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Pigalle, la nuit : Hervé Hadmar et Marc Herpoux dans le blog, 1ère partie.

Pigalle, la nuit : Hervé Hadmar et Marc Herpoux dans le blog, 1ère partie.

Hi everyone, Plissken speaking…  Histoire de bousculer un peu le train-train de ce blog d’honnête facture, voici une interview réalisée uniquement pour ici de Hervé Hadmar et Marc Herpoux, co-créateurs de Pigalle, la nuit, dont la diffusion a débuté le 23 novembre sur Canal +.

C’est pas vraiment un scooppuisque ces dernières semaines, vous avez pu lire un peu partout des interviews promo du tandem le plus créatif de la fiction française. Mais je me suis dit qu’un petit rab de ces deux messieurs passionnants au sujet de cette excellente série, ça ne pouvait pas faire de mal !Pour ceux qui ne l’ont pas encore vue et/ou n’ont pas Canal +, Pigalle la nuit est un thriller noctambule et romantique de 8X52 min. dans lequel un trader français (Thomas, joué par Jalil Lespert, ci-dessous) recherche désespérément sa soeur Emma, qu’il aperçoit par hasard un soir en strip teaseuse dans une boîte à Pigalle.

Après sa prestation, Emma disparait mystérieusement et pour la retrouver, Thomas va s’immerger dans ce quartier hypnotique et venimeux, théâtre d’une concurrence féroce entre deux parrains de la nuit, Nadir et Dimitri.

Pigalle, la nuit est incontestablement une réussite, à quelques réserves personnelles près – que j’évoquerai éventuellement dans un post ultérieur. C’est surtout l’exemple parfait de fonctionnement, à l’échelle française, d’un binome de showrunners en osmose avec leur production et une chaîne (Canal + donc, loués soient ses responsables de la fiction), qui respecte totalement l’intégrité artistique de la série commandée.

Il s’agit enfin d’une véritable expérience d’écriture immersive de la part d’une paire d’auteurs aux méthodes de travail qui n’appartiennent qu’à eux. Il était intéressant d’y revenir avec eux.

A l’arrivée : malgré ses quelques défauts de cuirasse et notamment un rythme que je trouve parfois un poil trop lent, voilà une fiction originale, visuellement éblouissante (elle tient sans problème la dragée haute aux séries anglo-saxonnes), aux personnages complexes et réels, incarnés jusqu’à la moelle par des acteurs au jeu tout simplement CREDIBLE (dans le rôle de Nadir, le proprio du Folies et du Sexodrome, Simon Abkarian effectue notamment une prestation digne d’un Emmy award…).

Après un démarrage en fanfare en première semaine (communiqué triomphant de la chaîne à l’appui), Pigalle, la nuit a connu hélas une baisse sensible de son audience lundi dernier, ce qui laisse encore planer un doute sur la commande ferme par Canal + d’une seconde saison. Il faudra à tout prix que les chiffres de la 3e semaine, ce lundi, ne marquent pas un nouveau décrochage significatif. Croisons les doigts, car Pigalle, la nuit est une vraie belle oeuvre de télévision qui mérite largement de connaître un second printemps.

Je tiens vraiment à remercier Hervé Hadmar et Marc Herpoux d’avoir accepté de consacrer un peu de leur temps à votre serviteur dans le cadre très confidentiel de ce blog. Sans flagorner, je peux vous assurer que le talent de ces deux-là n’a d’égal que leur humilité et leur gentillesse. « H & H » forment un duo d’auteurs pas divas pour deux sous, ouvert à la critique et instaurant d’entrée un rapport humain « normal » avec leur interlocuteur, pas une épreuve de force pathétique comme certains autres se plaisent à le faire du haut de leur suffisance. Et en plus ils font des vannes aussi moisies que les miennes ! Pour finir, rappelons que Hervé et Marc ont donc écrit à quatre mains tous les épisodes, tandis qu’Hervé s’est chargé de la réalisation.

Fleur (Sarah Martins) : doyenne et danseuse star du Folies. Meilleure amie d’Emma (et ex-petite amie de John Plissken. Je déconne, ho…), elle aidera Thomas dans son enquête.

Comme c’était un peu long, j’ai coupé l’entretien en deux… la suite demain, où « H&H » causeront davantage du travail sur l’image (attention ca sera un poil tech) et de leur regard sur la fiction française (attention ça balance). Bon, assez digressé, la parole aux créateurs, quoi, merde, enfin !

