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Quentin Tarantino vu par… Renaud Chassaing (INTERVIEW, par Marc Godin)

Quentin Tarantino vu par… Renaud Chassaing (INTERVIEW, par Marc Godin)

Surdoué de l’image, Renaud Chassaing est le directeur de la photographie de Présumé coupable, avec Philippe Torreton, ou de Je me suis fait tout petit. Il décrypte la filmo de Tarantino à travers son oeil de chef opérateur et, comme vous pouvez vous en douter, l’analyse est tout simplement fort… bien vue. Passionnant !

 

Reservoir Dogs (1991)

« Avec le très culte Reservoir Dogs, j’ai eu l’impression de découvrir un réalisateur tout de suite, pourtant la photo n’a rien de spectaculaire, elle n’est pas très marquée, pas très fine. Les cadres sont déjà plus intéressants. L’image a été faite par un jeune opérateur qui s’appelle Andrejz Sekula, dont c’était le premier long-métrage. Je pense que Tarantino voulait au départ faire le film en amateur, avec très peu d’argent, et il a dû garder Sekula qu’il avait sûrement engagé auparavant. Il s’est inspiré d’un polar, Les Pirates du métro, avec une sublime lumière d’Owen Roizman. Je suis étonné que Tarantino n’ait pas eu envie de plus travailler sa lumière… »

« Sur Pulp Fiction, le travail de Sekula est beaucoup plus maîtrisé, très soigné, assez pop, parfois kitsch, avec les néons bleu-rose dans le diner. Il a utilisé une pellicule Kodak 50 Asa, très peu sensible, très contrastée, très piquée. La lumière est assez claire, clinquante, ce qui est plutôt la marque de Quentin Tarantino. Pour Jackie Brown, il a embauché Guillermo Navarro, chef op’ de Guillermo Del Toro, lauréat d’un Oscar pour Le Labyrinthe de Pan. QT et son directeur de la photo ont beaucoup regardé des polars des années 70, comme Le Récidiviste, et des films de blaxploitation. Ici, la lumière est complètement naturaliste, parfois un peu crade, ce qui est loin de l’univers habituel  de Navarro. Le film, tout en retenue, sort vraiment de l’esthétisme pop de QT »

 

« Tarantino reste un fou de la pellicule, il ne veut pas entendre parler du numérique »

 

Kill Bill (2004) : le début d’une magnifique idylle professionnelle entre Tarantino et le chef opérateur mythique Robert Richardson

« Avec Kill Bill, il prend une grosse pointure, Robert Richardson, directeur de la photo d’Oliver Stone, Martin Scorsese, lauréat de trois Oscars, du très lourd. Il choisit le chef opérateur qui lui correspond le mieux en terme de visuel, car Richardson est le spécialiste des hautes lumières, des surexposés, des halos… Kill Bill 1 est vraiment magnifique. Je crois qu’il a vraiment trouvé son chef op’ et ils ont tourné ensuite Inglourious Basterds et Django unchained. »

« Pour Boulevard de la mort, il voulait faire un film hommage, un film un peu crade et il est donc passé derrière la caméra. Il y a très peu de réalisateurs qui font eux-mêmes la lumière, je ne vois que Steven Soderbergh. Le film est d’ailleurs pas très bien éclairé, il n’y a pas de nuance, mais c’est peut-être ce qu’il voulait, le look vieillot, fauché, des 70’s, avec en plus des scratchs rajoutés en numérique. »

« En France, nous tournons quasiment tous en numérique, pas aux Etats-Unis où il y a encore des tournages en 35mn, je pense notamment à Tim Burton ou Andrew Dominik avec Cogan, Killing them softly. En deux ans, tout a basculé, notamment avec des nouvelles caméras numériques comme la Red. Tarantino reste un fou de pellicule, il ne veut pas entendre parler du numérique. Il est en cela l’exact opposé de David Fincher. Fincher bosse en numérique depuis années, et il adore ça ; QT ne veut pas décrocher du 35. Fincher est dans les lumières très basses et les plans très peu éclairés ; QT est dans les lumières hautes, clinquantes. Avec un plan d’un Fincher ou d’un Tarantino, on sait vraiment où l’on est. Cela s’appelle le style… »

Propos recueillis par Marc Godin.

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