Re-Anime: Brave Story (de Kōichi Chigira)

Re-Anime: Brave Story (de Kōichi Chigira)

Note de l'auteur

Sorti en 2006 et produit par le studio Gonzo, Brave Story est adapté du bouquin éponyme de Miyuki Miyabe. De la fantasy king-size s’étalant sur deux heures et qui en met plein les yeux. Mais à y regarder de plus près, le film recèle une réelle intelligence et bien plus de profondeur dans son propos, qu’on ne peut le penser. Le monde de Vision vous ouvre ses portes !

 

Le jeune Wataru traverse une période difficile. Ses parents se séparent de manière assez abrupte et suite à ça, sa mère retrouvée inerte, est hospitalisée en urgence. C’est à ce moment précis de sa vie, qu’il rencontre Mitsuru, un étrange jeune homme qui lui offre l’opportunité de rejoindre le monde de Vision afin d’avoir une chance de rencontrer la Déesse de la Destinée et de pouvoir changer le cours des choses. Une fois sur place, il est évalué et se voit attribuer le statut d’apprenti héros. A la recherche des gemmes qui lui permettront d’exaucer son vœu, il débute une quête initiatique, remplie de créatures et de magie… Bla bla bla… Vous connaissez la suite. Oui, Brave Story ne fait pas franchement dans l’originalité en termes de fantasy et convie à sa table tout un tas de références du genre, à commencer par la saga Dragon Quest. Dans la construction du récit et les étapes à franchir, rien de bien nouveau. Mais finalement ce qui fait la force du genre, ce n’est pas nécessairement l’histoire en elle-même. Ce qui est important, tout du moins à mes yeux, c’est la manière de la raconter, de la contextualiser et de faire vivre son univers.

 

De ce point de vue, Brave Story fait bien le job et l’ensemble est totalement immersif. L’arrivée dans le monde de Vision rappelle quelque peu celle d’Alice aux pays des merveilles. Le bestiaire déployé dans le film, même s’il n’égale pas celui créé par le studio Ghibli, reste tout de même impressionnant et marche très bien. Le réalisateur Kôichi Chigira (Last Exile, Full Metal Panic !) nous propose un voyage bourré de créatures improbables et de paysages enchanteurs. Comme souvent, l’univers est dense et les trouvailles graphiques sont nombreuses. Elles sont mises en valeur par une direction artistique inspirée. Alors oui, il y a toujours quelques éléments 3D très laids qui traînent de temps en temps mais dans l’ensemble, le film brille par ses qualités techniques. L’animation fluide et le dessin léché rendent le film particulièrement attractif et montrent une nouvelle fois, la maîtrise visuelle et la créativité dans l’animation japonaise.

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Très clairement, Brave Story embrasse les codes du RPG et de la fantasy mais c’est pour mieux traiter de thèmes plus profonds. Bien entendu, à travers sa quête, Wataru va grandir et mûrir. Face à lui, son ami Mitsuru, trop aveuglé par son propre égoïsme, va sombrer dans la rancœur et la haine. Certes, là-encore, rien de très neuf sauf que Brave Story aborde le libre arbitre et le deuil avec intelligence et retenu. Sans tomber dans le larmoyant, le film offre sa propre relecture de la perte de l’innocence et de l’acceptation de la douleur comme partie intégrante de la vie. Malheureusement, tout le propos est contredit de manière assez grotesque dans l’épilogue qui, par chance, ne dure qu’une ou deux minutes. Un choix assez stupide et vraiment dommage puisqu’il amoindrit quelque peu la force du message. Au final, Brave Story, même s’il joue la carte de la sécurité à bien des niveaux, parvient à nous faire rentrer dans son monde. Avec ses différents niveaux de lecture, son univers en open world et ses qualités artistiques, le film se trouve une petite place dans la grande famille de la fantasy, à l’ombre de ses aînés. Réjouissant !

 

Brave Story de Kōichi Chigira (2006) – Studio Gonzo

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