Pilote Automatique : Billions (Showtime)

Pilote Automatique : Billions (Showtime)

Note de l'auteur

L’histoire : Bobby Axelrod est à la tête d’un Hedge Fund (fond spéculatif) influent sur la scène boursière new-yorkaise. Installée désormais dans le Connecticut, Axe Capital prospère après avoir été lourdement touchée lors du 11 septembre 2001. Ce jour-là, Axelrod était le seul dirigeant en déplacement mais il a su se montrer suffisamment bienveillant depuis pour se façonner l’image d’un milliardaire philanthropique. Seulement voilà, la SEC (l’organisme US chargé de surveiller les marchés) s’intéresse de près à une opération suspicieuse l’impliquant, autour d’une société pharmaceutique, et sollicite le procureur général. Ce dernier, Chuck Rhoades, est rapidement intrigué par les agissements de ce trader populaire…

Autour de la série : Billions est une idée d’Andrew Ross Sorkin (aucun lien de parenté avec un certain Aaron S. de The West Wing), journaliste financier pour le New York Times et présentateur TV pour CNBC. Il est également auteur d’un essai (Too Big to Fail) décrivant la crise financière de 2008. Ce livre fut ensuite adapté en téléfilm du côté d’HBO par Peter Gould (scénario), et mis en scène par Curtis Hanson avec notamment Paul Giamatti, déjà au casting !
Il est rejoint ensuite par un duo de scénaristes chevronnés en provenance du cinéma. Brian Koppelman et David Levien ont notamment collaboré avec Steven Soderbergh pour Ocean’s Thirteen et The Girlfriend Experience (dont on attend d’ailleurs une déclinaison sérielle chez Starz en avril).

Bien que Sorkin le démente, Billions est sûrement inspiré – dans les grandes lignes – par la longue succession d’enquêtes menées par les autorités américaines (FBI et procureur de Manhattan) contre SAC Capital Advisors et son dirigeant Steven Cohen. Toutefois, il y a fort à parier, pour des besoins dramatiques évidents, que le fictionnel Axelrod rencontre bien plus de difficultés que son équivalent réel, lequel n’a jamais eu à craindre d’entrer dans une salle de tribunal. Cohen vient justement d’obtenir un accord de litige plus que favorable selon les observateurs.

L’avis : Sans en révéler la nature, la première séquence de ce pilote souscrit – très cérémonieusement – au cahier des charges implicite de la chaîne (Showtime), à savoir des personnages ambigus et un intérêt manifeste pour l’enjeu sexuel. Il faut tout de même reconnaître que Billions est, en soi, une prise de risque non-négligeable, pour avoir fait le choix de décrire un univers pas franchement spectaculaire, ou tout du moins dont les tensions ne sont pas les plus simples à retranscrire.

Et d’ailleurs, rapidement, le procureur Rhoades évoque la métaphore du bon matador qui se doit de ne pas affronter un jeune taureau. Ce sous-texte animalier – l’idée que tout ou presque est régit par l’action de marquer son territoire -, est, malgré sa teneur simpliste sur le papier, étonnamment séduisant dans cette introduction du milieu de la finance. Il faut surtout y voir tout le talent d’une distribution qui fait la différence dès les premiers instants, et en particulier celui d’un trio bien connu.

Paul Giamatti (Chuck Rhoades)

Paul Giamatti (Chuck Rhoades)

Elle n’est pas sur l’affiche, mais Maggie Siff (Wendy Rhoades) livre une performance de grande classe dans ce style très posé qui la distingue. Elle fait le lien entre, d’une part, un Damian Lewis (Axelrod) relativement attendu dans le rôle du très trouble parvenu et, d’autre part, un Paul Giamatti (Chuck Rhoades) très à l’aise dans la peau d’un personnage qui se donne beaucoup de mal pour apparaître sous la forme d’un animal à sang froid, ce qu’il n’est pas, bien sûr !

Comme le veux cette tendance actuelle un peu absurde (et presque systématique désormais sur le câble), la mise en scène de ce pilote a été confiée à un cinéaste. Neil Burger a bien quelques expériences télévisuelles à son actif mais pas suffisamment pour que cet épisode ne constitue pas une sorte de dépucelage.
Le résultat est à la fois revêtu d’une sobriété élégante mais également affecté d’une mise en place bien trop sage. Il n’était, bien sûr, pas question d’orchestrer la série façon “Rashōmon” comme The Affair (à l’antenne précédemment sur la même chaîne) mais on était en droit d’attendre un peu plus.

De manière générale, c’est toute la conception formelle de cet épisode qui manque d’âme. Il se trouve que Billions bénéficie d’une bande-son électronique très intéressante que l’on doit à Eskmo. L’artiste (qui peut se vanter d’avoir publié des disques sur des labels aussi prestigieux que Warp ou Ninja Tune) trouve des ambiances variées qui donnent une vraie couleur organique à Billions. Seulement voilà, contrairement à une série comme Mr. Robot par exemple, la musique est très mal associée aux images. Les transitions musicales d’Eskmo sont brutalement étouffées dès lors qu’un personnage s’apprête à intervenir et toute l’atmosphère sonore qui se construisait s’écroule comme un château de cartes parce que l’on n’a pas su faire preuve d’un tout petit peu d’inspiration au montage. Dommage !

Episode 2 : Comme souvent chez Showtime, on n’y revient pas forcément pour les bonnes raisons. Que ce soit parce qu’on aime Malcomson, Mihok et Marsan dans Ray Donovan ou parce qu’on ne peut plus se passer de la petite musique accompagnant les exploits de Dexter. Ce sera sûrement le cas également pour Billions.
Et puis, le problème avec la métaphore du matador, c’est qu’une fois que les deux protagonistes principaux auront martyrisé le taureau à tour de rôle, on ne voit pas comment la bête pourrait ne pas s’essouffler rapidement.

BILLIONS SAISON 1 EPISODE 1 “Pilot” (Showtime).
Créée par : Brian Koppelman, David Levien et Andrew Ross Sorkin.
Episode réalisé par : Neil Burger.
Chef opérateur : Eric Steelberg.
Avec : Paul Giamatti, Damian Lewis, Maggie Siff, Malin Akerman, Toby Leonard Moore, David Costabile, Condola Rashad, Jeffrey DeMunn, Terry Kinney, Stephen Kunken, Nathan Darrow et Deborah Rush.
Musique Originale : Eskmo.
Supervision Musicale : Jim Black.

Visuels : © 2016 Showtime Entertainment.

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