Correction de personnages : entre mauvaise mémoire et ajustement

Correction de personnages : entre mauvaise mémoire et ajustement

© Warner Bros. Television

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Il n’y a pas plus mauvais ami que notre mémoire. Les souvenirs, avec le temps, ont une fâcheuse tendance à la déformation. Et comme la série entretient une relation marathonienne avec son public, elle se prête parfois au jeu de la mémoire corrompue. Les spectateurs seraient donc tous amnésiques ? Pas exactement. Le temps est le facteur déterminant. Un temps qui enjolive ou défigure. Une découverte progressive (par opposition au binge watching). Et le fait que la série, art vivant (elle se construit au fur et à mesure de sa diffusion) se permet parfois quelques réglages.

Principales cibles de ces ajustements ? les personnages. Nous ne parlons pas d’évolution comme Grissom a pu changer au fil des saisons, passant de la bonhomie au misanthrope ou Willow d’adolescente fragile à puissante sorcière. Mais de ces personnages auquel on donne quelques tours de clefs pour que leur dynamique fonctionne. Chose courante dans les sitcoms comme la comédie, plus que tout autre genre, est histoire de dosage, de recherche de la bonne formule. Regarder les premiers épisodes de The Big Bang Theory ou How I Met Your Mother et l’on remarque – surtout dans les pilotes – que Sheldon et Barney ne sont pas tout à fait les figures inscrites dans l’inconscient collectif.

Un exemple frappant est John Steed. L’homme au chapeau melon est connu pour son flegme si british, sa tenue impeccable, son port noble. Et s’il pratique l’humour, c’est une version très anglaise, pince sans rire. Pourtant, dans les premières saisons (pas la première évidemment où il ne tient pas le premier rôle), Steed ne tient pas tout à fait le modèle que l’on connaît tous aujourd’hui. Et c’est au niveau de sa partenaire que la différence se joue. Sa relation avec Emma Peel possédait un caractère particulier, fait de tension sexuelle, d’amour platonique et d’amitié. Un cocktail délicieux que l’on pourrait qualifier d’objet de « shipping » originel. Si les sentiments étaient bien là (peu de doutes à ce niveau), la rigueur morale de Steed, sa retenue, tout comme celle d’Emma Peel ne pouvait transgresser l’idée d’une relation charnelle (Emma étant mariée). Pourtant, l’anglais n’a pas toujours été aussi sage. En seconde saison, l’homme s’avère espiègle et un rien polisson avec l’énigmatique Cathy Gale (Honour Blackman), prototype de ce que sera Emma Peel par la suite.

© D.R.

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Il faut voir le strict anglais devenu bien entreprenant avec sa partenaire… mais régulièrement éconduit. Ce qui ne l’empêchera pas de réessayer régulièrement. Leur relation sera pour beaucoup dans le succès futur de la série. Une relation pleine d’étincelles grâce aux fortes personnalités des deux sujets. La dame est en effet bien en avance sur son temps, de par son caractère, ses habits qui feront d’elle l’égale de Steed et non un simple faire valoir. Les pôles seront même parfois renversés tant le Dr Catherine Gale, prémisse de futures héroïnes, écho de la libération de la femme, transformera Steed en simple bellâtre un peu benêt.

John Steed, Barney Stinston ou Sheldon Cooper ne sont pas les seuls à avoir évoluer vers une formule plus raccord avec l’image que l’on tient d’eux (Joey Tribbiani (Friends) est un autre exemple). Nous vous invitons à enrichir la liste de cette particularité de la série, celle d’ajustement en direct qui donne parfois un tout autre ton à l’oeuvre. Et rappeler ainsi que notre mémoire peut parfois nous jouer de drôles de tours.

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