Re-Anime: Colorful (de Keiichi Hara)

Re-Anime: Colorful (de Keiichi Hara)

Note de l'auteur

19816066L’animation japonaise regorge de récits intimistes et personnels, sortes de bulles pleines de poésie hors du temps. Colorful est à classer parmi ces films mais on ne peut pas le réduire uniquement à cela. Derrière son apparente douceur, le film de Keiichi Hara recèle une violence sourde, un appel à l’aide qui nous interpelle pendant deux heures et qui ne nous lâche plus…

 

Sorti en 2010 sous l’égide du studio Sunrise, Colorful donne corps au spleen adolescent à travers une fable cruelle mais pleine d’espoir. Une âme sur le point de prendre le train des morts se voit offrir une seconde chance et intègre le corps de Makoto Kobayashi, un ado mal dans sa peau qui a fait une tentative de suicide. Coincé dans cette enveloppe charnelle, son nouveau propriétaire va devoir se confronter à une famille au bord de l’effondrement mais également à une vie de collégien replié sur lui-même. Tout passe par son regard et on appréhende son environnement de la même façon que lui. De manière très subtile, Keiichi Hara (Un été avec Coo) instille dans son récit une dureté dont il ne détourne jamais le regard. Le suicide, l’adultère ou encore la prostitution sont ici abordés de manière assez frontale mais sans jamais tomber dans le voyeurisme ou le larmoyant. Colorful est un film tout en retenue qui parvient à garder l’équilibre entre la cruauté et l’absurdité de la vie et un certain onirisme poétique et cotonneux. Chacun des personnages se dévoile avec pudeur et met à nu ses cicatrices et ses aspérités. Sans jamais les juger, Hara accompagne ses protagonistes et laisse à chacun d’entre eux le loisir de s’exprimer.

 

Le titre ainsi que les thématiques abordées font écho aux travaux du dessinateur chinois Benjamin. Bien que l’approche graphique diffère complètement, le souci d’injecter de la couleur (au sens propre comme au figuré) là où le noir prédomine est le même. Ses visions tendent à appréhender la vie comme une palette de couleurs, de la plus belle à la plus horrible, de la plus claire à la plus sombre. Bien sûr, ici les teintes sont bien moins éclatantes que chez Benjamin mais c’est aussi parce qu’elles se veulent bien plus réelles. L’importance apportée aux décors du film et à leur photo-réalisme accroît fortement l’immersion. Alors que le chara-design, simple, oscille entre maladresse et franche réussite, les arrière-plans sont extrêmement détaillés et travaillés à partir de photos. L’animation est soignée même si techniquement on a déjà vu beaucoup mieux.

 

Colorful est une tranche de vie douce-amère qui, malgré la gravité de son propos, parvient à rester légère. Keiichi Hara, sans totalement parvenir à égaler des maîtres du genre tels que Isao Takahata, prouve tout son talent et nous offre le portrait d’une adolescence japonaise en manque de repères. De manière générale, il tend subtilement un miroir à la face de la société nippone. Touchant sans être mièvre, frontal sans être cru, Colorful possède en son cœur une lucarne d’optimisme, d’où l’on entrevoit une lumière. Et si vous aviez une seconde chance ?

 

 

Colorful de Keiichi Hara (2010) – Sunrise

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