Pro Evolution Soccer 2016 : La Critique

Pro Evolution Soccer 2016 : La Critique

Note de l'auteur

Pour certains, septembre symbolise la rentrée des classes, la rentrée littéraire, la rentrée télévisuelle… C’est aussi le mois où sortent les simulations de football sur consoles. Pro Evolution Soccer, cuvée 2016, va-t-il confirmer les excellentes intentions de la précédente mouture ? Réponse.

La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple. (Karl Marx)

Quand Marx établit sa théorie de la libération du peuple, il l’oppose à la religion aux motifs fondamentalement incompatibles. Aujourd’hui, le football pourrait symboliser un frein identique où, sous couvert d’un esprit de communion autour d’un modèle commun, s’exercent d’importantes oppositions. La célèbre citation de se transformer en un « Le football est l’opium du peuple ». Le sport devient un vecteur des courants contraires qui frappent nos sociétés, nos modes de pensées, notre appartenance à un pays ou une région, un sentiment nationaliste fort et parfois démesuré. Si le sport doit fédérer, le football préfère s’imposer comme une variation des jeux du cirque romain, le terrain comme nouvelle arène dans laquelle vingt-deux gladiateurs s’affrontent. Des grands stades aux terrains municipaux jusqu’aux consoles, le sport au ballon rond est prétexte à l’opposition pugnace. Des guerres de tranchées légendaires, célébrées virtuellement dans l’éternel antagonisme PES et FIFA.

Pro Evolution Soccer 2016_20151015161458Oubliez tous ces jeux de combats, de Street Fighter à Tekken. La vraie baston a lieu sur le gazon. Jamais lutte n’a été aussi intense et épique que lors d’une rencontre. Rejouer les éternels frères ennemis : Barça/Real ; OM/PSG ; Lyon/Saint-Etienne, AS Roma/Lazio ; FIFA/PES… Quand il faut départager les points, il y a le regard sur le tableau d’affichage et celui sur la pelouse, où les acteurs comptent coups et blessures reçus ; l’inventaire d’une bataille qui aura laissé des marques et où le vainqueur n’est pas toujours le meilleur. L’injustice du sport.

Il y a quelque chose du mythe de Sisyphe à aborder chaque année, la nouvelle saison de PES (ou FIFA). A peine a-t-on maîtrisé (semble-t-il) la bête, qu’elle se trouve balayée par la suivante. Qu’est-ce qui peut pousser un joueur à racheter inlassablement le même jeu tous les ans ? Quel est cet élan masochiste ? La beauté de la variation, quand le jeu ne cherche pas la révolution. En série, le formula show répond aux mêmes principes : reproduire une mélodie en lui faisant prendre quelques déviations. De l’évolution dans l’immobilisme. Et cette année, PES 2016 semble vouloir prolonger le plaisir de la précédente édition, en y ajoutant quelques motifs oscillants. Où il s’agit moins de tout réapprendre que de renouveler notre approche du jeu. Cela se traduit par une prise en main identique (et on mesure le bond qualitatif de la cuvée 2015), des sensations similaires, dans un ensemble où la plus-value ne saute pas tout de suite aux yeux mais se révèle de la plus belle des façons : dans les tranchées ou le sable de l’arène, quand il faut rendre les coups.

Pro Evolution Soccer 2016_20151015170337S’il ne fallait qu’un terme pour qualifier PES 2016 : fluide. Les mouvements ondulent, les gestes meuvent, sans pour autant sacrifier la pesanteur des corps et la physique des coups. Les charges sont lourdes, les duels intenses mais les joueurs ne tombent pas (toujours) et s’accrochent, à la force de la volonté, à rester les crampons vissés au sol. On gagne ainsi de nouvelles animations, dans le jeu, dans les batailles au corps à corps, dans les airs, dans un esprit où la séquence prévaut à l’action (jusqu’à un corps arbitral plus (trop ?) laxiste). PES 2016 privilégie le mouvement naturel, comme si le jeu avait cherché à couper le moins possible. Plus Dario Argento que Michael Bay dans la démarche, il bénéficie d’un regain de plaisir à construire, temporiser quand 2015 aimait l’explosion. Et dans le match, cela se traduit par de nouvelles attitudes d’équipes, très repliées, où la réflexion est préférable à l’action pour trouver la faille.

Pro Evolution Soccer 2016_20151015161144En accentuant la fluidité, on pourrait croire qu’elle souhaite nous imposer une vitesse d’exécution. Pourtant, PES 2016 cherche à varier les plaisirs et nous offrir tout l’aspect versatile du football où les solutions sont parfois à trouver pendant le match, plutôt que dans un système de jeu établi en amont. C’est la recherche de la passe juste qui fera basculer une défense, le centre enroulé qui fuira le gardien avant de trouver la tête recherchée. C’est un jeu court, vif, à une touche de balle pour bouger les lignes. C’est un attaquant qui décroche, un milieu qui appelle en profondeur. Des mouvements classiques du football moderne mais dont l’ensemble compose une harmonie. Célébration du geste juste au bon moment, le jeu conserve néanmoins un aspect arcade sexy jusque dans son mode manuel. Où l’empirisme de l’apprentissage n’est jamais pris à défaut par une rigueur contraignante. Il faudra du temps pour maîtriser le jeu et le(s) joueur(s), comme le plaisir sera également progressif.

Pro Evolution Soccer 2016_20151015163117Il est encore trop tôt pour observer certaines mécaniques récurrentes. Elles se révèlent après plusieurs centaines d’heures de jeu. En ajoutant quelques mouvements supplémentaires, PES 2016 cherche à enrichir une expérience où le joueur est pris à parti dans sa façon d’aborder le match. C’est à lui que revient de sortir d’habitudes sclérosantes. Une belle carte blanche, un cadeau empoisonné où il devient difficile de se cacher derrière le jeu comme excuse à une contre-performance. PES 2016 nous met face à nos responsabilités : parfois, le beau ne l’emporte pas, le moche est efficace. Le football est un art où l’esthétique est une option. Ce discours très pragmatique casse l’idée d’un sport poétique. Il n’y a pas de place à la métaphore dans l’arène, celui qui doit mourir nous salue.

Pro Evoluion Soccer 2016 (PES 2016)
Editeur : Konami
Disponible sur : Playstation 4, Xbox One, PC, Playstation 3, Xbox 360.

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