Premières Amours : The Larry Sanders Show, entre réalité et fiction

Premières Amours : The Larry Sanders Show, entre réalité et fiction

Remarquable série sur les coulisses d’un Talk Show, le Larry Sanders Show débarque sur l’antenne d’HBO au milieu du mois d’août 1992. HBO n’est pas encore la chaîne qui produit des séries dispendieuses mais propose des projets qu’on ne voit nulle part ailleurs. C’était le cas avec Dream On, ça l’est toujours ici. Larry Sanders, c’est Garry Shandling. Star, scénariste, producteur, qui signe ici (avec une équipe de rêve: Judd Apatow, Peter Tolan (Rescue Me), Jon Vitti (Les Simpson)), une oeuvre ultime, regard incroyable sur Hollywood, sur le métier d’animateur de talk-show, tout en réalisant une série d’une constance incroyable sur ses six années de diffusion.

Et aujourd’hui on vous parle de son premier épisode.

D’abord un écran noir et la voix d’Hank Kingsley (Jeffrey Tambor), douce, chaude, posée. Un laïus systématique qu’il lance aux spectateurs dans la tribune du Larry Sanders Show. Amusant, volubile, aimé du public, Hank n’est pourtant qu’un faire-valoir, le « sidekick » de la star, celui qui va les faire rire : Larry Sanders. Il déboule après un générique très 90’s, balançant son monologue. Du talk-show US pur jus. Ah tiens, une vanne sur Clinton. Tout est filmé en vidéo jusqu’à la rupture. Le recul. On passe en pellicule, on voit les caméras, l’équipe, son producteur Artie (Rip Torn), Larry est loin. Non, vous, téléspectateur, n’assistez pas à un talk show de plus, comme le Late Show with David Letterman. Le Larry Sanders Show est une série qui parle d’un talk-show. De ses enregistrements en public. De ses coulisses. De ce que personne ne vous montre habituellement.

Une fois sorti de l’émission, le jeu de l’égo commence. Larry doute de sa performance, s’enquiert d’Artie, qui, avec un bonheur affiché, s’étonne de l’invité du soir « I didn’t know Harrisson Ford did impressions »(1). Son assistante, Berverly (Penny Johnson), arrive. Il lui demanda quelle partie du show elle a préféré. « The Monologue ». Malgré la réponse, Larry doute. Besoin d’être aimé, adulé. Passés les rires, il veut la reconnaissance. Et sûrement pas un rendez-vous avec les executives de la chaîne. Pourtant, devant l’insistance d’Artie, il s’y rend… et se heurte à Melanie Parrish. Parrish veut que Larry fasse des pubs à l’intérieur du show. Larry n’en a pas envie, ne se sent pas à l’aise. Il essai de placer Hank dans la conversation, mais les executives trouvent qu’il est trop exposé. Il vient de faire une pub pour le géant vert. Un Hank qui lui avouera plus tard, avec gravité : « If they ever ask you to wear a pair of green tights, no matter how much they offer you… you just walk away » (2).

Pour ce premier épisode, Larry se trouve confronté à la compromission. On sent qu’il n’a pas l’habitude de gérer les exécutifs de chaîne (Artie est là pour ça). Il cède tout de même, et fait la pub. Pour le « Garden Weasel », un appareil de jardinage qui broie les mauvaises herbes. La première tentative est un échec, Larry terminant la pub en regardant la terre et lançant à la cantonade qu’il a retrouvé le cadavre de Jimmy Hoffa. Contraint et forcé, Larry doit continuer. La gêne est toujours plus palpable, et il n’arrive à s’en sortir que lorsqu’il fait appel à Hank pour lui venir en aide. « This Garden Weasel does the work of ten men, and a boy… » (3). Hank est né pour ça. Larry, malgré tout, refuse de faire à nouveau des publicités. Il laisse Artie reprendre le contrôle des conversations, Artie, qui, depuis le début de l’épisode et sans humour, est persuadé qu’il a tué un homme qui ressemble à Mélanie Parrish pendant la guerre de Corée.

Le premier épisode de cette série mythique, en plus d’être très drôle, pose les bases de ce que deviendra la série. On y approche les problèmes de confiance en lui de Larry, qui deviendront une blague récurrente dans les saisons à venir (Larry est toujours persuadé que ses fesses ont l’air énormes, dans n’importe quel pantalon), et pousseront Larry à ne laisser que les miettes aux autres (Larry partira en vacances, laissant les rênes de l’émission à un autre animateur. Ce dernier sera si bon que Larry anticipera son retour de congés). Il pose aussi les rapports qu’il entretien avec Artie et Hank. Artie est son bouclier, un producteur rompu aux combats avec la chaîne, qui manie l’hypocrisie comme personne et protège Larry de la réalité.

Hank est un personnage savoureux, encore plus parano que Larry. Il vit très mal son statut de sidekick et, du coup, le valorise plus que de raison. Il estime être le socle du show, mais est mal à l’aise de voir que Larry ne le considère pas comme son égal, son ami. Nous découvrons aussi dans cet épisode, la seconde femme de Larry, Jeannie (Megan Gallagher). Elle ne fait pas partie du showbusiness, reste une femme très simple, source de réconfort pour Larry. En tout cas pendant les deux saisons où ils resteront mariés.

Visuellement, la série gardera son esthétique, entre vidéo et pellicule, mais ne restera jamais figée dans une formule. Certains épisodes démarrent par le monologue de Jeffrey Tambor (surtout en saison 1), mais beaucoup prennent origine ailleurs : le bureau, chez Larry… Certains épisodes ne possèderont aucun passage issus de l’émissions, et d’autres inclueront de larges parties (et mêmes des guests musicaux, pendant 3-4 minutes, justes entrecoupés de courts dialogues).

Le show montre l’immontrable, et les acteurs invités à jouer leurs propres rôles le feront avec talent et sans retenue. Qu’il s’agisse de Mimi Rogers, qui se place en possible intérêt romantique pour Larry, alors que ce dernier est marié. Ou bien encore David Duchovny qui se met à avoir des sentiments pour Larry, qui ne sait pas trop comment le gérer.

Au niveau du ton, regarder Larry Sanders Show aujourd’hui prouve que Ricky Gervais n’a rien inventé, mais qu’il réutilise avec talent un savoir faire qui le précède. Larry Sanders Show filme la gêne, filme le malaise, met en scène les égos comme rarement à la télévision. Pendant 6 saisons, Le Larry Sanders Show aura fait partie de ces séries dont la qualité aura été une constante. Si certains épisodes sont moins bons que d’autre, il est difficile de dégager une saison clairement en dessous des autres.

La série aura révélé, ou confirmé des talents fabuleux, et sera 4 fois nominées aux Emmys (et ce même si elle perdit à chaque fois contre Frasier). Elle restera dans les mémoires comme une grande réussite. Et, pour ajouter aux concerts de louanges, la série a excellemment bien vieillie, et reste d’une modernité incroyable.

« LARRY SANDERS SHOW », Episode 1, « The Garden Weasel », HBO (1992)

Ecrit par Peter Tolan

Réalisé par Ken Kwapis

Avec Garry Shandling (Larry Sanders), Rip Torn (Artie), Jeffrey Tambor (Hank Kingsley), Penny Johnson (Beverly)

(1) : « Je ne savais pas qu’Harrison Ford faisait des imitations »

(2) : « Si un jour ils te demandent de porter un collant vert, peu importe combien ils t’offrent… passe ton chemin »

(3) : « Cet appareil fournit le travail de 10 hommes et d’un enfant »

Le Larry Sanders Show est disponible en DVD, et en intégrale, en import.

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