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Quentin Tarantino vu par… Denis Ménochet (INTERVIEW, par Marc Godin)

Quentin Tarantino vu par… Denis Ménochet (INTERVIEW, par Marc Godin)

Denis Ménochet (copyright : ABACA)

Comédien vu dans Le Skylab ou Je me suis fait tout petit, il est la grande révélation d’Inglourious Basterds, dans lequel il incarne le fermier français, M. LaPadite, cuisiné ad nauseam par Christoph Waltz. Une expérience inoubliable pour l’acteur. Denis Ménochet sera bientôt à l’affiche de Nos héros sont morts ce soir de David Perrault, en salles le 2 octobre prochain (hep, et en plus Denis Ménochet a les même initiales que le Daily Mars ! Un grand homme à coup sûr… NDPlissken).

Comment Tarantino vous a t-il repéré ?
Denis Ménochet : J’avais passé des essais pour incarner Marcel Cerdan dans La Môme. Le directeur de casting avait vraiment aimé ce que j’avais fait et donc il a montré une photo de moi à Tarantino qui a accepté de me voir. Pour préparer l’audition, je me suis enfermé et j’ai bossé pendant 11 heures. J’ai essayé de construire le passé de mon personnage, puis j’ai beaucoup parlé avec mon pote Raphaël Personnaz et j’ai mentionné mon grand-père qui avait été déporté par les Allemands. Et Raph a évoqué la rage de ces gens qui n’ont rien pu faire parce qu’ils avaient une famille. Cela m’a parlé…

Et alors ?
D. M. : J’ai fait une seule lecture avec Quentin, en live, dans une cuisine, rue de Rivoli Nous avons joué, face à face, la scène d’ouverture de M. LaPadite. C’était TRES impressionnant. J’adorais déjà ses films, alors le rencontrer, c’était déjà énorme, un vrai cadeau. On a lu la scène une seule fois, il m’a dit bravo, et je suis parti sans rien dire ; j’étais persuadé que c’était mort. Trois semaines plus tard, j’étais en Bretagne. On m’appelle pour me dire que je suis pris : je suis tombé par terre (il se marre). Mes jambes se sont dérobées sous moi. Puis, j’ai été pris d’un immense trac. Pour bosser mon personnage, le ressentir, j’ai même été jusqu’à couper du bois à la hache pour me faire des mains de fermier…

Denis Ménochet, alias le fermier Perrier LaPadite dans Inglourious Basterds. La gloire pour Denis : sa scène est sans doute la meilleure du film. © 2008 Universal Studios

Quand débute le tournage ?
Huit jours plus tard, ça a été très rapide. Nous avons filmé à la frontière tchèque et dans les studios Babelsberg, en Allemagne. J’avais très peur, j’étais tout le temps concentré pendant les huit jours de tournage. Comme tous les grands, Christoph Waltz était simple, drôle, et très amical, il m’emmenait dîner dans Berlin. Quant à Tarantino, on a l’impression qu’il nous laisse une énorme liberté alors qu’il nous dirige bel et bien. Il écrit magnifiquement bien, il est pour moi l’équivalent d’un Shakespeare. Ses dialogues sont comme de la musique, c’est du slam. C’est pour cela que Samuel Jackson est extraordinaire dans Pulp Fiction ou Jackie Brown. Quant à moi, j’avais beaucoup de silences à gérer.

C’est difficile de jouer les silences ?
D. M. : Il faut simplement écouter son partenaire, être dans l’instant. Parfois, Quentin se penchait à l’oreille d’un acteur pour lui confier un secret. L’autre se demande ce qu’il a bien pu lui dire. Du coup, son écoute était décuplée et l’on réagissait à la moindre nuance dans la voix de son partenaire.

Au bout d’une semaine, vous quittez le plateau.
D. M. : Toute l’équipe est rentrée dans la ferme et ils m’ont applaudi. On m’a offert la boîte avec la pipe, le scénario signé… C’était un rêve de gosse et il s’est réalisé !

Christoph Waltz et Denis Ménochet dans Inglourious Basterds © 2008 Universal Studios

Vous êtes allé à Cannes pour la présentation du film ?
D. M. : Oui, PPM, par mes propres moyens. Je n’aime pas me voir à l’écran, mais à Cannes, j’ai découvert un cadeau énorme : Quentin avait mis mon nom en grand, tout seul, sur le générique. La grande classe ! En visionnant le film, j’ai cru être avalé par mon fauteuil. Je n’ai aucun recul sur mon jeu, et je suis toujours déçu quand je me vois. J’avais lu le script dans son intégralité et Quentin a dû sabrer une partie dans le cinéma. Mais avec Brad Pitt qui fait des trucs de dingue et Hitler assassiné, je trouve que c’est un chef-d’œuvre.

Inglourious Basterds vous a-t-il fait mieux connaître ?
D. M. : Forcément. Mais je ne suis pas allé aux Etats-Unis, car je n’avais pas envie d’incarner des petits flics avec l’accent français. Je préfère tracer ma route ici, comme avec Nos héros sont morts ce soir, un des plus beaux films que j’ai fait, ou Ablation, un film d’horreur écrit par Benoît Delépine.

Propos recueillis par Marc Godin.

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