent pas français. Je me suis dit : ce serait intéressant qu’il parle la langue aussi bien qu’il le peut.

Il y a beaucoup d’authenticité dans la série. J’ai lu que la série avait été très intense et coûteuse à produire, et je me demandais si les danseurs du cast se sont autant donnés que pour de vraies répétitions. A quel point cela a été réellement intense ?

Cela a été très intense pour eux. Lorsqu’ils dansent, ils dansent pendant des minutes sur scène, et après ils répètent durant la journée. Mais le rythme physique est assez équilibré. Il y a une scène d’échauffements dans le premier épisode, et on a tourné celle-ci sur deux jours, et ils étaient fantastiques. Je ne me plaindrai plus jamais d’être fatigué après avoir été dans un local de répétition avec eux. Mais oui, c’était vraiment difficile pour eux. Et travailler en si étroite collaboration avec eux, c’était extraordinaire.

Le personnage de Paul met beaucoup de pression sur ses danseurs mais il en a également beaucoup sur ses propres épaules. Trouver Sarah, cette grande star du ballet, c’est très important pour l’histoire mais aussi pour sa carrière. Est-ce que vous pensez que cela peut expliquer son caractère cynique ?

Paul a sans cesse besoin de quelque chose, en permanence. Il a juste peur que sa vie touche à sa fin maintenant qu’il ne peut plus danser, ce qu’il considérait comme un moyen d’avoir la validation de la société. Il a été danseur star pendant des années. Il s’est blessé, et cherchait quelque chose à faire à la place et la seule chose qu’il voulait faire, c’était créer des ballets en équipe et obtenir une forme de validation à travers ça. Ils sont une extension de lui, ses bras et ses jambes. La pression qu’il met sur sa troupe est donc très intense. C’est une forme d’art très étrange, car elle concerne la quête de perfection, et si on n’est pas parfaits, alors on ne sera pas employés, ta compagnie ne fonctionnera pas, et il y a la pression supplémentaire d’être sans cesse nécessiteux. Donc tout ça rentre en ligne de compte.

Flesh and Bone est disponible en France en intégralité à la demande, il est possible de les bingewatcher. En tant qu’acteur, est-ce vous y voyez un intérêt ? C’est une minisérie avec juste 8 épisodes, mais est-ce que les voir en paquets peut permettre d’avoir une meilleure appréciation de l’arc de votre personnage ?

C’est une question particulièrement intéressante. Je veux dire, j’adore bingewatcher des séries moi-même, et quand je le fais, je pense que je loupe des choses que je ne louperais pas si je regardais un épisode chaque semaine. Je pense que c’est pareil pour un roman : si on lit pendant une journée de vacances, et qu’on a autant de temps de libre pour lire, je ne pense pas qu’on lise de la même façon. A vrai dire, je n’en ai aucune idée. Il y a un certain avantage, parce qu’on s’assied et on s’investit sur la durée, si on les regarde pendant quelques heures. A vrai dire, je suis mitigé sur la question.

Propos recueillis par téléphone le 28 novembre 2015. Flesh & Bone est diffusée le lundi sur OCS City à 20h55, l’intégralité de la série est disponible en VM sur OCS GO. Interview préparée avec Yann Kerjan.

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