#Présentation : Napoléon Saga de Frédéric Romero

#Présentation : Napoléon Saga de Frédéric Romero

C’est à l’occasion du lancement de la campagne de financement sur Kickstarter de son premier jeu que j’ai rencontré Frédéric Romero. Il m’a ainsi présenté Napoléon Saga, qui permet à 2 joueurs de s’affronter dans des batailles ayant pour cadre les guerres napoléoniennes. Un jeu à la frontière entre le jeu de plateau et le wargame, qui pourra séduire les amoureux d’histoire et les fans de stratégie.

 

De quoi on parle ? De qui on parle ?

Si vous êtes parisien, vous connaissez peut-être, même sans le savoir, Frédéric Romero. Il est en effet aujourd’hui propriétaire de cet infâme établissement qui a déjà ruiné tant de jeunesses et d’années d’étude (et en particulier les miennes), j’ai nommé l’Œuf Cube. L’Œuf est en effet une des boutiques de jeux les plus connues (et je crois la plus ancienne) de la capitale et se trouve à un jet de carte Magic de la fac de Jussieu. Frédéric Romero, que vous retrouvez en général derrière le comptoir de la boutique, n’est pas seulement propriétaire d’une boutique de jeux, c’est aussi un joueur et un rôliste passionné. Du coup, j’ai souvent eu l’occasion de discuter avec lui des nouvelles sorties et de lui demander avis et conseils sur tel ou tel jeu. Et c’est au cours d’une de ces discussions qu’il m’a parlé du jeu qu’il s’apprêtait à sortir. Nous nous sommes donc revus pour qu’il me présente celui-ci.

Frédéric Romero

Fred à l’Œuf Cube (photo A. Grondin)

Napoléon Saga est en effet son premier jeu, qu’il autoédite aux éditions l’Œuf Cube, créées pour ce projet (mais dont on entendra peut-être de nouveau parler bientôt pour d’autres jeux, qui sait…). Fred décrit son jeu comme étant avant tout un projet de cœur, auquel il a consacré deux ans de travail passionné (comprendre à dormir très peu). Passionné à plus d’un titre en fait, puisque Fred adore également l’histoire et en particulier la période du Premier Empire. C’est donc tout naturellement qu’il s’est servi des guerres napoléoniennes comme cadre pour son jeu.

NS-Unité3Il s’est ainsi servi de ses connaissances des armées et tactiques militaires de l’époque pour construire les mécanismes du jeu et pour créer les unités que vous contrôlez durant la partie. Leurs forces, faiblesses et capacités reproduisent ainsi les spécificités des unités de cette époque. La Garde napoléonienne est une armée d’élite et elle démontre donc au combat une terrible efficacité ainsi qu’un moral d’acier, l’infanterie britannique possède un bonus dans des bâtiments, reproduisant la capacité qu’elle avait à établir des quartiers défensifs terriblement difficiles à déloger dans les villages et ruines qu’elle investissait, etc.

Chaque unité du jeu a été pensée pour être à la fois historiquement fidèle et pour offrir un intérêt stratégique dans le cadre du jeu. Et après avoir assimilé la mécanique du jeu au cours de quelques parties avec des decks préconçus, vous pourrez par la suite personnaliser votre armée en fonction de la tactique que vous souhaitez mettre en œuvre. Bien sûr, les unités d’élite (comme la garde) coûtent plus cher. Vous devrez donc trouver un juste équilibre entre unités de base et unités d’élite, ainsi qu’entre infanterie, cavalerie et artillerie pour bâtir votre deck d’armée.

NS-Stratégie1En plus de celui-ci, chaque joueur possède également un deck de cartes de stratégie. Celui-ci représente essentiellement des ordres et des tactiques pouvant vous permettre de prendre le dessus sur votre adversaire, comme des manœuvres, des attaques surprises, des formations, ainsi que des terrains sur lesquels vous placez vos unités afin de leur conférer un avantage (par exemple, un bâtiment favorise l’infanterie anglaise comme expliqué plus haut, et met également votre unité à l’abri d’une charge de cavalerie). Là encore, ces cartes s’inspirent des tactiques réellement employées lors des guerres napoléoniennes, et vous aurez également la possibilité de construire votre deck de cartes de stratégie en fonction de votre objectif et de votre armée !

 

Ouvrons le capot et parlons mécanique !

Voyons maintenant un peu le fonctionnement de la bête ! Napoléon Saga se situe entre le wargame et le jeu de plateau. Le jeu se joue à deux, chaque joueur étant à la tête de l’armée d’un pays. Si le jeu est très tactique, la durée des parties (entre 30 et 60 minutes) et les mécanismes de Napoléon Saga le rapprochent davantage d’un jeu de plateau que d’un wargame, en général plus lent et beaucoup plus (trop à mon goût) simulationniste.

