La Découverte De La Peur, épisode 6 : Batman et Le Locataire

La Découverte De La Peur, épisode 6 : Batman et Le Locataire

La peur, c’est ce sentiment parfois recherché, parfois pas du tout, qu’on a pu découvrir tout petit devant un Disney (le dragon de La Belle au Bois dormant, la sorcière de Blanche-Neige, madame Mim ou Ursula… Nous savons. Nous ne vous jugeons pas.) ou plus tard avec un bon roman de Stephen King ou en regardant Scream (si, si). À l’occasion d’Halloween, l’équipe du Daily Mars se souvient de ces moments qui les ont fait frissonner, sursauter, traumatiser. Happy Halloween !

Gueule d’Argile, ce gros tas de flip tout flasque

Par Douglas MacDouglas

J’aurais pu écrire sur une bonne douzaine de séquences tirées de Batman, la série animée pour parler pour parler de grands moments de trouille. La transformation de Man-Bat, les plantes carnivores de Poison Ivy, le cauchemar d’Harvey Dent, les rires mortels dans Heureux comme un poisson dans l’eau… Sans parler du film Batman et le Fantôme Masqué. Mais c’est l’affrontement final entre Batman et Gueule d’Argile dans l’épisode Feat of Clay pt2 / Bas les masques 2ème partie qui a fini par l’emporter dans mon top flip personnel. Voyez plutôt.

Victime comme tant d’autres adversaires de la chauve souris d’une infâme transformation physique, Gueule d’Argile a pourtant été le seul à m’inspirer une profonde terreur. Si Double Face est tragique, si Man-Bat est physiquement impressionnant, ce bon vieux Matt Hagen gagne la palme de la mutation la plus hideuse et la plus répugnante. Piégé dans sa propre enveloppe charnelle, Gueule d’Argile nous apparaît alors comme un corps réduit à l’état de boue flasque flanqué d’un sourire édenté, de grands yeux jaunes… et de cette faculté de prendre l’apparence de n’importe qui. Un personnage qui constitue pour moi le premier vrai pas vers le genre du body horror que j’affectionne tant. Un The Thing de Carpenter avant l’heure. Un vrai frisson !

Dans cet affrontement entre Batman et le monstre boueux tout ou presque m’avait méchamment mis mal à l’aise: le monstre liquéfié sortant de la grille d’aération accompagné d’un bruit organique, la noyade de Batman dans le corps boueux de Gueule d’Argile, la perte de contrôle du corps accompagnée de cris de douleur et ce rire final qui m’avait glacé le sang. Tout y est parfait, de la sublime scène de transformation supervisée par le studio Tōkyō Movie Shinsha à la musique sombre et épique de Shirley Walker. Mais ce qui fait la force de cette séquence, de cet épisode et de toute cette fabuleuse série, c’est l’écriture, lorgnant comme bien souvent vers le conte horrifique. On dit que les peurs primaires viennent de l’enfance. J’avais 6 ans à l’époque et ce petit frisson ne m’a toujours pas quitté…

Le Locataire, réalisé par Roman Polanski (1976)

Par Gilles Da Costa

Avec cet excellent film éminemment kafkaïen, troisième itération d’une trilogie des appartements maléfiques amorcée avec les non moins extraordinaires Répulsion et Rosemary’s Baby, Roman Polanski adapte le roman Le Locataire chimérique de Roland Topor et nous ouvre les portes d’un véritable enfer du quotidien. Nous suivons ainsi le calvaire du jeune Trelkovsky, nouveau locataire d’un appartement plombé par une lourde histoire, inlassablement oppressé par un voisinage intolérant l’entraînant peu à peu dans la paranoïa.

roman-polanski-le-locataireToute la force de ce thriller psychologique terrifiant est de construire méticuleusement une toile de fond réaliste, familière, pour y injecter progressivement, de manière quasi subliminale, des éléments déstabilisants. Ainsi, tout comme notre héros, nous en venons à douter de la nature de ce que nos voyons ou pensons voir.

Car Polanski nous pousse à porter un regard suspicieux sur l’attitude de certains personnages, à nous attarder sur les détails de certains décors et facilite ainsi l’identification avec un Trelkovsky subissant la désintégration progressive de sa psyché. Prisonniers de cet univers étouffant, manipulés d’un bout à l’autre du métrage par le sens aigu de la mise en scène d’un réalisateur en pleine possession de ses moyens, nous sombrons avec délectation dans une atmosphère pesante où la terreur flotte dans l’air comme un gaz putride.

Ici, pas d’effets de manche inutiles ou de jump scares faciles façon train fantôme, la peur est distillée progressivement pour mieux pénétrer notre subconscient et s’y installer durablement. Macabre et morbide, Le Locataire déstabilise autant qu’il fascine. Expérience hautement subjective, il semble vouloir nous faire ressentir la négation de l’individu, la perte d’identité imposée par une société écrasante à l’aliénante omniprésence.

Commençant comme un drame terre à terre pour glisser petit à petit vers un fantastique surréaliste cauchemardesque, Le Locataire pose plus de questions qu’il n’apporte de réponse et c’est peut-être sa plus grande qualité. Il s’inscrit ainsi dans la lignée de ces films-expériences qui nous accompagne longtemps après les crédits de fin. Une Perle noire anxiogène et labyrinthique nous poussant à trouver votre propre chemin dans les dédales sombres et biscornues d’un esprit fracassé.

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