Re-Anime: Kureopatora (de Osamu Tezuka & Eiichi Yamamoto)

Re-Anime: Kureopatora (de Osamu Tezuka & Eiichi Yamamoto)

Note de l'auteur

yZ7o6Deuxième opus de la trilogie Animerama, produite par Mushi Production, Kureopatora (ou plus simplement Cléopâtre) est sorti en 1970, en dynamitant les codes de la japanimation. Barré, cartoonesque et bourré de clins d’œil, Cléopâtre revisite l’histoire d’Égypte à grands renforts de gags géniaux sur fond d’érotisme très soft. La séance Re-Anime d’aujourd’hui est à ne manquer sous aucun prétexte.

 

Il y a quelques mois, lors d’une précédente séance, je vous disais tout le bien que je pense du chef d’œuvre Kanashimi no Belladona (La Belladone de la Tristesse) qui conclue Animerama. Les films d’animation qui composent la trilogie sont tous indépendants les uns des autres, mais ils partagent tous un certain goût pour l’érotisme et une totale liberté de création. Cléopâtre, c’est la rencontre improbablement jouissive entre l’animation du grand Tezuka, les gags des cartoons de la Warner et l’esprit décalé de Asterix et Cléopâtre. Véritable OVNI dans l’industrie de la japanimation, le film part de loin, pour aller encore et toujours plus loin dans le «what the fuck?» le plus total. Le film s’ouvre sur une séquence digne d’une parodie de Star Trek, dans des décors réels et incroyablement cheap où évoluent des personnes en chair et en os dont on a remplacé la tête par une image animée. En trois minutes chrono, l’exposition est faite, nos faux trekkies ont pour mission de revenir à l’époque de l’Égypte antique afin de comprendre ce qu’on appelle «Le Plan de Cléopâtre». Grâce à des machines dignes de Avatar, leurs esprits sont donc respectivement transférés dans les corps d’un esclave romain à la solde de César, d’une princesse égyptienne et d’un guépard, fidèle compagnon de Cléopâtre. A partir de là, ça part dans tous les sens, les anachronismes sont légions et les gags visuels pleuvent de partout.

 

Comme La Belladone de la Tristesse, Cléopâtre est un pur produit 70’s avec son psychédélisme sonore et visuel, sa liberté de ton et sa révolution sexuelle. Niveau érotisme, il n’y a guère plus que quelques paires de seins ou de fesses pour en offenser certains comme les États-Unis qui, à l’époque, avaient largement censuré le film. Les très rares scènes de sexe, suggestives avant tout, sont finalement l’occasion d’explorer des approches graphiques et esthétiques différentes. Le film est parcouru par quelques fulgurances visuelles inattendues. Comment ne pas repenser à la séquence qui retrace l’histoire de l’Art, de Delacroix à Warhol en passant par Botticelli, pour symboliser le retour triomphal de Jules César à Rome! Globalement moins abouti que La Belladone, cet opus reste malgré tout, une incroyable ode à la création picturale sous toutes ses formes. On est loin de la normalisation et de l’homogénéisation des animes d’aujourd’hui. Ici, tout semble possible, dans le fond comme dans la forme. L’humour est omniprésent à travers de nombreuses références à des animes de l’époque (Kamui Gaiden, Astro Boy), des gags dignes des Looney Tunes et des gimmicks sonores tels que le mickeymousing. Je citais également Asterix car très clairement, le sixième albums des aventures du petit gaulois, plus précisément son adaptation animée, ont été une source d’inspiration pour les réalisateurs qui à leur manière, lui rendent hommage. La rencontre d’humours aussi différents donne naissance à un délire absurde et quasi slapstick à certains moments.

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Osamu Tezuka & Eiichi Yamamoto signent avec Animerama, une trilogie à mille lieues de ce qu’on a l’habitude de voir, en refusant les étiquettes. La liberté dont font preuves les trois films qui la composent est absolument grandiose. Bien qu’ils soient (trop) méconnus, ils font partie intégrante de l’histoire de l’animation japonaise avec un grand «A» et permettent de découvrir une autre facette du père du manga moderne, l’immense Tezuka. Bonne pioche!

 

 

Kureopatora de Osamu Tezuka & Eiichi Yamamoto (1970) – Mushi Production

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