Napoleon Saga plateauChaque joueur contrôle une zone de jeu composée de 3 lignes : le front, la zone de soutien et la réserve (respectivement 5, 4 et 5 emplacements). Deux autres zones existent : la zone de retraite (2 emplacements) que viennent occuper vos unités qui ont souffert de trop de pertes pour continuer à poursuivre le combat, et la zone de contournement (un emplacement à droite et un à gauche), qui est utilisée par les unités qui tentent de discrètement contourner les lignes avant pour attaquer directement les unités de la réserve.

Chaque emplacement confère des avantages et désavantages tactiques aux unités qui les occupent. Par exemple, seul le front permet de combattre en mêlée alors qu’une armée peut tirer depuis la zone de soutien, et que l’artillerie peut bombarder l’ennemi même depuis la réserve. Il faut également noter que les unités de la réserve restent secrètes (face cachée) tant qu’elles n’ont pas pris part au combat. En début de partie, les joueurs tirent les 12 premières cartes armées de leur deck et les déploient sur le terrain, sachant que les 2 premières lignes doivent être occupées, ce qui laisse 2 emplacements libres dans la réserve. Ils tirent également 5 cartes de stratégie, correspondant au nombre de cartes qu’ils auront en main durant toute la partie. Enfin, ils tirent 2 objectifs secrets, mais on y reviendra !

NS-Stratégie2Bon, maintenant, comment joue-t-on ? C’est assez simple, le jeu se joue par tour en une succession de 4 phases. Dans une première phase d’initiative, chaque joueur joue une de ces cartes stratégie pour tenter de jouer le premier (sachant que les meilleurs effets stratégiques offrent la meilleure initiative, il faudra donc choisir si vous sacrifiez l’effet stratégique pour gagner l’initiative ou conserver vos meilleures cartes et laissez la main). Puis, on reforme les rangs en essayant de renvoyer au combat les unités en déroute et de reformer les unités ayant subi des pertes. Ensuite, la phase d’actions elle-même. Chacun son tour en commençant par celui ayant l’initiative, les joueurs posent leurs trois jetons d’activation sur leurs unités afin de pouvoir leur donner des ordres. L’unité choisie peut alors se déplacer (voire charger si vous activez votre cavalerie), se jeter dans la mêlée ou ouvrir le feu sur l’ennemi. La réussite des actions de combat se vérifie sur un jet de dé à 6 faces auquel s’ajoute la valeur de combat de l’unité (qui va de 2 à 4 pour les unités d’élite, un total de 6 inflige une perte à l’unité adverse, un total de 9 inflige deux pertes). En cas de pertes subies, une unité perd des hommes et de sa cohésion et doit donc faire un jet de moral pour ne pas se retrouver en déroute. Enfin, la phase de renforts permet de repiocher des cartes de stratégie et de faire entrer de nouvelles armées, ainsi que de tester le succès des manœuvres de contournement.

Bon, et comment gagne-t-on ? C’est très simple, tout d’abord si à la fin d’un tour, un joueur à trois emplacements ou plus de libres dans sa première ligne, son armée est enfoncée et son adversaire emporte immédiatement la victoire ! Sinon, le premier joueur qui réussit à accumuler 10 points de victoire (qui sont gagnés en détruisant des unités ennemies, en s’emparant des officiers ou drapeaux de l’adversaire et en remplissant les objectifs secrets évoqués plus haut) est déclaré vainqueur.

NS-Unité2Évidemment, mon explication est très succincte et laisse de côté toutes les subtilités de la mécanique du jeu, comme la persistance d’une mêlée engageant les deux unités adverses, les zones d’attaque, la contournement, etc. Il y aurait de quoi faire, mais il ne s’agit pas de reprendre ici toutes les règles (si toutefois la curiosité vous démange, elles sont disponibles ici). Mais en résumé, je peux dire ceci : pour un joueur régulier de jeu de plateau, la mécanique centrale par phases est très classique et aisée à comprendre. L’ensemble des règles, qu’il faut maîtriser pour optimiser vos actions et l’efficacité de vos unités, est un peu plus touffu (mais c’est aussi ce qui fait la richesse du jeu). Il faudra sans doute compter 2-3 parties pour commencer à vraiment appréhender toute la dimension tactique du jeu. Et quelques unes de plus vous permettront de commencer à vous pencher sérieusement sur la customisation de vos decks.

Pour ceux qui aurait un doute sur l’aspect tactique du jeu Napoléon Saga et en particulier des possibilités de progression dans la maîtrise des mécanismes (je me suis moi-même posé la question vu le hasard que venaient installer les jets de dés), une statistique me semble résumer à elle seule la chose : Fred a fait tester le jeu de façon exhaustive à de nombreux amis (certains n’ont fait que quelques parties, d’autres plusieurs dizaines), et à ce jour, il n’a concédé aucune défaite (même si de son propre aveu, face aux joueurs les plus réguliers, son avantage devient plus ténu chaque jour).

