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Pigalle, la nuit : Hervé Hadmar et Marc Herpoux dans le blog, 2nde partie.

Pigalle, la nuit : Hervé Hadmar et Marc Herpoux dans le blog, 2nde partie.

Hola, tovaritch aminchkaias ! Suite et fin de l’entretien que Hervé Hadmar et Marc Herpoux, co-créateurs de la série Pigalle, la nuit pour Canal +, ont accepté d’accorder à ce blog. On y cause un poil plus technique, avec aussi un appel à la révolte lancé à leur corporation face aux desiderata parfois contre-productifs de nos chaînes de télé hexagonawles (j’ai mis un « w » volontairement, pas de panique. Gag scriptural). Allez, en voiture Simone…

Pour lire la première partie cet entretien, faut cliquer là.

Il y a une différence très nette entre la mise en scène des Oubliées et celle de Pigalle, la nuit…

Hervé Hadmar : oui pour deux raisons. Les Oubliées comportait beaucoup de caméra à l’épaule et une image beaucoup plus instable, à l’image du personnage de Christian Janvier qui perdait pied peu à peu (joué par Jacques Gamblin, excellent dans cette série à la beauté glacée que je vous recommande chaudement – NDJP). Dans Pigalle, la nuit, la mise en scène est plus sage et posée à cause de la multiplicité de personnages. La série parle du plaisir, de la fête et je voulais que la caméra danse autour des personnages, donc l’usage du steadycam était plus important.

Marc Herpoux : et ça, Hervé me l’a dit très tôt en amont du tournage, donc ça influait aussi sur l’écriture. Je savais que certaines scènes de dialogues entre deux personnages ne seraient pas forcément du champ/contre-champ. Dans l’enchaînement des scènes, l’idée d’une « caméra-ballet » m’a servi à penser en terme de passerelle pour passer d’un personnage à l’autre. On a un personnage puis on le quitte pour en rejoindre un autre et créer un rapport thématique. J’ai adapté mon écriture au projet de mise en scène de Hervé.

Si j’ai un reproche à adresser à la série, je trouve quand même que le rythme général manque un peu d’action. C’est le bourrin en moi qui parle je sais bien mais bon…

H.H : Ha, mais j’assume totalement ! Pigalle, la nuit n’est pas une série d’action, c’est un soap ! C’est une histoire d’amour, le reste on s’en fout, dans ma tête l’intrigue mafieuse est toujours passée au second plan. Et l’histoire sera tout aussi émotionnelle et féminine dans la saison 2.

Pigalle, la nuit plait d’ailleurs particulièrement aux femmes.

H.H : Et j’en suis très fier. Tous les êtres dans cette série sont fragiles, des hommes y meurent d’amour et je pense que ca touche davantage les femmes. Même le méchant, Dimitri (joué par Eric Ruff – NDJP), est très féminin. Nadir, Thomas, Lucien… ils sont tous en recherche d’amour. Pigalle c’est pas « Nous deux », c’est « Nous douze ». Tu l’avais pas vue venir celle là hein ?

En effet je suis un peu sonné, là… Tout comme Braquo, la précédente série événement de Canal +, Pigalle la nuit est une série tournée en 35 mm, format habituellement réservé au cinéma. Pourquoi ce choix, à l’heure du tout HD ?

H.H : Tout simplement pour avoir l’image la plus belle possible, surtout avec un tournage de nuit. En HD, les écarts de diaphragme sont trop faibles. Résultat : la nuit, quand tu règles ton diaph’ pour filmer les néons, ils sont tellement fort que tu vas être obligé de fermer le diaph’ au point que tu ne vois plus rien à coté. Avec les nouvelles pelloches en 35 mm, on a pu reproduire tout le velouté de la nuit.

Comment es-tu parvenu à cette texture si particulière de l’image ?