INTERVIEW

Des Inrocks à Libé en passant par les mags télé, Pigalle la nuit reçoit un plébiscite quasi-unanime. Vous attendiez-vous à une telle cote d’amour ?
Hervé Hadmar : on l’espérait bien sûr, mais franchement après l’accueil positif des Oubliées on s’était dit « Profitons-en, on ne connaitra plus jamais ça, « . On redoutait d’autant plus les critiques sur Pigalle que là, après Les Oubliées, on nous attendait au tournant. Comme Pigalle est une série chorale, on s’aperçoit finalement que tout le monde s’attache au moins à un ou deux personnages, ca fait plaisir. Je trouve les critiques d’ailleurs assez lyriques et poétiques.

Marc Herpoux : oui, les journalistes qui écrivent sur Pigalle la nuit ont essayé d’habiller leur critique, comme si ils voulaient faire partager la sensibilité qu’on a voulu mettre dans la série. Je retrouve dans certains articles l’ambiance de Pigalle…

H.H : en filigrane, je lis que les journalistes ont aimé la série parce qu’elle est proche de l’humain, elle croit en l’homme.

Vous pensez que Pigalle,la nuit touche davantage les gens que ne l’a fait Les Oubliées ?

M.H : oui parce que Les Oubliées a un coté plus abstrait, plus mental. On ne pouvait rentrer dans la série qu’à condition de rentrer dans l’obsession de Janvier. Le fait que Pigalle soit une série chorale facilite l’attachement des gens. C’est une série plus populaire, à l’image du quartier.

H.H : et visuellement plus colorée que Les Oubliées. Il y a de vraies scènes humoristiques, on est plus dans la fête, la vie, le plaisir, le désir et la sensualité.

Pigalle,la nuit a-t-elle été justement une série plus difficile à écrire que Les Oubliées ?

H.H : Pigalle a été dix fois plus complexe à écrire, produire et réaliser que Les Oubliées. D’abord parce que c’est une série chorale et ensuite, pour la réalisation, parce que c’est beaucoup plus difficile de tourner en live dans les rues de Pigalle que dans le Nord de la France. Là bas, tu frappes à la porte d’un riverain, tu lui demandes « Bonjour monsieur est ce que je peux tourner dans votre maison ? Il te répond direct  » Ben oui pas de probleme vous voulez un café? » Pas à Paris, ha ha !

mma (Armelle Deutsch) : photographe en quête d’absolu envoûtée par Pigalle au point de devenir strip teaseuse. Et de disparaitre dans la nuit…

M.H : On a bien mis six mois à se sortir de la « musique » des Oubliées et penser « choral ». Une fois le pitch de Pigalle trouvé, on a mis du temps à trouver l’ADN de la série qu’on voulait faire, ne pas trop nous attarder sur le personnage de Thomas au profit de l’histoire d’un quartier.

H.H : Les Oubliées c’était une série « mono point de vue ». Pour notre projet suivant, il fallait choisir entre une écriture encore « mono point de vue » ou partir vers du « choral ». On a finit par se dire : Ok, choral ! Ok choral, C’est nul comme vanne ça, non ?

Au contraire, c’est brillant ! Comment est venue l’idée de Pigalle ?

H.H : la priorité, c’était d’abord de trouver une bonne proposition d’humanité, c’est à dire de beaux personnages donc : leur trouver l’arène idéale. Un commissariat ? Un hopital ? Deja fait… Et puis un jour, en passant tout bêtement en métro à la station Pigalle, j’ai eu le déclic. En sortant, j’ai appelé Marc, on s’est retrouvé à la terrasse du Chao-Ba et on a regardé pendant plusieurs heures les gens passer. On a senti cette ambiance décalée, cette mélancolie ambiante, cette part du rêve de Pigalle qui se réveille quand la nuit tombe et que le quartier se transforme. On a proposé un pitch à Canal, qui nous a donc loué un appartement pendant six mois sur place et on s’est vraiment immergé dans le quartier.

Qu’avez vous fait pendant ces six mois exactement ?

