Pleurons un peu avec Terminator Renaissance

Pleurons un peu avec Terminator Renaissance

Misère ! Encore une franchise chère aux geeks torpillée par l’incompétence d’une équipe qui n’a visiblement rien compris au matériau qu’elle exploite. Après les X Men et Wolverine chez Fox, c’est autour de Terminator de (dé)rouiller sévère sous les bons auspices de Sony. On n’est certes pas floué sur l’abondance d’effet spéciaux (réussis) et de scènes d’action mais il manque cruellement à cette machine froide le circuit d’humanité qui éclairait Terminator 1, 2… et même un peu le 3.

Le pitch

En 2018, 14 ans après le conflit nucléaire déclenché par Skynet, les survivants se sont regroupé derrière un leader, John Connor, pour organiser la résistante aux machines. Alors qu’une offensive générale se prépare, un mystérieux inconnu, Marcus Wright, traverse mille périls pour rejoindre Connor par tous les moyens…

La première annonce d’un nouveau Terminator réalisé par McG et co-scénarisé par les mêmes auteurs que le 3e volet fut dans un premier temps accueilli mollement par les fans de la saga. McG ? Un mec dont le CV de réal’ au cinéma se résume aux deux Charlie’s angels (soit un film sympa et une purge). John Brancato et Michael Ferris ? Les deux auteurs ont signé le script bizarre de Terminator 3, expérience schizo alternant fulgurances et ridicule.

Christian « Batman » Bale en John Connor ? Mouais, bof, pas très risqué le pari… Cerise moisie sur le gâteau : à l’inverse des trois précédents Terminator, tous classés « R » (aux USA : interdit aux moins de 17 ans non accompagnés), les rumeurs évoquaient une catégorie « PG 13 », donc plus grand public, pour l’exploitation en salles du film. Un Terminator sans boucherie où tu peux amener ta petite sœur ??? Sacrilège ! Et puis au fil des mois, les premières photos de production design, suivies des diverses bandes annonces, semblaient annoncer un blockbuster plutôt âpre et sombre, avec de gros morceaux de spectaculaire dedans. L’espoir renaissait… et Renaissance l’a tué.

Oh, pour sûr, contrairement à Wolverine, le spectateur n’est ici pas escroqué par un nanar congénital. Quelques séquences remplissent leur quota de spectacle et McG, au début du film, fignole un très impressionnant plan séquence filmé depuis l’intérieur d’un hélicoptère en chute libre. Tout le reste est raté. Le syndrome Wolverine is back : aucun des personnages n’a plus d’épaisseur qu’une micro-puce. Qu’il s’agisse de John Connor (incarné sans une once de charisme et de conviction par Bale), de son épouse Kate (Bryce Dallas Howard, regard de truite), de Kyle Reese (Anton Yelchin, le seul à ramer correctement dans cette galère) ou des seconds rôles, tous sont réduits à leur simple fonction dans le scénario.

Palme du grotesque au pauvre Michael Ironside, second couteau adoré des cinéphiles, mais ici cantonné au rôle hilarant d’un général passant tout le film à poireauter dans son sous marin de pouvoir attaquer Skynet – une sous-intrigue résolue de façon involontairement gaguesque. Personnages désincarnés ? Les mêmes causes produisent les mêmes effets : on n’est pas le moins du monde concerné par ce qui leur arrive et dés que le fracas des fusillades ou courses poursuites s’interrompt, la torpeur reprend le dessus.

Autre tare et pas des moindres : l’histoire est à côté de la plaque. Où est passé le récit quasi biblique de la métamorphose de John Connor en sauveur de l’humanité qu’on nous promet depuis le premier Terminator ? Dans T4, Connor est déjà devenu un leader d’hommes depuis un bail, Skynet et ses Terminators ont ravagé la planète depuis 14 ans et les scénaristes ont préféré se concentrer sur le parcours de Marcus Wright. Joué par Sam Worthington (attendu comme le messie dans Avatar, le prochain film de… James Cameron), ce personnage ambigu, dont on apprend à mi parcours la nature de cyborg (paniquez pas, on le renifle au bout de cinq minutes), polarise toute l’attention du script. Au point de donner souvent l’impression, gênante, que John Connor n’est qu’un second rôle !

Les auteurs, à travers Marcus, se livrent à une lourdingue et énième parabole sur l’âme des machines – toujours risqué de passer derrière Blade Runner et Ghost in the Shell quand on n’a pas les épaules. Ils aboutissent ce faisant à un final une fois encore aux frontières du rire non recherché. Enfin, Terminator Renaissance souffre du syndrome du recyclage hors sujet : en cours de projection, on pense pêle mêle à La Guerre des mondes, Transformers (la fameuse séquence du « Harverster » géant et les moto-Terminator), Matrix, Mad Max… Jamais T4 ne s’extrait de cette impression permanente de déjà-vu, alors que les Terminator de James Cameron ne ressemblaient qu’à eux-même.

La cohérence chronologique est-elle au moins respectée par rapport aux précédents chapitres de la franchise ? J’en sais rien, j’ai toujours été nul en paradoxes temporels et peu m’importe. D’un Terminator, on attend un souffle apocalyptique qui vous raidit l’échine et des personnages fragiles mais habités par la rage de survivre. Dans T4, seul domine un vague ennui devant tant de stéréotypes, à peine trompé par quelques explosions. Pas besoin d’attendre 2018 pour assister au triomphe de certaines machines. Celles du marketing ont encore frappé en 2009.

 


End of transmission…
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