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Le point de non-retour dans les séries, épisode 5 (Desperate Housewives, Urgences, Nip-Tuck)

Le point de non-retour dans les séries, épisode 5 (Desperate Housewives, Urgences, Nip-Tuck)

1. Quand le rêve est bien meilleur que la réalité

La série : Desperate Housewives

L’épisode : 6×11 : If…

par Sullivan Le Postec

A l’hopital, Lynette s’inquiète du sort de sa progéniture (again)

Une fois n’est pas coutume, ce point de non-retour n’est pas un délire scénaristique, un moment nanardesque, ni une plantade spectaculaire. Non, c’est une séquence extraordinaire et bouleversante qui m’a pris aux tripes. Alors quel est le problème ?

Nous sommes au milieu de la sixième saison, et la catastrophe annuelle vient de s’abattre sur Wisteria Lane. Cette fois c’est un crash d’avion – WTF ? Mais ce n’est pas le sujet.

L’épisode qui suit le crash est un ‘‘what if’’ : que se serait-il passé si Susan ne s’était pas séparée de Karl quand elle a découvert qu’il l’avait trompé (il l’aurait trompée encore), si Bree s’était mariée avec Karl (il l’aurait trompée aussi), si Gabrielle avait vu dans le sauvetage de sa fille le signe d’un destin extraordinaire et qu’elle lui en avait imposé un à tout prix ? Trois séquences anodines et sans surprises, auxquelles se rajoute une quatrième du même ordre sur l’intrigue de la saison. Tout cela est particulièrement poussif, ce qui caractérise bien la série à ce stade.

Puis vient le tour de Lynette, en fin d’épisode. A ce stade, cela fait déjà des années que Felicity Huffman, de loin la meilleure actrice de Desperate Housewives, est totalement sous-employée. Ses intrigues mémorables se comptent sur les doigts d’une main. Symbole du surplace dans lequel est enfermé le personnage, elle est à nouveau enceinte de jumeaux. Navrant manque de perspective et d’imagination.

Légèrement blessée par le crash, elle imagine un futur dans lequel un de ses enfants naitrait avec un handicap physique. Un futur vu en trois séquences : les difficiles séances d’entrainement musculaire sur le bébé, qui pleure ne comprenant pas pourquoi on lui fait subir ça. Puis une dispute ente Lynette et son fils pré-ado, quand elle le force à se faire lui-même le sandwich qu’il réclame. Enfin, nous assistons à la remise de diplôme universitaire du fiston, qui est allé loin malgré sa béquille.

Le fils que Lynette n’aura pas (mais on aurait bien aimé).

Encore une fois, ces trois scènes sont formidables. Difficile de ne pas verser une larme devant, d’autant qu’une fois de plus, Huffman est parfaite. Une fois qu’elles sont terminées, c’est cependant la frustration qui reprend le dessus. Mais pourquoi avoir gâché cette excellente piste narrative dans une séquence de rêve de sept minutes ? On aurait tellement voulu voir ça dans la série, d’autant que si les scénaristes s’y étaient pris suffisamment tôt, le saut dans le temps de cinq ans en milieu de série aurait permis d’en montrer l’essentiel.

Quand on en vient à préférer un rêve inséré dans un épisode médiocre à quoi que ce soit proposé par la série depuis deux ou trois saisons, il est temps d’arrêter. Ce que j’ai réussi à faire… pendant cinq ou six épisodes, jusqu’à ce que ces salauds de scénaristes me prennent par les sentiments en engageant John Barrowman. Je suis faible, voyez vous.

2. Abby Lockhart replonge -encore- dans l’alcool

La série : Urgences

L’épisode : 14 x07 – Blackout

par Nicolas Robert

Abby Lockhart et Neela Rasgotra, un joli duo… mais plein de trucs parasites autour. Photo NBC

A la télévision, la notion de point de non-retour a quelque chose de très volatil. Cela peut concerner toute une série ou juste… un personnage. Je fais partie des gens pour qui Urgences est une sorte de pierre dans le jardin. Une série à laquelle je pense parfois et à laquelle, souvent, je reviens. Et si j’ai suivi le drama de NBC jusqu’au bout, j’ai violemment rompu avec un personnage que j’ai pourtant adoré.

En quinze saisons, la saga du Cook County connaît un joli paquet de hauts (surtout) et de bas (parfois). C’est d’ailleurs l’objet de débats passionnés entre Sullivan (qui est un peu le membre d’honneur du fan club de Lydia Woodward ; la taulière des saisons 5 et 6) et moi-même (également connu sous le nom de « président du groupe des gens qui ne veulent pas brûler Jack Orman tout de suite » ; Orman étant le boss des saisons 7 à 9). J’adore ces échanges et si on n’est pas toujours d’accord sur tout, il y a un point sur lequel je pense que l’on se rejoint: si David Zabel a signé de très bons scripts pour la série, il était, de loin, son pire showrunner.

Son crime ? Avoir multiplié les intrigues soapesques pour surfer sur le succès grandissant de Grey’s Anatomy. Et avoir tué Abby. Oh, pas tuer façon « Ramasse-toi un hélicoptère sur la gueule », non… Pire que ça. Il a siphonné le personnage de sa substance, jusqu’à le rendre vide. Vide et plus du tout attachant.

Tu sais que je t’aime, toi ?

Alors qu’elle aurait pu devenir la figure de proue de la série après le départ de Carter (ce que « Lydia Le Postec » explique très bien dans un autre coin du web), Zabel refuse d’en faire le personnage central de l’histoire pour mettre Goran Visjnic en tête de générique.

