Ray Donovan : retour sur la saison 1

Ray Donovan : retour sur la saison 1

Note de l'auteur

Liev Schreiber. Photo Showtime

Diffusée l’été dernier sur Showtime parallèlement à la dernière saison de Dexter, la première saison de la série créée par Ann Biderman (Southland) n’avait pas fait l’objet de bilan en terre martienne. On corrige ça aujourd’hui… après avoir attendu un bon moment.

On pourrait prétexter une rentrée des séries plutôt chargée (ce qui est plutôt vrai), ou l’envie de laisser toute sa place à la fin des aventures du petit père Morgan (ce qui serait délicieusement faux-derche). La vérité, c’est que j’ai mis pas mal de temps à revenir sur cette saison 1.

Principalement parce que Ray Donovan me pose problème.

J’avais dit, dans une critique plutôt encourageante du pilote, que l’on trouvait là des éléments capables d’en faire une série réellement prenante – en premier lieu, suivre un héros qui essaie de rester droit dans un univers désaxé. Seule condition : que les producteurs ne tombent pas dans ce que j’appelle les affres de la série à la Showtime – des productions qui multiplient les provocations, les scènes « audacieuses » sans développer de vrai propos de fond.

Or, pour moi, c’est ce que la série a trop souvent fait au cours de sa première saison.

Petit retour en arrière. Ray Donovan est un fixer. Un type qui doit régler toutes sortes de problèmes à Hollywood pour le compte d’un avocat, Ezra Goldman (Elliott Gould, qui fait le boulot et le fait bien). Au milieu d’artistes complètement paumés, il s’impose comme un roc quasi inébranlable. Et c’est la même chose auprès de ses deux frères Mick (Eddie Marsan) et Bunchy (Dash Mihok).

Eddie Marsan, joue Mick Donovan. Photo Showtime

Le premier, ex-boxeur qui tient un gymnase, se bat avec la maladie de Parkinson. Le second, victime d’abus sexuels perpétrés par un homme d’église dans son enfance, est un gosse brisé dans le corps d’un trentenaire. A côté de ça, Ray semble avoir trouvé une stabilité auprès de Maggie, sa femme (Paula Malcomson, inoubliable Trixie de Deadwood), et ses enfants Bridget (Kerris Dorsey) et Connor (Devon Bagby).

Cet équilibre fragile vole en éclats le jour où Mickey (Jon Voigt), le père de Ray, Mick et Bunchie ressort de prison et veut renouer avec sa famille. Ce dont Ray ne veut pas entendre parler. Notamment parce que son malfrat de père les a laissés à eux-mêmes pendant qu’il multipliait les combines (et accessoirement couchait à droite et à gauche). Ray pense que c’est de sa faute si sa petite soeur (également prénommée Bridget) s’est suicidée. Mais il lui en veut aussi pour d’autres choses.

Pour en avoir parlé autour de moi, je sais que certains ont vraiment beaucoup aimé cette saison 1. Personnellement, j’ai trouvé que le récit surchargeait le passé de la famille Donovan. Jusqu’à l’indigestion.

Paula Malcomson joue Maggie Donovan. Photo Showtime

On aurait pu penser qu’à partir de ce postulat de départ – plutôt costaud, niveau historique émotionnel – on avait là de quoi explorer beaucoup de choses. Mais non. Ann Biderman, David Hollander (créateur de la très bonne série judiciaire The Guardian, avec Simon Mentalist Baker) vont rajouter tout un fatras d’événements supplémentaires, bien lourds à porter (un assassinat d’adolescente, une machination pour emprisonner quelqu’un) et qui plonge le tout dans un excès fatiguant.

Mais à bien y réfléchir, ce n’est pas, à proprement parler, cette succession d’éléments qui est le plus problématique. C’est la façon dont ils impactent les personnages. Son héros en premier.

A la limite, peu importe cette surcharge si elle permet de définir le récit et les liens que l’on tisse avec Ray. On peut se dire que les drames provoquent d’autres drames, que c’est ce qui embarque tout le monde dans une irrémédiable spirale tragique. Cette théorie est d’ailleurs confortée par la fin de saison, qui met des mots et des images sur le crime originel, l’élément déclencheur.

Sauf que jusqu’à ce que l’on arrive à cette révélation, le personnage de Ray ne parvient que trop peu souvent à nous toucher. Qu’il n’est pas plus droit que les autres et que l’on ne voit quasiment jamais ce que sa femme et ses enfants sont pour lui. Quand bien même il veut les protéger à tout prix. Tant et si bien que quand la « révélation » arrive, on comprend… mais on reste à quai.

Ce n’est pas forcément la faute de Liev Schreiber, qui fait le boulot de façon consciencieuse. Pour moi, il y a un vrai problème d’écriture. Des choix qui font que l’on privilégie la forme au fond, la quantité à la qualité. Hélas.

Dash Mihok incarne Bunchy Donovan. Photo Showtime

Je ne sais plus où j’ai lu que Ray Donovan se posait comme le The Sopranos de Showtime (des pubs ?). Aussi vrai que ce n’est pas parce que sur le menu du restau vous écrivez « hot dog » qu’il y a forcément du chien chaud dans le plat, la comparaison tombe complètement à plat. La raison : si Tony Soprano devait lui aussi composer avec des non-dits et un malaise profond, il arrivait toujours à exprimer des émotions qui le rapprochaient du téléspectateur. Avec sa fille, avec certaines femmes.

Ray Donovan, lui, en est incapable. Ceux qui ont aimé la saison 1 n’ont pas été gênés par ça. Moi si. Et j’en ai vite eu ma claque de voir Ray tirer la gueule en ordonnant aux autres quoi faire (souvent en vain).

A côté de ça, j’ai vraiment aimé l’histoire des frangins Donovan. Je peux même dire que j’ai souvent trouvé chez Mick et Bunchy ce qui me donnait envie de continuer. D’abord parce que Marsan et Mihok sont de sacrés acteurs, mais aussi parce que Biderman et sa bande nous donnaient de quoi les comprendre.

Au bout du compte, le bilan est assez décevant. Et je repense à Katherine Moenning (The L World). Elle joue Lena dans la série et c’est une actrice que j’adore. Dans Ray Donovan, elle ne sert pas à grand-chose et ça me frustre. Je me dis que c’est un peu la même chose avec pas mal de composantes de cette série.

Voilà pourquoi je ne continuerai vraisemblablement pas, quand bien même une saison 2 est déjà en préparation.

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