H.H : Le dispositif d’éclairage était discret sur le plateau, on ne voulait surtout pas rééclairer tout le quartier en installant des tours avec 30 kW de lumière sinon tout le monde serait venu à nous, comme des papillons. On bougeait de décors en décors en fonction des vitrines allumées telle ou telle nuit, on mouillait le trottoir systématiquement pour gagner des diaph’ ( = pouvoir fermer un peu plus le diaphragme de la caméra pour avoir la plus belle image possible – NDJP). Je voulais une série très colorée, avec une prédominance des rouges, ocres et dorés. Et des noirs assez denses. C’est pour ca aussi que je ne voulais pas de la HD parce qu’elle a tendance à plaquer les noirs.

Toi, tu ne dois pas être fan des derniers films de Michael Mann tournés en HD.

H.H : Je trouve en effet que l’image est à chier dans Public Ennemy et Miami Vice. Et si Michael Mann n’y est pas arrivé, y a pas de raison que j’y arrive ! Ce qui intéresse Mann avec la HD, c’est la profondeur de champ, que tout soit net aussi bien à un mètre de l’objectif qu’à l’arrière plan. Mais du coup, tu dois tout éclairer et tout est plat. En recherchant la profondeur de champ, je trouve que paradoxalement il aplatit l’image. C’est un avis qui n’engage que moi hein, je ne dis pas que c’est la vérité.

Oui mais dans Public ennemies, l’intérêt de ce choix d’image est de nous plonger dans une ambiance hyperréaliste. Tu as l’impression que les années 30 sont dans la banalité du présent.

M.H : oui mais une image comme celle là ne collerait pas du tout à l’ambiance de Pigalle, qui relève du fantasme, du fantasque… Les scènes avec Max ne fonctionneraient pas du tout avec de la HD.

En revanche le 35 mm ça coûte plus cher à la prod’…

C’est vrai qu’au début ils voulaient un tournage en HD, moins coûteux, et c’est le seul point sur lequel j’ai dû batailler. Mais aujourd’hui ils sont ravis. Pigalle, la nuit a coûté aux environs de 10 millions d’euros, j’ai eu l’argent que je voulais pour faire la série. Et j’ai eu la chance de travailler avec des producteurs qui ont fait le choix de mettre l’argent à l’écran. En clair : la marge que s’est fait Lincoln TV est certainement plus petite sur Pigalle la nuit que ce qu’une prod’ se fait habituellement sur d’autres séries.

Au fait Hervé, tu ne nous aurais pas fait un petit clin d’oeil aux geeks dans le premier épisode, par hasard ?…

Tu veux parler du plan sur le bus qui passe avec l’affiche de Watchmen ? C’est plus un hasard mais en effet quand j’ai vu ce bus passer j’ai dit à l’opérateur « vite, vite essaie de prendre le bus ! »

On n’en finit plus du débat sur la crise de la fiction française. D’où viendra la solution selon vous ?

M.H : c’est un cercle vicieux. Sur trop de projets, c’est la chaîne qui commande aux producteurs un concept bidon piqué à l’étr
anger, genre : « On veut le Desperate Housewives ou le Grey’s anatomy à la française ». Comme la production a besoin de faire tourner la boutique, elle va se plier à la commande de la chaîne puis s’adresser aux scénaristes qu’elle connait pour leur demander « dis, tu nous fais un Desperate housewives à la française ? ». Les scénaristes, qui sont pris à la gorge pour payer leur loyer, finissent par dire « oui » et écrire un truc sans inspiration. La prod’ trouve ensuite un réalisateur pas plus inspiré que les scénaristes et à l’arrivée tu te retouves avec toute une équipe démotivée et un résultat qui s’en ressent à l’écran. Tout ca parce qu’on est dans un système qui inverse l’offre et la demande. C’est le scénariste qui devrait etre à l’origine de l’offre de série, pas les chaines !

Oui enfin aux Etats-Unis, Lost était une commande initiale de ABC, comme ça arrive très souvent là-bas. Ca ne l’a pas empêchée d’être une très grande série.