Non seulement c’est dommage (et stupide : Maura Tierney aurait tenu la baraque) mais en plus, cela annonce une lente et douloureuse descente aux enfers. Abby se retrouve en effet au coeur d’histoires super-soapies. Jusqu’à ce qu’elle retombe dans l’alcool et couche avec le docteur Moretti, un des nombreux chefs de service qui ne sert à rien dans la série (la patte Zabel, là aussi).

Là, c’est la catastrophe. Abby Lockhart, c’est le prototype du protagoniste qui nage dans les emmerdes de la saison 7 à la saison 14. Avec Jack Orman, Chris Chulack et Dee Johnson (saisons 10 et 11) en capitaines de production, elle en voit des vertes et des pas mûres. C’est parfois limite mais elle reste une femme forte. Complexe. Autonome. Emouvante. De la saison 12 à 14 (1), elle perd tout ce qui fait son charme pour devenir fade et triste. Jusqu’à retomber dans l’alcool. Encore.

Plus que la façon dont ça arrive, c’est le manque de recul des scénaristes qui choque. Cette énième galère, c’est la goutte d’eau « qui fait déborder la vase » des trois dernières années. Pour son personnage, ça commence à faire vraiment beaucoup. Et pour le téléspectateur, c’est trop. On n’y croit pas. Pire : on n’a plus envie de croire en elle. Plus du tout.

Eh oui : elle sombre parce que Kovac est absent ; elle sombre parce qu’elle a besoin d’un homme qui n’est pas là ! Ca, c’est vraiment terrible : narrativement, c’est foutre l’équivalent de trois Airbus sur la tronche d’un personnage dont le caractère a été façonné, affirmé pendant plus de six ans.

Finalement, le docteur Lockhart quittera le show au début de la saison 15. Pas dans l’indifférence complète mais pas non plus de manière magistrale. Juste au moment où John Wells reprend la série en main, pour driver une ultime année très réussie. Et autant j’adore ces 22 derniers épisodes, autant je ne me suis pas encore remis de l’immense gâchis réalisé avec un des personnages de télé que j’ai peut-être le plus aimés.

(1) : Seule mais très grosse exception, l’épisode Body & Soul (saison 12) où elle tient la vedette avec un superbe James Woods.

3. Pick one

La série : Nip-Tuck

L’épisode : Saison 3 ou 4

par Dominique Montay

Tu fais le malin avec ton masque et ton couteau mais je sais bien que tu n’as pas de pénis…

L’expression jump the shark a été inventée pour les séries de Ryan Murphy. Quand ton seul but en écrivant une oeuvre télévisuelle, c’est de choquer, tu es un peu condamné à en passer par là. On a déjà parlé de Glee et de American Horror Story dans ces pages, mais on a failli passer à côté d’un modèle du genre : Nip-Tuck. Jusqu’à la fin de la saison 2, elle était une série magistrale. Sexy, brillante, étonnante…

Et soudainement, Murphy et Falchuk semblent s’être trouvés face à un mur, qu’ils ont érigé eux-mêmes avec le personnage du Carver. Ce serial-violeur-défigureur œuvre en toile de fond durant la saison 2, lui offrant un final glaçant: sa silhouette terrifiante prête à s’abattre sur un Christian Troy étendu dans son lit et sans défense.

Le début de la saison 3 montre McNamara faire l’éloge funèbre de Troy à son enterrement. Première expression du génie des auteurs : ce n’était qu’un rêve. La seconde, axer toute la troisième saison sur la chasse du carver, tout en introduisant un troisième larron au cabinet Troy/McNamara : Quentin Costa. Ploum-ploum-ploum. Tiens, on ne voit rien venir du tout. La saison oscillera toujours entre le grand-guignol et le racoleur, se terminant par une révélation foudroyante : le Carver n’a pas de pénis.

Tu m’étonnes qu’il est énervé.

Malgré les trois avertisseurs (c’est un rêve, non c’est pas Costa le Carver mais non mais non, il a pas d’pénis), on continue, on est bien gentils (un peu cons, aussi, de croire que ça pourrait redevenir bien). Et arrive la saison 4, et les couilles géantes de Larry Hagman. Ce bon vieux JR interprète un magnat de la finance qui, à la suite d’un cancer des testicules, est bien embêté d’avoir un sexe bien trop gros en comparaison. Il décide donc d’aller chez Troy-McNamara pour qu’on lui en implante de nouvelles. En kevlar, en tungstène, en plomb, peu importe du moment qu’il récupère sa grosse paire.

Sanaa Lathan, Julian McMahon et le curé de Camaret

C’est une métaphore, hein. Sur un homme puissant qui se sent impuissant, testicules=courage, c’est beau, on va tous pleurer parce que le gars il a une fêlure en lui, pas juste deux raisins de Corinthe en guise d’attributs masculins. Une fois récupérées des noix king size, Larry a quand même du mal à satisfaire sa femme, donc il demande à Christian Troy de se la taper devant lui. Mais c’est juste une métaphore, hein. C’est très con, c’est grotesque, mais c’est une métaphore avant tout. Enfin je crois…

Le fond de commerce de Murphy sur Nip-Tuck aura souvent tourné autour du même principe : débaucher une star des années 80 pour la mettre dans une situation humiliante. Les baloches de tonton JR, voilà mon point de non-retour sur Nip-Tuck. J’aurais pu m’en rendre compte bien plus tôt, certes. Mais c’est aussi ça, être féru de séries télés : attendre qu’une série autrefois adorée retrouve par miracle ses qualités. Ça n’arrive que très rarement, certes. Mais ça n’empêche pas d’espérer.

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