Premieres Amours : Alias, la reine du cliffhanger

Premieres Amours : Alias, la reine du cliffhanger

Note de l'auteur

Sydney Bristow est une étudiante dans une fac américaine le jour. Mais le reste du temps, elle est aussi agent de la CIA, dans une branche secrète, le SD-6. Et elle a un petit ami très amoureux d’elle qui la demande en mariage. Mais qui ne sait rien de son activité extra-scolaire. Et ça l’ennuie.

Jennifer Garner, le rouge lui va si bien

L’idée d’Alias est venue dans l’esprit de JJ Abrams quand, lors de la dernière saison de Felicity, son show précédent, lui et son équipe scénaristique se demandaient ce qui pourrait bien arriver à Felicity. Et si elle devenait agent secret tout en continuant ses études. Ahahaha (rires) puis Mmmmh (considération sérieuse).

Le pilot d’Alias fait une heure, et ne s’embarasse pas du superflu. Si certains éléments de la série qui est censée suivre sont présents (le meilleur ami secrètement amoureux, Will; sa meilleure amie hyper sympa, Francie; son équipe au SD-6; son futur contact à la CIA, Michael Vaughn; son papounet…), le pilot est en soit une histoire à part.

Sydney Bristow va donc se marier avec son petit ami: Danny. Mais elle ne supporte pas de lui mentir. Pourtant, elle ne doit révéler à personne qu’elle est un agent secret, même à ses proches. Elle craque, cependant, et lui raconte tout. Danny prend le mensonge assez moyennement, mais finit par accepter la situation… en lui laissant un message, bourré sur son répondeur (oh, le boulet). Le SD-6 et son boss, Arvin Sloane, intercepte le message, et décide d’appliquer le réglement à la lettre: éliminer Danny.

« Hein ? J’ai pas compris ? La CI quoi ? »

Considèrons le personnage de Sydney Bristow comme étant une super-héroïne: elle est super balèze, ultra-intelligente, à la fin de l’épisode elle est quasiment dans un costume de super-héros (en noir, une perruque sur la tête). Le pilot, ramené à cet univers très balisé est l’archétype même de l' »origin story », dont le but est d’expliquer la génèse du héros.

Alias a toujours été une oeuvre en mouvement, rarement ancrée dans une formule (pour des raisons d’audiences, majoritairement). Le pilot ne dit en rien comment la série va être construite par la suite, et fonctionne quasiment comme une histoire bouclée. Il n’annonce pas l’aspect ultra-feuilletonnant de la suite de la saison 1 (avec ses enquêtes bouclées qui commençaient dans un épisode, puis se terminaient dans le suivant).

Ici, on suit Sydney Bristow dans ses étapes du deuil : le déni lors de la découverte du corps sans vie de son futur mari. La colère, dans la foulée, avec au final une entrevue avec Sloane qui n’aura rien de cathartique, tant le bonhomme affirme avoir agit de bon droit, et rejette la responsabilité de la mort de Danny sur Sydney. Le marchandage, elle va y avoir droit avec son père. Jack Bristow – qui a eu droit à une scène introductive hilarante où il envoit chier Danny qui lui demandait naïvement la main de sa fille – offre à Sydney la possibilité de s’enfuir et quitter le SD-6.

Ce qui se passe, dans cette scène fugace, en plus de montrer à Sydney que le SD-6 n’est pas du tout une branche de la CIA mais d’une organisation terroriste internationale, c’est la déconstruction de la figure paternelle telle que Sydney se l’était imaginée. Elle voyait son père comme un être monolithique, froid, et assez terrifiant, c’est au final un personnage bien plus complexe. Jack Bristow est un agent double qui travaille pour la CIA afin de démanteler le SD-6, et ce depuis plusieurs années. Malgré ce moment de confession, Sydney ne cède pas et reste. Elle a besoin de temps pour digérer, c’est ce qu’elle va faire.

JJ Abrams, le créateur d’Alias.

Pendant trois mois qui passeront aux yeux de tout le monde pour de la dépression, elle va réfléchir à la meilleure façon de se sortir de la situation dans laquelle elle s’est mise. Fuir renforcerait le SD-6, qu’elle veut voir exploser. Mais le SD-6 ne lui fait plus confiance. Elle décide donc d’aller chercher un object de haute technologie. Celui qu’elle n’avait eu le temps que de photographier lors de la mission qu’elle a remplie en début d’épisode.

Elle le ramène à Sloane, prouvant par là son statut d’irremplaçable au sein du SD-6, puis se rend à Langley au siège de la CIA pour s’y faire embaûcher en tant qu’agent double. Cette arche narrative sera au coeur d’une saison et demie, le temps que la chaîne en ait ras-le-bol des « previously on », qui durent 7 minutes et sans lesquels il est impossible de rentrer dans la série en cours de route.

Le pilot fait sourire à quelques occasions: Sydney Bristow attachée à une chaise entourée de gros bras ramène à la scène de Black Widow dans The Avengers. Dans le film de Joss Whedon, Black Widow n’est jamais en position de danger, et finit par éliminer tout le monde assez facilement. Ici, Sydney est clairement en danger de mort, et y laissera une molaire… avant d’éliminer tout le monde.

« Salut, je m’appelle Bradley, je viens participer à relooking extrême pour devenir une star d’Hollywood »

Will Tippin, le copain frustré de Sydney Bristow qui aimerait se la taper mais avec qui ça n’arrivera jamais n’est autre que… Bradley Cooper, en ce moment à l’affiche de Silver Lining Playbook, nominé pour un oscar, désigné super beau gosse ultime par une cargaison de magazines… En gros, il n’y avait que Sydney, cette cruche, pour ne pas percuter quel bon parti c’était !

Quand Sydney s’enfuit des l’endroit où elle est séquestrée, on entend la chanson de Sinead O’Connor « No man’s woman ». Pour la dimension féministe, c’est nickel. Surtout quand le monteur a l’excellente idée d’arrêter la chanson avant qu’on comprenne que si Sinead O’Connor ne veut pas être « la femme d’un homme », elle dit en avoir un qui lui suffit amplement, Dieu… un aspect qui n’a rien à voir avec Alias

Le pilot d’Alias, c’es 61 minutes qui filent à toute vitesse (et sans lens-flares, merci JJ ), qui introduisent un univers à défaut d’introduire totalement la série. Ca, et il nous présente assez formidablement son personnage principal, Sydney Bristow. Un bon pilot, pour une série qui alternera le très bon (surtout les deux premières saisons) et le très mauvais.

ALIAS,

1×01 Truth be told (ABC)

Ecrit par JJ Abrams
Réalisé par JJ Abrams
Avec : Jennifer Garner (Syndey Bristow), Ron Rifkin (Arvin Sloane), Victor Garber (Jack Bristow), Carl Lumbly (Marcus Dixon), Bradley Cooper (Will Tippin)

Partager