Profession superviseur musical : PJ Bloom (The Americans)

Profession superviseur musical : PJ Bloom (The Americans)

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PJ BloomCes dernières années, avec la montée en puissance de séries connaissant un succès mondial comme Grey’s Anatomy, Mad Men ou Cold Case, obtenir l’autorisation de placement de titres connus et surtout, trouver les bons titres pour la bande-son est devenu une industrie à part entière. Cela peut permetre à la fois de donner à des signatures de labels indépendants une meilleure attention auprès des téléspectateurs/auditeurs, et de remettre les projecteurs sur la discographie d’artistes légendaires. Mais à l’inverse des compositeurs, les superviseurs musicaux restent dans l’ombre, alors même que leur rôle n’est pas à sous-estimer pour une bande-son pertinente dans des épisodes donnés.

Dans sa saison 1, The Americans s’est fait une spécialité d’une utilisation intermittente mais pertinente de ses chansons, en complément de compositions glaciales de Nathan Barr. Afin de s’assurer d’une bande originale létale, Joe Weisberg a recruté un atout de choix : PJ Bloom, qui était essentiel au choix des chansons dans Glee. Il est en partie responsable du succès des albums et singles interprétés par le Glee Club, avec 15 millions d’albums vendus à travers le monde. Mais au préalable, il a officié pour de nombreux films à gros budget et des publicités, ce qui en a fait un homme à suivre au sein de l’industrie de la supervision musicale. Il a été nominé pour beaucoup de prix de la profession (Guild of Music Supervision Awards) pour les différentes séries auxquelles il contribue. En plus de ses activités de superviseur musical, il gère également le label et la société d’édition Black Magnetic Records, et a récemment signé le groupe A Great Big World.

Avant le début de la saison 2 ce soir à 20h45 sur Canal + Séries, nous avons parlé de placement de titres avec PJ Bloom, la participation de l’équipe de production, et on a teasé à quoi peut ressembler la saison 2, musicalement parlant, alors que les Jennings sont maintenant en 1982.

Vous avez une longue carrière derrière vous, avec votre travail sur Glee et American Horror Story. The Americans est une série qui n’a pas eu beaucoup de titres pendant sa première saison, et qui utilise beaucoup de titres correspondant à l’époque de la série, à savoir le début des années 1980. Pourriez-vous décrire les particularités du choix des titres pour une série comme celle-ci ?

PJ Bloom : La saison 1 de The Americans se passait en 1981, la saison 2 commence en 1982. Musicalement, c’est une période étrange, indéfinie : post-disco, post-new wave, pre-synth pop… C’est une ère bizarre où les « 80s » commencent à prendre forme, mais aussi où des groupes de prog-rock comme Genesis et Phil Collins prospèrent. Donc c’est quelque chose de stimulant au niveau créatif, d’essayer de placer des titres plus obscurs au lieu des mêmes 30 ou 40 titres correspondant à cette période. Et Joe [Weisberg, créateur et producteur exécutif, ndr] et Joel [Fields, producteur exécutif, ndr] ont été courageux et exceptionnels en soutenant ce choix.

Vous avez débuté en tant que superviseur musical en deuxième partie de saison 1. Parmi les chansons les plus prestigieuses que vous avez choisi, il y a « Games Without Frontiers » de Peter Gabriel dans le dernier épisode. Comment ça s’est passé ? Et est-ce que c’est plus dur d’obtenir des titres de légendes du rock comme lui ?

En fait, « Games Without Frontiers » a été choisi bien avant mon arrivée. Mais on n’était pas sûrs si ce titre allait fonctionner, donc on est aussi parti sur d’autres idées. On a dû essayer 50 titres pour accompagner cette scène, mais en fin de compte, Peter Gabriel était celle qui fonctionnait le mieux. C’était absolument un des moments forts de la saison 1. On a dû négocier les droits du titre. Peter Gabriel est un artiste très tâtillon au sujet de sa musique. Il prend ça très au sérieux, et ne dit pas toujours oui. Mais il a tellement apprécié l’inclusion de ce titre qu’il a été assez aimable pour écrire une lettre de remerciements à Joe et Joel, ce qui est extrêmement rare.

Comme avec les espions de la série, la collaboration pour choisir des titres est complexe.

Comme avec les espions de la série, la collaboration pour choisir des titres est complexe.

Pourriez-vous décrire le processus de choix d’un titre ? Est-ce que cela se passe pendant l’écriture, ou êtes-vous plus consultés en post-production ?

Joe Weisberg et Joel Fields sont de vraies encyclopédies musicales, donc quelquefois ils auront déjà un titre en tête, et j’essaierai de travailler pour le placer. Quelquefois, il y aura une scène où personne ne saura quel titre irait bien en accompagnement. Quelquefois, on utilise des suggestions des monteurs des épisodes… C’est un processus très collaboratif entre les producteurs exécutifs, les monteurs et moi-même. Je dirais que c’est l’affaire de 6 ou 7 personnes pour suggérer des titres.

