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Picnic at Hanging Rock : délacer le corset (Showcase / Canal Plus)

Picnic at Hanging Rock : délacer le corset (Showcase / Canal Plus)

Note de l'auteur

Alors que nous sommes définitivement entrés dans les premiers jours de la belle saison, Canal+ propose une minisérie basée sur l’un des joyaux de la littérature australienne. Déjà adaptée de fort belle manière pour le cinéma, cette déclinaison très contemporaine du Pique-nique à Hanging Rock ne convainc pas totalement de la nécessité de son existence.

Le Hanging Rock est situé dans l’état du Victoria, au sud-est de l’Australie, à environ 70 kilomètres de Melbourne. C’est un ancien volcan qui s’est progressivement stabilisé en une formation rocheuse relativement spectaculaire. Dans ce décor peu commun, la romancière et dramaturge Joan Lindsay situait son intrigue circa 1900. L’endroit la fascinait et elle se servira d’une histoire vraie pour dresser son récit, même si l’authenticité de cette inspiration est souvent remise en question, et entretenue par sa propre éditrice, Sandra Forbes, qui avait fait retirer les sources qu’elle citait dans son manuscrit. Il faut dire que cette dernière avait bien compris que l’intérêt de l’œuvre se situait dans le mystère et c’est  également elle, par conséquent, qui conseilla à l’auteure de ne pas publier le dernier chapitre.*

Picnic at Hanging Rock (1967) est un succès en librairie et l’adaptation du metteur en scène Peter Weir (1975) sera également bien reçue, relançant ainsi la popularité du roman de Lindsay. Un long métrage si exhaustif — en particulier sur la forme — qui ne laissait finalement que peu de place à une nouvelle adaptation audiovisuelle.
Beatrix Christian et Larysa Kondracki vont pourtant s’obstiner et convaincre leurs producteurs (FremantleMedia et Amazon Studios) en insistant sur la nécessité d’appuyer sur le point de vue féminin de l’œuvre, là où Weir portait, au fond, un regard très masculin.

Car après tout, c’est effectivement un récit d’émancipation féminine dont il est ici question. Dans un établissement privé d’éducation, de jeune filles et jeunes femmes apprennent les rudiments d’une « bonne tenue » en société, afin de se préparer à devenir de parfaites épouses…
Lors de la Saint-Valentin, un pique-nique est organisé afin que les étudiantes puissent profiter d’une sortie aux abords d’un lac attenant au fameux Hanging Rock. Lorsqu’il est temps de repartir, trois jeunes femmes et une professeure manquent à l’appel.

Toutes ces filles essaient simplement de trouver la force d’être elles-mêmes. (Larysa Kondracki)

Vous ne serez pas surpris d’apprendre que Sofia Coppola s’est inspirée de Picnic at Hanging Rock pour écrire The Virgin Suicides. Le roman de Lindsay développe un texte qui louvoie aux frontières du surnaturel et trouve dans cette version épisodique un onirisme gothique rémanent. L’univers et le contexte historique assez attendus sont sublimés par cette propension à nourrir son propre mystère, en évoquant, in fine, le désir de liberté des femmes face aux multiples carcans qui les entravent.

La déclinaison en six épisodes est toutefois très discutable. Le format permet aux auteures de prendre le temps de décrire les motivations et oppressions de chacun mais sans qu’on puisse jamais vraiment y trouver un caractère essentiel.
La mise en scène décroche également en perdant de vue une simplicité qui lui aurait été bénéfique. L’usage de ralenti (ce grand mal formel contemporain) et de vilaines rotations de la caméra ne mènent nulle part. La photographie — signée Gary Phillips (The Missing) — est pourtant sublime et aurait mérité un autre traitement.

Plus encore peut-être, l’autre ambiguïté de cette minisérie est à observer avec l’interprétation de Natalie Dormer (Game of Thrones) dans le rôle d’Hester Appleyard. Le regard de l’actrice anglaise a ceci de transperçant qu’il en ferait presque oublier à ses réalisateurs qu’elle parvient difficilement à ne pas surjouer. Un manque de sincérité parfois si confondant qu’il confine au risible.
Heureusement, le reste du casting est brillant, à commencer par le quatuor central d’étudiantes qui portent littéralement la seconde partie de cette adaptation. Signalons aussi la remarquable Yael Stone (OITNB, High Maintenance) presque méconnaissable dans un rôle de surveillante bigote.

Dans une histoire qui n’est pas vraiment le récit d’une disparition et qui fait résolument le choix d’esquiver le chemin balisé d’une enquête, Picnic at Hanging Rock offre la sensation d’une bouffée d’air frais ! On ne lui en demandera néanmoins pas beaucoup plus.

*: Attention spoilers en quelque sorte : le final laisse l’intrigue en suspens et si Lindsay s’est toujours refusé à en révéler la nature de son vivant, elle finira par accepter qu’il soit publié à titre posthume. The Secret of Hanging Rock sortira en 1987, soit trois ans après sa mort.

PICNIC AT HANGING ROCK (Showcase) Minisérie en 6 parties.
Diffusée sur Canal+ à partir du 25 juin.
D’aprés le roman de Joan Lindsay.
Minisérie écrite par Alice Addison et Beatrix Christian.
Minisérie réalisée par Amanda Brotchie, Larysa Kondracki et Michael Rymer.
Avec Natalie Dormer, Lily Sullivan, Lola Bessis, Samara Weaving, Madeleine Madden, Inez Curro, Ruby Rees, Yael Stone, Anna McGahan, Harrison Gilbertson et Sibylla Budd.
Musique originale de Cezary Skubiszewski.

Visuels : Picnic at Hanging Rock © FremantleMedia & Amazon Studios.

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