M.H : Tu as raison. Lost, à la base, c’est une commande du patron de ABC qui voulait une série à la Survivor et Seul au monde. Mais c’est devenu ce qu’on connait parce que J.J Abrams et Damon Lindelof ont su renverser la vapeur et imposer leur vision de ce pitch de départ : « Ok, pour une série sur une ile mais nous on vous propose autre chose à partir de là ».

Mais en France, aucun scénariste n’a le pouvoir d’un J.J Abrams !

H.H : Il faut le prendre ce pouvoir ! Après Les Oubliées, TF1 est venu nous voir, on a rencontré à trois reprises les responsables de la fiction de la chaîne. Sans suite. On a rien à leur proposer, parce qu’on ne parle pas la même langue, ils ne laissent pas faire les créatifs. A TF1, la fiction n’est pas aux mains de créatifs mais du service juridique et de gens qui sortent d’écoles de commerce. En une heure de rendez-vous avec eux, on ne parle que de chiffres et de tunes. Pour eux, le mieux est forcément ce qui fait le plus d’audience et nous c’est une équation qu’on refuse. Attention : il ne s’agit pas d’être élitistes. On veut faire des séries vues par le plus grand nombre, mais d’abord et avant tout des séries auxquelles nous on croit.

Là vous êtes sur le petit nuage de Pigalle, la nuit et très courtisés mais demain si vous vous plantez, pourrez vous continuer à tenir ce beau discours ?

H.H. : On sait que demain tout peut s’arrêter. On a rien contre le fait de bosser pour TF1, à condition qu’ils nous laissent un minimum de liberté. On ne ferait pas Pigalle pour TF1, on est pas inconscients non plus. Mais on veut être responsables artistiquement de ce qu’on fait.

M.H. : C’est une position politique et tout le monde devrait l’adopter. Tant que les scénaristes ne seront pas assez puissants pour adopter ensemble ce credo, on sera dans une industrie d’électrons libres sans pouvoir. La fiction française passe aujourd’hui à coté d’un paquet de gens créatifs parce que le système privilégie des truc nases mais qui sont susceptibles de marcher. Joséphine ange gardien et Julie Lescaut, à la limite, ce sont des équations justes. Mais d’autres sont fausses ; L’Hôpital, sur TF1, c’était lamentable et ca s’est cassé la gueule.

H.H. : et si demain cette position nous met dans la merde, tant pis, moi je retournerai faire des logos publicitaires. Je préfère encore faire autre chose que d’écrire ce que je n’ai pas envie d’écrire.

M.H. : les scénaristes doivent savoir dire au producteur « non, ton truc là, c’est pas bon, je ne le ferai pas. Tu me demandes de faire le Desperate Housewives à la française ? C’est nul ! ». Les mecs qui mettent l’argent dans la fiction doivent cesser de considérer que ce sont eux qui ont le dernier avis artistique.

Une dernière info sur votre prochaine série pour France 2, Signature ?

M.H : Ca sera très noir, assez violent, tu seras content il y aura plus d’action que dans Pigalle, la nuit !… C’est l’histoire d’un ex-enfant sauvage devenu un assassin qui sévit sur l’île de La Réunion. Sami Bouajilah joue le principal et on espère que Sarah Martins (alias Fleur dans Pigalle, la nuit – NDJP) fera partie de l’aventure. Il y aura deux rôles féminins très importants dans l’intrigue. Et Signature ne fera qu’une seule saison, à la fin de laquelle l’histoire sera définitivement bouclée.

H.H : le tournage aura lieu à La Réunion de juillet à octobre. Je serai la bas dés le mois d’avril.

Pigalle, la nuit : épisodes 5 et 6 le lundi 7 décembre sur Canal +, 20h50.
Une production Lincoln TV.
Sortie DVD prévue pour janvier chez Studiocanal.

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