Quel est le rôle de Joe Weisberg et des scénaristes pour contribuer à la bande originale ? Est-ce qu’ils viennent vous voir avec des titres bien spécifiques à utiliser pour des scènes données ?

Quelquefois ils l’écrivent dans le scénario, et ils ont le dernier mot sur le choix. Je fais des suggestions avec les autres partenaires, on essaie des chansons, on les incorpore dans des scènes. On peut avoir entre 5 et 10 choix pour une scène donnée. Mais on procède vraiment par tâtonnements.

The Americans inclut dans ses épisodes les compositions de Nathan Barr, ainsi que les titres que vous choisissez. Est-ce que vous voyez votre travail comme complémentaire du sien, ou est-ce que cela dépend spécifiquement des scènes ?

Nathan est un compositeur exceptionnel, et il apprécie ce que l’on fait. Au sein d’un même épisode, les places pour les compositions et pour les chansons sont clairement définies. Mais lorsque ce n’est pas le cas, nous avons une sorte de match pour une scène donnée : Nathan amènera ses morceaux, j’amènerai les miens, et on voit quelle idée fonctionne le mieux.

Glee a créé beaucoup d’attention autour des titres qu’elle a utilisé, avec une augmentation spécifique des ventes des originaux après diffusion. Est-ce que vous avez vu la même chose avec les quelques titres de la saison 1 ?

Les retours que l’on a eu sur les chansons de la saison 1 était vraiment excellent. Nous avons particulièrement eu des réactions sur l’utilisation du titre de Roberta Flack (« To Love Somebody » dans le 10e épisode.)C’est intéressant d’avoir une balade en fond musical de cette incroyable fusillade. Faire cela était un des challenges les plus significatifs.

Y aura-t-il plus de titres dans la série par rapport à la saison 1? Y a-t-il des genres spécifiques que vous avez exploré cette saison? 

On va essayer d’avoir des moments musicaux plus marquants comme « Games Without Frontiers ». Mais à la base, on essaie d’avoir une approche vraiment efficace. On n’essaie pas de réinventer la roue. Puisque la série se passe en 1981-1982 j’essaie, personnellement, de ne pas revenir trop en arrière, avant 1977-1978. Ce sont des choses auxquelles on doit faire attention. En choisissant de la musique du début des années 1970, on crée un décalage chez le téléspectateur.

Les téléspectateurs du monde entier peuvent trouver des titres extraits de la série à travers des services comme Shazam ou Tunefind. Que pensez-vous de ces services, et en tant que superviseur musical, faites-vous des efforts pour faire des partenariats avec eux pour la série ?

J’adore ces services. Le fait que le public utilise Shazam est positif : cela veut dire qu’ils sont curieux des titres qu’ils entendent, ils essaient de trouver quels artistes ils sont en train d’écouter. Pour moi c’est le futur de l’expérience de l’auditeur, et cela va avoir des répercussions sur les ventes de titres individuels. Utiliser ces services comme un outil pour avoir une expérience « second écran » est une très bonne chose. Maintenant, pour un partenariat, on ne sait jamais. Mais j’aime cette idée. Tout cela fait partie des discussions pour voir si The Americans mérite d’avoir une bande originale disponible dans le commerce.

Quels sont vos projets à venir pour la télévision ? Est-ce que vous serez à nouveau sur la prochaine saison d’American Horror Story ?

En effet. A travers Neophonic [sa firme de supervision musicale, ndr], nous nous occupons de plusieurs séries : nous continuons Glee, nous travaillons pour Banshee sur Cinemax, et beaucoup de séries HBO. J’ajoute que pour The Americans, je collabore avec une autre personne, Heather Guibert.

Propos recueillis le 12 février 2014

Over the past few years, with the rise of successful TV shows such as Grey’s Anatomy, Cold Case or Mad Men, licensing high-profile songs and finding the right ones have become a full-on business, that could give independent artists better exposure and could shed new light on musical legends. But unlike music composers, music supervisors remain unsung while their role is not to be understated in providing a fitting soundtrack to an episode. The Americans made a point of using their songs scarcely but effectively in its Season 1, along with a chilling score courtesy of composer Nathan Barr. To ensure a killer soundtrack, Joe Weisberg recruited a valuable asset : PJ Bloom, who was instrumental in picking songs for FOX’s Glee. He has a part in the success of the albums and singles from the Glee Club, with 15 million albums sold worldwide. But before that, he was hired for work in high-profile feature films and commercials, which made him a hot commodity in the entertainment industry. He was nominated many times for different shows he handles at the Guild of Music Supervision Awards. Alongside his music supervision duties, he also handles Black Magnetic Records and Publishing, which recently signed pop act A Great Big World.