H.H : On a bossé pardi ! Les murs se sont vite recouverts de post-it d’idées de personnages et d’intrigues. L’après midi parfois, on se promenait dans les rues, dans les sex shop. Je me suis fait une séance en plein après midi au cinéma porno L’Atlas. En pleine projection, il y a avait un travelo en train de baiser dans la salle… Comme j’habite à la campagne, je restais dormir à l’appart’ donc il m’arrivait de ressortir la nuit.

M.H : cette immersion a directement nourri l’écriture. Le personnage de Max (joué par le célèbre saxophoniste Archie Shepp) nous est par exemple venu après un déjeuner à l’Omnibus, où on a repéré un vieux black seul attablé. On a commencé à délirer autour de lui et à construire l’histoire de Max.

Comment fonctionne votre duo ? Vous répartissez vous les personnages, les épisodes ?

Nadir (Simon Abkarian dans un rôle instantanément culte) : parrain de la nuit à Pigalle. Emma dansait pour son club le Folies. Est-il impliqué dans sa disparition ?

H.H : Non, on construit tout ensemble. La création des intrigues, des personnages, de la dramaturgie… impossible de savoir qui a fait quoi. Pour les continuités dialoguées (version avancée du scénario dans laquelle sont ajouté les dialogues – NDJP), ca varie : sur Les Oubliées on avait écrit trois épisodes chacun puis on se les était échangés. Sur Pigalle, j’ai écrit les continuités dialoguées, pendant que Marc écrivait celles de Signature, notre prochaine série. Et moi je suis en train de la reprendre en ce moment même. C’est un travail d’aller-retour permanent, tout est interchangeable. Comme on a tous les deux le même univers et la même sensibilité, ca fonctionne. De plus Marc connaît ma façon de réaliser et il écrit en fonction.

M.H : et nous commençons toujours par écrire la fin.

Comment vous êtes vous mis le quartier dans la poche pour tourner tranquilles ?

H.H : C’est à ça qu’a servi l’immersion. On a été à la rencontre du directeur du Sexodrome (le plus grand sex-shop d’Europe, où nous avions notamment tourné notre Scuds#5, sur le plateau de Pigalle, la nuit – NDJP), des strip teaseuses, des patrons de bar. A chaque fois, on leur disait tout de suite qui nous étions et quelles étaient nos intentions. Notre contact avec tout ce monde là a été facilité par l’intermédiaire d’un ex-flic de la brigade mondaine trouvé par la production. Il a bossé pendant vingt ans à Pigalle et grâce à lui, le jour J du tournage, on était prêt.

Ce qui n’a pas empêché le tournage d’être assez rock’n’roll…

H.H : On a eu des embrouilles, oui. Un soir, je devais filmer une scène où Thomas fend la foule pour rentrer dans le Paradise (dans la série, c’est la boîte concurrente du Folies – NDJP). Je suis donc à l’extérieur du Paradise, je ne vois pas Jalil qui est un peu plus loin mais je l’entend dans mon retour casque. Au moment où je m’apprête à dire « Moteur… action », j’entend tout d’un coup Jalil crier : « Quoi qu’est ce qu’il y a ? Je tourne un film, là ! Tu veux te battre, c’est ça ? » Il était en train de se fritter avec un mec qui voulait lui casser la gueule. Heureusement la situation s’est désamorcée. On a eu aussi un souci quand Yasmine Belmadi (qui nous a quitté, paix à son âme) se préparait pour une scène d’action. Il se chauffait dans son coin quand les flics sont passé et l’ont pris pour un drogué. Balayette, plaqué au sol, la totale… On est arrivé en courant, ils nous ont braqué avec leurs tazers. Vingt minutes d’interruption de tournage. Et je te parle pas des bastons autour de nous. Tous les soir il se passait un truc.

Le jazzman Archie Shepp est Max : un vieil habitant de Pigalle qui cache un très lourd secret (il est amoureux de John Plissken. Non je re-déconne)

Les comédiens ne se sont pas senti menacés ?

H.H Jamais et ils ont adoré ce climat. Et puis les gens de Pigalle nous protégeaient et on avait aussi notre service de protection.

To be continued : mise en scène, 35 mm Vs HD, scénaristes contre chaînes de télé…

Pigalle, la nuit : épisodes 5 et 6 le lundi 7 décembre sur Canal +, 20h50.
Une production Lincoln TV.
Sortie DVD prévue pour janvier chez Studiocanal.

End of transmission…
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