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Plaidoyer pour une cible facile (critique de Du Sang et des larmes, de Peter Berg)

Plaidoyer pour une cible facile (critique de Du Sang et des larmes, de Peter Berg)

Note de l'auteur

Adaptant des événements réels, le très inégal Peter Berg vise directement au plexus avec un survival movie guerrier ultra efficace et occasionnellement poignant, dont le premier degré totalement assumé va faire grincer pas mal de dents du côté des anti-militaristes patentés.

Peter Berg, c’est un peu notre John Milius des années post-11 septembre. Après l’émouvant Friday Night Lights, l’acteur réalisateur a démontré un goût certain pour la chose militaire à travers le très efficace Le Royaume mais aussi hélas le surpuissamment débile Battleship. Avec Du Sang et des larmes (titre français paraphrasant lourdement Churchill. En V.O le film est intitulé Lone Survivor), Berg rempile en territoire kaki et adapte à l’écran une histoire vraie survenue en 2005 : l’échec de la mission d’un commando de Navy Seals américains, chargés d’éliminer un leader Taliban local en Afghanistan. Partie pour être rondement menée, l’opération se terminera par la traque impitoyable des 4 membres de l’équipe par les barbus et la protection d’un des soldats en fuite par des villageois pachtounes. Le survivant du groupe, joué par Mark Wahlberg, a tiré de son aventure un livre adapté par le film.

Du Sang et des larmes appelle un chat un chat et les Talibans y sont montrés uniformément comme une bande d’obcurantistes sanguinaires sans le moindre code d’honneur. Bref, des barbares. Les notions de bien et de mal sont ici très peu nuancées, tout comme les convictions du réalisateur, rangé à 100% du côté de son drapeau et de ses boys. L’analyse géo-politique, Du Sang et des larmes s’en tamponne totalement, privilégiant l’émotion, l’efficacité brute et une description la plus réaliste possible d’une situation de guerre. En France, où sa distribution en catimini n’est pas trop surprenante,  il sera forcément la cible facile des critiques ciné champions de l’anti-impérialisme américain, qui ressortiront la traditionnelle panoplie d’anathèmes poseurs pour défoncer le film. On parie notamment sur les termes “fasciste”, “raciste”, “islamophobe” ou “ultra patriotique”.

A travers l’héroïsme et le courage des villageois Pachtounes, que les détracteurs du film taxeront sans doute d’alibi, Berg sauve pourtant son récit d’un manichéisme nauséabond. Plus généralement, il ne fait que reproduire un même dispositif qui était déjà à l’oeuvre dans Friday Night Lights. Tout comme il nous immergeait émotionnellement dans le réel et l’esprit de corps d’une équipe de foot d’un bled du Texas, Berg renoue ici avec une mise en scène sensorielle pour mieux cerner les liens de ces frères d’armes. A la fois petites gens et surhommes poussés aux ultimes limites de leur résistance, les héros sont filmés comme des martyrs dont la bande son ne nous épargne aucun détail de leur souffle sifflant à chaque nouvelle blessure. L’objectif de la caméra, souvent portée à l’épaule mais toujours exemplaire de lisibilité, capture aussi sans pudeur les plaies béantes, les os brisés, les chairs ensanglantées des quatres fugitifs. Lors de leurs spectaculaires dégringolades à flanc de montagne, Peter Berg use et abuse du ralenti pour mieux nous heurter à vitesse normale quand les corps se fracassent contre un rocher ou un arbre. Un procédé répétitif, mais ça marche !

Entre la furie d’Il Faut sauver le soldat Ryan et les ralentis de La Horde sauvage, les nombreuses fusillades ne révolutionnent rien mais elles délivrent leurs bonnes petites rafales d’adrénaline. Tout comme La Chute du faucon noir de Ridley Scott, Du Sang et des larmes exploite une défaite militaire pour la transformer au cinéma en survival brutal et en ode à la bravoure : ça ne va vraiment pas plaire à tout le monde, mais on a le droit de trouver cette approche respectueuse, voire émouvante.

 

Du sang et des larmes (Lone Survivor), de Peter Berg. Scénario : Peter Berg, d’après le livre de Marcus Luttrell. Durée : 2h01. En salles.

 

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