On a vu… que ce n’est pas facile d’être (et d’écrire) une Shelby

On a vu… que ce n’est pas facile d’être (et d’écrire) une Shelby

 

…ou de la difficulté d’écrire des femmes, surtout dans des séries historiques. Peaky Blinders, c’est cette série qui se passe dans les années 20 à Birmingham. Le nom de la série est éponyme à celui de la bande qui fait la loi dans cette ville, régule les paris sur les courses de chevaux, racket, tue… Les Peaky Blinders, c’est la famille Shelby, c’est Arthur (Paul Anderson), Thomas (Cillian Murphy), John (Joe Cole). Mais c’est aussi Polly (Helen McCrory), Ada (Sophie Rundle) et Esme (Aimee-Ffion Edwards). En ce début de saison 2, il est temps de faire un zoom sur ces trois femmes de caractère.

 

Attention, (petits) spoilers saison 2

 

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Aunt Polly. photo BBC.

Le soucis avec cette série de la BBC, enfin, avec Polly, Ada, Esme ou même Grace (Annabelle Wallis) de la saison 1, c’est qu’ils oscillent constamment entre personnages brillamment avant-gardistes, féministes même, et terribles clichés. Ainsi dans la saison 1, nous avions la maman Polly, la soeur (qui se marie et a un enfant) Ada, et l’espionne amoureuse Grace. La saison 2 prédit aussi ce genre d’écriture, entre moment de grâce et facepalm.

Ainsi Polly, la femme de tête, celle qui a tenu l’entreprise pendant la guerre, le bras droit de Thomas, Polly donc, perd toute mesure et devient folle, quand elle pense à ses enfants, subtilisés par l’État il y a des années. Elle va jusqu’à menacer, se perdre dans l’alcool quand son sixième sens de mère lui indique l’état de santé de ses enfants. Bien entendu, l’histoire des enfants volés au Royaume-Uni est une histoire vraie et tragique. Et les réactions de Polly, sauf le sixième sens (que toutes les mères sont sensées avoir, encore plus quand elles sont d’origine gitane, bien entendu), peuvent être compréhensibles.

Mais était-ce vraiment à Polly, la seule femme d’affaire de la série, de porter ce fardeau ? Et d’en perdre la tête, se tournant vers la boisson et la débauche ? Polly aurait-elle était moins intéressante, sans enfant, ou en étant la mère de Finn (Harry Kirton) ? Ou en réglant elle-même cette histoire, avec l’aide peut-être de Thomas, mais en étant elle-même à l’origine de la recherche de son fils et de sa fille ? De plus, le seul moment où elle se « venge », ou elle s’adonne au « vice », à boire et à s’envoyer en l’air, la voilà le lendemain, à marcher honteusement et à devoir assumer les conséquences de tels actes. Ce n’est pas le cas de Thomas, qui en a aussi bien profité.

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Ada. photo BBC.

De même, Ada, la soeur, la femme mariée, menacée de viol par une bande rivale. Pourquoi ? Pourquoi le viol ? Elle pourrait être kidnappée, torturée, tondue même, non, elle doit être violée, c’est bien plus dramatique. Pourquoi aussi penser que tous les hommes, surtout les adversaires des Peaky Blinders, sont capables de violer une femme ? À l’inverse, on verrait mal Thomas Shelby donner un tel ordre, alors qu’il est un chef important de la pègre. Quelle est la seule défense d’Ada à ce moment ? Se déclarer comme n’étant pas une Shelby. C’est une Thorne.

Alors, s’il y avait beaucoup à espérer d’un personnage magnifique comme celui de Polly, le salut vient peut-être du côté d’Esme. Esme la gitane, Esme la femme de John. Elle n’a pas l’air d’avoir peur de Thomas, donnant franchement ses opinions sur sa volonté d’expansion. Elle semble aussi avoir un semblant d’ascendant sur son mari, même s’il s’agit d’une union arrangée dans la saison 1, pour faire la paix entre deux camps. Esme cherche à se rapprocher de Polly, indiquant que de part leur sexe, elles doivent se serrer les coudes. Elle reste un personnage tertiaire à l’intrigue et pourtant c’est la moins caricaturale des Shelby.

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Esme. photo BBC.

Peaky Blinders est une série passionnante, avec une saison 2 à l’intrigue bien moins téléphonée que la saison 1. La place des femmes y est traitée d’une façon singulière. Si dans la saison 1, Thomas remettait sèchement Polly à sa place, elle devient son numéro 2 aujourd’hui. Chef de clan et de gang, il accorde aux femmes la même place que les hommes dans son « entreprise ». Il est tant que les scénaristes s’y mettent aussi. Ce n’est pas parce que la série a lieu dans l’entre-deux-guerres qu’on est obligée d’user des mêmes clichés que dans une série moderne.

 

 

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