PIFFF 2013 : The Battery

PIFFF 2013 : The Battery

Note de l'auteur

Road movie indie en territoire zombie, le premier choc de la cuvée 2013 du PIFFF nous rappelle qu’un talent de cinéaste vaudra toujours plus que tout l’or d’Hollywood. 

Ce qui surprend d’emblée dans The Battery c’est la simplicité, l’efficacité et l’ingéniosité de sa mise en scène. Pour son premier film Jeremy Gardner, acteur, scénariste et réalisateur sorti de nulle part applique la leçon des plus grands : quand on n’a pas d’argent on tourne moins de plans (ça reste vrai, même avec une Canon 5D) donc on réfléchit à ce qu’on fait. En cela Gardner marche sur les traces du Sam Raimi d’Evil Dead, et il en a le talent.

Deux potes désœuvrés errent sur les routes désertes de la Nouvelle Angleterre. S’ils n’ont rien de mieux à faire c’est parce la terre est peuplée de zombies, comme d’hab. Pas des enragés mais des zombies romeriens dont le nombre fait la force et dont on se débarrasse, comme d’hab, en leur éclatant la tête. Pour Ben et Mickey avancer est un but en soi parce que s’arrêter voudrait dire s’exposer, s’enfermer et risquer de finir comme les autres. Dans un road movie l’important n’est pas la destination mais le trajet, ils se contentent donc de traverser cette campagne oppressante filmée au grand angle, jusqu’à ce qu’une communication interceptée sur un talkie walkie leur donne, peut-être, une direction…

Vous avez l’impression d’avoir déjà vu ça mille fois ? Sur le papier sans doute, sur l’écran certainement pas, le réalisateur transformant ce qui aurait pu n’être qu’un petit film de zombies indépendant et fauché en une heure trente inoubliables. D’abord parce que les morts-vivants ne sont pas multipliés en CGI moisie mais faits de chair putréfiée et de sang coagulé. Même s’ils ne sont pas très nombreux, budget oblige, ça fait du bien ! Ensuite parce que du côté des vivants aussi les personnages sont concrets, à la fois entiers, profonds et contrastés, c’est devenu une denrée rare dans le genre. Mais surtout l’économie du film stimule à chaque instant l’inventivité de Gardner, sa préoccupation de tendre chaque scène ne se relâche jamais au point que The Battery ne pâtit pas un instant de son manque de moyens. Au contraire il y gagne, la meilleure preuve en est ce plan fixe de dix minutes d’une intensité absolument incroyable, dans lequel peu est montré et pourtant tout est dit. Puisque je vous dis qu’il y a du Raimi chez ce mec !

2012. Etats-Unis. 1h40. Réalisé par Jeremy Gardner.

Avec Jeremy Gardner, Adam Cronheim, Alana O’Brien, Niels Bolle…

 

Partager