 

Le matériel et la campagne Kickstarter
Giuseppe Rava

Giuseppe Rava

Regardons maintenant le matériel de jeu. Il est assez simple puisque dans la boîte, vous avez les deux plateaux, des marqueurs cartonnés, des dés, et des cartes. Mais c’est justement sur ces cartes qu’il faut s’attarder, puisqu’elles ont toutes été illustrées par un dessinateur extrêmement connu des amateurs d’histoire militaire, Giuseppe Rava. Personnellement je n’avais jamais entendu parler de lui auparavant, mais une petite recherche Internet vous fait clairement comprendre que le monsieur est tout simplement une pointure internationale dans son domaine. Giuseppe Rava est un peintre militaire et il illustre non seulement des jeux ou des boîtes de figurines, mais de nombreux ouvrages spécialisés dans l’histoire militaire, quelles que soient les époques (jetez un œil ici pour vous en convaincre). Et si jamais vous êtes vous-même un connaisseur (on ne connaît jamais vraiment ses lecteurs !), sachez que 16 illustrations originales réalisées pour le jeu sont proposées dans le cadre du Kickstarter.

Le Kickstarter, parlons-en justement ! Il a démarré le 23 mai et le jeu y est proposé à 36 € (pour un prix public annoncé de 40 €) avec en plus bien sûr tous les stretchs-goals qui seront débloqués (et sur lesquels, il faut l’avouer, on ne sait encore rien du tout…). La boîte de base, appelée Napoléon Saga : Waterloo, vous permet de contrôler les troupes napoléoniennes ou l’armée coalisée dirigée par l’infâme Wellington. Une édition Empereur est également proposée pour 49 € (45 € pour les premiers venus), et contient, en plus du jeu de base, une extension permettant de jouer l’armée prussienne pour changer un peu. Enfin, comme je le disais, pour 319 €, vous repartirez avec une illustration originale de Giuseppe Rava. Pour les fans, c’est sans doute une belle occasion !

NS-Kickstarter1L’objectif de la campagne est fixé à 15.000 €, et devrait être atteint dans la semaine, vu qu’à l’heure où j’écris ses lignes (le lendemain du lancement), il s’apprête à franchir les 10.000 €. Le jeu devrait être livré en mai 2018. Puis, si le succès est au rendez-vous, être vendu dans le commerce et suivi de nouvelles extensions qui proposeront d’étendre le champ des possibles.

Fred m’a dit qu’il a déjà de nombreuses extensions en tête et qu’elles seront toujours proposées complètes et utilisables avec le seul jeu de base (pas de cartes à collectionner façon Magic donc !).

Dernière chose importante à savoir, le jeu est proposé dans le cadre de cette campagne de financement entièrement en anglais. Un choix éditorial que Fred justifie d’une façon simple : les français n’aiment pas beaucoup l’époque napoléonienne et les jeux consacrés à cette période se vendent assez mal chez nous, alors que les étrangers en sont friands. D’ailleurs, le jeu a énormément plu lors des présentations au Royaume-Uni (saletés d’anglais, jusqu’au bout ils vont nous torturer avec Waterloo !). Toutefois, les règles françaises seront mises à disposition gratuitement sur le Web, et très honnêtement, le niveau d’anglais requis pour jouer est très abordable. Donc, la porte n’est vraiment fermée qu’aux plus anglophobes des joueurs. Et pour les autres, ça leur rappellera des souvenirs (oui, moi aussi, j’ai appris l’anglais essentiellement pour pouvoir jouer à des jeux qui n’existaient que dans la langue de Shakespeare).

 

En conclusion

Personnellement, comme je l’expliquais dans de précédents articles, je suis toujours très intéressé par le premier jeu d’un auteur, parce que c’est souvent celui dans lequel il met le plus de lui-même (comme c’est souvent le cas d’un premier album ou d’un premier film). Et ce n’est certainement pas ce Napoléon Saga qui fera exception à la règle. Fred y a mis énormément de passion et de travail. Il a également été assisté par de nombreux amateurs éclairés dans ses nombreux playtests. Le résultat est donc un jeu aux mécanismes bien pensés et affinés offrant une vraie dimension stratégique et une réelle volonté de réalisme historique.

Un jeu qui a donc de vrais atouts et mérite largement qu’on s’y attarde. Du coup, n’hésitez pas à jeter un œil sur le site qui lui est dédié et sur sa campagne Kickstarter. Et si vous êtes intéressés, sachez qu’il reste encore des pledges en early birds. Alors si vous voulez en profitez, ne faites pas comme ce bon maréchal de Grouchy, qui prit le temps de s’arrêter déjeuner et se pressa si peu qu’il arriva après la bataille de Waterloo…

 

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