In advance of the Season 2 premiere tonight at 8.45 PM on Canal + Series, we talked with PJ Bloom about picking songs, the input of the creative team, and teasing what the Season 2 soundtrack might look like as the Jennings enter the year 1982.

You’re coming off a long and successful career being the music supervisor for Glee and American Horror Story. The Americans is a show that did not feature a lot of music in its first season, and is mostly using tracks relevant to the period, which is the 1980s. Could you describe the specifics of picking songs for a period show like this ?

PJ Bloom : Season 1 of The Americans was 1981, Season 2 is taking place in 1982. That is an odd, undefined musical period : post-disco, pre-new wave, pre-synth pop… It’s an odd space where the 80s are starting to be formed, but also where progressive bands such as Genesis and Phil Collins thrive. So there are many exciting things to mine creatively, by trying lesser-known songs instead of the same 30 or 40 songs. And Joe [Weisberg, creator and executive producer] and Joel [Fields, executive producer] have been exceptional and brave supporting that.

You came aboard as music supervisor during the second half of season 1. Among the more high-profile songs you chose, there was a Peter Gabriel song in the season finale, « Games Without Frontiers ». How did that come about ? And is it difficult to clear songs from rock legends such as him ?

Actually « Games Without Frontiers » was chosen before I arrived, early in the process. We were not sure if that was going to work, so we used other ideas as well. We must have tried, maybe, 50 songs to play over that scene but ultimately Peter Gabriel was the one that worked best. It was one of the highlights of season 1, for sure. Now, for the song clearance, we had to negotiate it. Peter Gabriel is one of those artists that is very precious about his music. He takes it very seriously, and he doesn’t always say « yes ». But he enjoyed the placement so much he was kind enough to write a letter to Joe Weisberg and Joel Fields, which is extremely unusual.

Could you describe the process of choosing a song for the show ? Does it happen at script stage, or are you consulted more during post-production ?

Joe Weisberg and Joel Fields are deep music minds, so sometimes they already will have a song in mind, and I will work towards that. Other times, there will be a scene and nobody will know what will work. Other times, we may take suggestions from editors… It’s a very collaborative process with the executive producers, the editors and I. I would say 6 or 7 people may suggest songs.

What is the input of Joe Weisberg and the writers, contributing to the music ? Do they come to you with specific ideas of tracks to use for specific scenes ?

Sometimes they write it in the script, and they have final creative say. I make suggestions with my partners, we try songs, cut them into the scenes. We may have 5 to 10 choices. But it’s very much a process of trial and error.

The Americans features original music by Nathan Barr along with pre-existing tracks you pick. Do you see your work as complementary of his compositions, or does it depend on specific scenes in the episode ?

Nathan Barr is an exceptional composer, and he appreciates the work we do. Within an episode, more often than not, the song spots and the score spots are clearly defined. But when it doesn’t, we’ll have a « bake-off » for a specific scene : Nathan brings score ideas, I bring song ideas, and we see what is the most creative idea.

Obviously, « Glee » raised a lot of awareness around the tracks they used, with a surge in sales of original tracks along with the covers you did for the show. Did you experience the same thing with the few tracks used on season 1 ?

The feedback we got on the songs was really wonderful. We especially got a reaction out of the Roberta Flack song [« To Love Somebody »]. It’s exciting to have a love ballad that is set against the backdrop of this incredible shoot-out. Doing that was one of the more challenging things.

Will there be more tracks featured on the show per episode in season 2 ? Are there specific genres of music that you explored or researched for this season ?

We’re definitely trying to have more song moments, more event-type moments like « Games Without Frontiers ». But at its core we’re trying to have an effective approach, we’re not trying to reinvent the wheel. Since the show is set in 1981-1982, I try, personally, not to stretch too far back to earlier than 1977-1978. These are things you have to be mindful of. If you select music from the early 1970s, it starts to become a disjointed experience for the viewer.

Viewers around the world can find tracks from the show through services like Shazam or Tunefind. What are your views on these services, and as music supervisor, are you making an effort to collaborate with them for the show ?

I love those services. Audiences using Shazam is a positive thing ; it means they’re curious about the music they’re hearing, they’re trying to figure out what artists they’re listening to. To me, it’s the future of the listening experience, and it will affect the sale of individual tracks. But using these services as a companion to have a in-show experience is a great thing. As for a partnership, you never know. But I like that idea. It’s part of the discussions to see if The Americans is deserving to have a retail soundtrack.

What are your upcoming projects in TV ? Are you returning for the next season of American Horror Story as music supervisor ?

Yes, I am. Through Neophonic, we have many shows we’re doing : we’re continuing Glee, we’re doing Banshee for Cinemax and a lot of HBO original series. For The Americans, I’m actually doing work in collaboration with another music supervisor, Heather Guibert.

Interview conducted on February 12th, 2014. 

 

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