PIFFF 2014 : Shrew’s Nest, de Juanfer Andrés et Esteban Roel

PIFFF 2014 : Shrew’s Nest, de Juanfer Andrés et Esteban Roel

Note de l'auteur

MusaranasQuand un film est à moitié raté, il vaut mieux qu’il le soit au début qu’à la fin. C’est le cas de ce huis-clos qui a emporté l’adhésion du public du PIFFF resté sous la forte impression d’une seconde partie très percutante, suffisamment en tout cas pour lui faire oublier une exposition particulièrement laborieuse.

 

Musarañas titre original bien plus éclairant qui compare les personnages aux musaraignes, ces petits rongeurs carnassiers et craintifs rôdant derrière les murs des vieilles maisons – raconte comment deux sœurs recueillent chez elles un voisin qui s’est cassé la jambe dans l’escalier. Contrairement au malheureux soldat des Proies (The Beguiled de Don Siegel, 1971), auquel les co-réalisateurs Juanfer Andrés et Esteban Roel font ouvertement référence, le protagoniste n’est pas le blessé mais la harpie qui le soigne, en l’occurrence Montse, une des sœurs en question. Interprétée par l’actrice de comédie Macarena Gómez dans un judicieux contre-emploi, on découvre à Montse des tas de bonnes raisons d’être névrosée jusqu’à la moelle, surprotectrice envers sa jeune sœur et surtout affligée d’une agoraphobie radicale. C’est bien simple, Montse est incapable de sortir de son appartement. Une bonne raison pour enfermer le voisin blessé à double tour et envisager avec lui, qu’il le veuille ou non, un idéal de vie à deux…

musaranas-1Elle rame, cette exposition ! Il s’agit certes d’installer tout un contexte lié à l’Espagne de l’après-guerre, le franquisme, ses rapports sociaux cloisonnés et ses mentalités bigotes, et c’est un vrai tour de force que d’y parvenir sans sortir d’un appartement devenant dès lors la métaphore d’une société qui va se replier sur elle-même pendant des décennies. Mais la manière si peu subtile de caractériser Montse (le personnage du père absent qui la hante…) ou d’introduire certains éléments du scénario dont on perçoit la fonction avec trop d’évidence (l’eau dite bénite, le pendentif…) plombent cette entrée en matière. Les très sympathiques et cinéphiles co-réalisateurs dont c’est le premier long métrage ont beau s’en défendre, la présence de Alex de la Iglesia qui produit le film se ressent fortement sur cette écriture qui fait avancer le récit par une succession de rebondissements et de révélations avec la grâce d’un chorizo industriel, jusqu’à un climax grand guignol à souhait et heureusement salvateur. Musarañas remonte alors bien la pente, sans toutefois parvenir à instaurer un malaise tel qu’en suintait des rapports pervers entre deux autres sœurs, mémorables celles-là, les Blanche et Baby Jane Hudson de Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? (What Ever Happened to Baby Jane? de Robert Aldrich, 1962), second étendard brandi par les deux réalisateurs.

 

Espagne. 2014. 1h31. Réalisé par Juanfer Andrés et Esteban Roel. Avec Macarena Gómez, Nadia de Santiago, Hugo Silva, Luis Tosar

 

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