R.I.P Dick Smith

R.I.P Dick Smith

Dick_Smith_WEEKESAlors étudiant à Yale dans les années 40, Dick Smith déniche dans une librairie un livre sur le maquillage de théâtre et passe une bonne partie de son temps libre à prendre l’apparence de différents monstres du studio Universal afin d’apprendre les ficelles du métier. Destiné à devenir dentiste, il est enrôlé dans l’armée américaine quand éclate la seconde guerre mondiale et décide alors de changer d’orientation si il survit au conflit.

A son retour du front, il poursuit donc son apprentissage et commence à soumettre son portfolio à différents studios afin de trouver un emploi. Les retours de l’industrie sont pour la plupart positifs, mais les portes restent closes. Son père lui conseille alors de proposer ses services à des chaines de télévision et après six mois de recherche, il trouve finalement en 1945 un emploi de maquilleur pour la chaîne NBC payé 15 dollars par semaine. Smith est encore débutant, son art en progression constante et la télévision est pour lui le parfait terrain d’apprentissage pour perfectionner son savoir-faire.

En pleine croissance, NBC lui propose de monter son propre département et il constitue une équipe de 20 artistes qu’il forme et dirige jusqu’à son départ de la chaîne en 1959. Il part alors travailler pour le producteur David Susskind, au moment précis où passe la mode des dramas à la télévision pour laisser place à l’aire des jeux télévisés. Se rabattant sur la production cinématographique, Susskind monte le projet Requiem pour un champion en partant d’un scénario du légendaire Rod Serling. Smith sera chargé de grimer un Anthony Quinn boxeur en fin de parcours, humilié et défiguré par Muhammad Ali dans son propre rôle. Son nom devient alors gage de qualité et les années suivantes, le maquilleur modifiera l’apparence de plusieurs monuments hollywoodiens tels Jack Palance, Laurence Olivier, Audrey Hepburn ou Peter Ustinov.

little-big-man-little-big-man-04-1971-23-12-1970-1-gDurant les années 60, Smith perfectionne sa technique et s’intéresse aux possibilités du latex liquide pour repousser les limites du maquillage de cinéma. Il est ainsi le premier artiste à comprendre que plusieurs applications en latex se chevauchant sur le visage d’un acteur, améliorent grandement le réalisme d’un maquillage et permettent un jeu plus expressif. Cette approche, révolutionnaire à l’époque, atteint son point culminant en 1970 grâce à son incroyable travail de vieillissement sur Dustin Hoffman dans le Little Big Man d’Arthur Penn. Une véritable prouesse, nécessitant six semaines de labeur pour la scuplture de prothèses et plusieurs heures d’application par jour.

Au delà d’une technique impeccable, l’autre grande force du travail de Dick Smith est son réalisme inégalé. Cette grande vraisemblance est le fruit de longues recherches dans des livres médicaux ou des ouvrages répertoriant des images de sujets défigurés par la maladie ou la guerre. C’est certainement ce qui fait de Dick Smith un artiste aussi particulier : cette passion, cette curiosité, cette volonté de repousser les limites de son art. Au contraire de bon nombre de ses rivaux, Smith n’hésite pas à partager ses méthodes et ses secrets de fabrication, toujours prêt à prendre un nouvel assistant sous son aile pour transmettre son savoir.

Deux ans après Little Big Man, en 1972, l’artiste sera chargé de vieillir Marlon Brando de 20 ans pour son rôle de Don Corleone dans le Parrain de Francis Ford Coppola, mais ce n’est que treize ans plus tard en 1985 que son travail de vieillissement sera finalement couronné d’un Oscar récompensant son sublime maquillage de F. Murray Abraham dans Amadeus. Entre temps, il s’appuie sur son travail de déconstruction du visage pour la série Way Out dans les années 60 pour créer son maquillage le plus célèbre : celui de Regan dans L’exorciste de William Friedkin.

tumblr_mdvodvW4bx1qb9nsso1_r1_500Le défi est de taille : parvenir à rendre effrayante une enfant au visage angélique. Après avoir testé une dizaine d’approches différentes en appliquant plus ou moins de prothèses sur le visage de Linda Blair, Smith trouve finalement un juste milieu et réalise qu’un travail subtile sur les couleurs et les textures est préférable à un masque trop épais. Plus le visage de l’enfant est visible, plus l’effet est efficace. Le tout est de trouver de petites touches créant des disonances visuels provocant le malaise du spectateur. Aujourd’hui iconique, ce maquillage, ainsi que toutes les autres inventions géniales de Smith pour L’exorciste, influencent encore les meilleurs artistes en effets spéciaux dans le monde entier, dont Rick Baker, l’élève le plus doué du maître.

Difficile de rendre un hommage décent au père du maquillage d’effets spéciaux moderne dans un texte aussi court et sans s’étendre sur ses créations incroyables pour Taxi Driver, La sentinelle des maudits, Voyage au bout de l’enfer ou encore Scanners. Dick Smith était un véritable génie de l’industrie, un maitre, dont l’influence sur le cinéma de genre est inéstimable. Il est le premier à avoir compris que le maquillage doit être au service de la performance, qu’il doit amplifier le jeu du comédien et non pas entraver sa performance. En 1959, sur le tournage de The Moon and Sixpence, l’immense Laurence Olivier, couvert de prothèses simulant une léprose avancé, contemple son apparence dans un miroir et rend le plus bel hommage qui soit à Dick Smith : « Dick, it does the acting for me ».

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