Re-Anime: L’île de Giovanni (de Mizuho Nishikubo)

Re-Anime: L’île de Giovanni (de Mizuho Nishikubo)

Note de l'auteur

LÎle-de-Giovanni-AfficheAujourd’hui, une fois n’est pas coutume, dans la séance «Re-anime», je ne reviens pas dans le passé mais je vais vous parler du très beau L’île de Giovanni, sorti il y a tout juste une semaine en France. En marchant dans les pas du magnifique et bouleversant Tombeau des Lucioles, le film de Mizuho Nishikubo parvient à se faire une place de choix et fait chavirer le spectateur. Prévoyez des mouchoirs !

 

Produit par Production I.G. (Patlabor, Ghost in the Shell, Dead Leaves…) et réalisé par Mizuho Nishikubo, collaborateur de Mamoru Oshii, L’île de Giovanni nous plonge dans un période méconnue de l’histoire du Japon. En l’an 1945, au lendemain de la capitulation de l’Empire du Soleil Levant, certaines parties du pays, dont l’île de Chikotan, sont annexées par l’armée soviétique. Au milieu de ce bouleversement historique, deux frères, Junpei et Kanta, tentent de continuer à vivre du mieux qu’ils le peuvent. L’arrivée de la population russe au teint pâle, aux cheveux blonds et aux grands yeux bleus, intrigue les locaux et plus précisément notre fratrie qui se voit obligée de concéder son logement et se retrouve à vivre dans l’écurie d’à côté. Avec leurs yeux d’enfants, ils découvrent l’horreur de la guerre ainsi que ses conséquences désastreuses. Mais à travers ces changements de vie radicaux, Junpei, l’aîné, va faire la connaissance de Tanya, la fille d’un commandant soviétique et se lier d’amitié avec elle, avant que lui et son frère ne soient déportés loin de leur pays natal.

 

Giovanni no Shima en FranceSans artifice et faisant preuve d’une sincérité désarmante, L’île de Giovanni touche le spectateur en plein cœur. Hors de tout manichéisme puéril, le film parvient à trouver un parfait équilibre. Les différents protagonistes, qu’ils soient japonais ou soviétiques, sont traités sur un même pied d’égalité. La cohabitation des deux populations donne lieu à de savoureuses scènes entre les enfants, notamment à travers le chant. Il est d’ailleurs à noter que la musique prend une place importante dans le récit et appuie le lyrisme qui parcourt tout le film. Sans jamais tomber dans une forme de misérabilisme, L’île de Giovanni oscille entre légèreté et gravité, entre onirisme et réalité et nous emporte avec lui dans un tourbillon d’émotions. La filiation avec Le Tombeau des Lucioles du grand Isao Takahata est évidente. Peut-être un poil trop d’ailleurs… De ce chef-d’œuvre, il partage la force émotionnelle, la rigueur historique et le lyrisme. Mais fatalement, le film souffre très légèrement de la comparaison car durant toute sa durée, on n’arrête pas un instant de penser à la pépite de Takahata. Ça n’enlève heureusement pas au dessin animé sa force, d’autant que l’histoire ne suit pas le même récit mais très clairement, les lucioles ne sont pas loin.

 

Concernant le dessin et l’animation, L’île de Giovanni ne cherche pas à épater la galerie. Loin des productions actuelles qui misent sur une réalisation survoltée avec des angles de caméra repoussant toujours plus les lois de la perspective, le film ne cherche pas à faire dans l’esbroufe visuelle. Le graphisme à la fois naïf et enfantin restitue à merveille les sentiments et expressions des personnages. On s’attache vite aux deux frères et l’immersion est d’autant plus réussie qu’on s’implique totalement pour eux. La palme revient évidemment au petit Kanta, incroyablement attendrissant et craquant qui fera fondre les cœurs les plus endurcis. Beau, bouleversant, poétique et instructif, L’île de Giovanni est un petit bijou qui vous emportera. Bref du grand, du très grand art et ce n’est pas Docteur No qui dira le contraire.

 

L’île de Giovanni de Mizuho Nishikubo (2014) – Production I.G.

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