Re-Anime: Asura (de Keiichi Satô)

Re-Anime: Asura (de Keiichi Satô)

Note de l'auteur

asura_10Avant de s’attaquer au lifting douteux de Saint Seiya avec La Légende du Sanctuaire (critique ici), Keiichi Satô réalisait Asura, adapté du manga éponyme de George Akiyama. Âpre, violent, sombre et poignant, Asura est une sorte d’anti-Miyazaki, une vision brutale d’un Japon, qui puise sa force dans ses partis-pris graphiques et scénaristiques. Bienvenus en enfer!

 

Le Japon au milieu du 15ème siècle… 80 000 personnes meurent à Kyoto et dans ses environs à cause de la sécheresse et de la famine. Les survivants tentent de subsister comme ils le peuvent mais la loi du plus fort est bien souvent la meilleure. C’est dans ces conditions extrêmes qu’un jeune garçon voit le jour, celui que l’on surnommera Asura, un enfant sauvage en qui sommeille une bête. N’ayant plus ni père, ni mère, Asura fait preuve de l’instinct de survie le plus primaire, puisqu’il en vient à attaquer ses congénères pour s’en nourrir. Après une chute qui aurait pu lui être fatale, il est sauvé et recueilli par Wakasa, une jeune fille qui travaille dur dans les plantations afin d’assurer un minimum de nourriture. A son contact, Asura va petit à petit s’humaniser et faire l’apprentissage des sentiments tel que la jalousie, la colère ou la honte de soi.

 

Produit par la Tôei, Asura propose une vision sinistre et violente du monde. L’impression de terreur et d’effroi habite chaque plan. Ce Japon en perdition est le théâtre de la misère la plus crue, où rester «humain» devient de plus en plus dur. Cette question de l’humanité est au centre même du film et questionne notre conscience morale. Où cesse t-on d’être un humain? A partir de quand se transforme t-on en bête? Asura, en découvrant le langage et les sentiments, découvre également une douleur différente de la douleur physique, celle de l’âme. En prenant pleinement conscience de sa propre existence et de celle des autres, il devient en proie au doute et en arrive à regretter d’être né. Son «humanisation» lui ouvre les yeux sur sa bestialité.

Asura-LargeNihiliste dans son propos, Asura l’est aussi dans ses parti pris esthétiques. Tout en cell-shading (dessins 2D apposés sur de la 3D), le graphisme est au premier abord déstabilisant voir légèrement repoussant. Le chara-design si particulier rappelant étrangement celui des années 70, la représentation de ces corps difformes et décharnés ainsi que ces teintes sombres et tranchées sont très loin des standards de l’animation nippone tels qu’on les connaît. Alors oui, pour être honnête, le rendu n’est pas toujours au rendez-vous, notamment en début de film, et on en vient à regretter le bon vieux dessin traditionnel. Pourtant, plus le récit avance et plus le style graphique déploie sa force de frappe. C’est dans le mouvement qu’il parvient à nous surprendre lors de très sympathiques scènes d’actions. Le travail apporté sur la photographie promet également quelques magnifiques plans de la campagne japonaise.

 

Comme un grain de sable au milieu d’une animation parfois trop standardisée, Asura dérange, interroge et fait réagir. A la fois tragique, profondément sombre et radical, il ne veut laisser personne indifférent. Oscillant entre maladresses esthétiques et fulgurances artistiques, le film de Keiichi Satô ne révolutionne rien mais pose de vrais questions et nous donne à voir l’image d’une humanité habitée par ses démons. Dans l’adversité et quand il s’agit de survie, sommes-nous finalement tous des bêtes…? A méditer!

 

 

 

Asura de Keiichi Satô (2012) – Tôei Animation

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