Pollen : sans concession, la dureté du féminin

Pollen : sans concession, la dureté du féminin

Note de l'auteur

Avec Pollen, Joëlle Wintrebert s’invite dans une fable dure et violente, celle d’un monde au féminin, protégé par un bouclier au masculin. Publié une première fois en 2002, voilà le retour de Pollen.

ob_d47d4a_pollenL’histoire : Pollen est une planète, gouvernée par une société matriarcale. La reproduction est désormais le fruit de la manipulation génétique et pour un homme naît deux femmes. La violence est interdite, strictement. Mais pour protéger cette utopie, les guerriers vivent en autarcie sur le Bouclier, une planète satellite. La violence ne serait-elle donc que masculine ?

Mon avis : Dès les premières pages, Pollen, très vite, irrite, agace. Par la violence de son propos ou des actes commis. Mais si le lecteur ou la lectrice s’acharne, peut-être passera-t-il un bon moment, avant de reposer le livre, un coup de poing au creux de l’estomac. Dès le départ, les notions de vie en société sont remises en cause. L’inceste, les relations amoureuses entre membres d’une même « triade », soit deux sœurs et un frère, sont encouragés dans l’ouvrage. Ce sont des relations fusionnelles, amoureuses. Puis la violence explose, lors de la punition d’un meurtrier. Le cœur s’invite au bord des lèvres.

Réflexion utopique et politique, Pollen ne fait pas dans la dentelle. Ça prend aux tripes, ça dégoute, c’est parfois un peu lourd. À une utopie matriarcale et despotique sur Pollen, s’oppose la recréation d’un empire romain sur le Bouclier. À eux un enlèvement des Sabines symbolique, une reproduction d’où ne sort que des mâles. À Pollen la politique, où s’opposent partisantes des hommes, et idéologie radicale. Aucun jugement de valeur sur les sexualités, qui se font et défont au gré des envies, une fois la reproduction hors de l’équation. L’amour reste pour autant présent, le propos sur la maternité parfois un peu étrange (la famille fait vraiment perdre la tête, n’est-ce pas ?). Les vrais héros deviennent alors les personnages de second plan, plus tranquilles, moins lyriques, mais beaucoup plus honnêtes.

Un roman poil-à-gratter, à faire suivre sans doute de quelque chose de plus léger. En cela, il est réussi, car on ne sort pas du livre sans un malaise certain. Le propos n’est pas sur le féminisme ou les différences « innées » ou non des hommes et des femmes, mais bien sur l’oppression et ce qui se passe quand on stigmatise une partie de sa population. Un roman à rapprocher en partie de Shangri-La, une BD de XXX dont on vous parlera mardi. Un peu rapide cependant, Pollen aura par moment bénéficier de plus de longueur. (Et si le roman est en collection « jeunesse », soyons franc, ça touchera autant les adultes, voire plus.)

Joelle Wintrebert

Joëlle Wintrebert

Si vous aimez : La BD Requiem, notamment la partie avec les femmes pirates.

Autour du livre : Joëlle Wintrebert a reçu par trois fois le prix Rosny aîné. Notamment pour Pollen, dont il s’agit ici d’une réédition.

Extrait : « Quand le moment vint de quitter l’hôpital, au bout de ses dix jours de sursis, Sandre pensait se tuer. Il avait volé un scalpel, s’il devait une nouvelle fois tomber aux mains des brutes qui l’avaient violenté, autant en finir tout de suite.
Un médecin lui apprit que le général avait décidé de le prendre sous son aile. Il était venu le visiter pendant son inconscience. T’as de la chance d’être aussi jeune et joli garçon, expliquait le praticien. Sandre avait secoué la tête. Drôle de chance, jusque-là. Et s’il entrait au service du général sur ce genre de bases, le pire était à craindre, non ?
Néanmoins, il avait décidé de surseoir à sa propre exécution. Fut-il purement physique, l’intérêt du grand homme lui permettrait peut-être de survivre. Et il serait encore temps de trancher le fil de sa misérable existence si le général se montrait aussi brutal que ses subordonnés. »

Sortie : juin 2016, éditions Au Diable Vauvert, 354 pages, 15 euros.

 

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