Pilote Automatique : Gotham (Fox) #2

Pilote Automatique : Gotham (Fox) #2

Note de l'auteur

Mon cher confrère félidé nous a déjà offert sa vision optimiste malgré quelques réserves, c’est une observation bien plus catégorique que je tiens. Gotham City possède plusieurs visages, une bonne raison pour gratifier le pilote de plusieurs visions.

 

gothamGotham joue un double jeu. Policier hard boiled d’un côté, naissance d’un mythe de l’autre. Les deux trajectoires devraient se nourrir mais leur association chaotique les pousse chacun dans un coin. Étude d’une police gangrenée par la pègre. Opposition de deux flics, partenaires, l’un droit (Jim Gordon), l’autre courbé (Harvey Bullock). Où la verticalité de leur relation conduit à une forme de rapport de force un peu bancal où l’on crie parfois beaucoup pour peu.

Le pilote est bruyant. Une cacophonie liée à une concentration importante de personnages, jetés en pâture à des fans, coupables malgré eux de jouer à un Qui est-ce ? Une bonne adaptation commence par une trahison, comme désapprendre tout ce qui a été appris. Le baiser de Judas tait son nom pour un résultat à l’encéphalogramme plat. Une grande braderie de futurs personnages importants (Catwoman, Poison Ivy, Nigma, Cobblepot) qui replie Gotham (la ville) sur elle-même et l’apparente à une version malade de l’asile d’Arkham. Il y a un côté “sandbox” dans ce pilote, comme si l’écriture était contaminée par les récents jeux vidéo où chaque figure essentielle incarnerait un endroit à visiter, une mission à venir, sans qu’il n’y ait aucun traitement lié au médium.

L’idée de voir Heller à la tête de Gotham possédait un côté séduisant et presque logique. La série offrait une synthèse entre Rome et The Mentalist, où le grand écart du récit épique et de l’objet pop. La Grande Histoire de Gotham (la ville) et ses figures légendaires. Seulement ici la synthèse provoque une annulation et dépossède l’auteur de ses talents. Du chaos général (narration, réalisation, personnages) s’élève une impressionnante vacuité. Une coquille vide, un organisme parcouru de spasmes. Ce pilote est le corps d’une poule qui continue à courir alors qu’on lui a coupé la tête.

Ce premier épisode est une masse. Écrasé par l’ampleur de la tâche, Heller tente le passage en force, une sorte d’hystérie vaine dans la narration où tout avance de façon saccadée. Un spectacle mixé. Tous les ingrédients se mélangent, désordonnés, pour un résultat terne, sans saveur et pâteux.

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