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Re-Anime : Momotaro le Divin Soldat de la Mer (de Mitsuyo Seo)

Re-Anime : Momotaro le Divin Soldat de la Mer (de Mitsuyo Seo)

Note de l'auteur

Momotaro_le_Divin_Soldat_de_la_MerPour débuter cette année 2016, je vous propose un petit cours d’histoire. Non, je déconne ! Quoique… Avec le Re-Anime d’aujourd’hui, on fait un petit bond dans le temps d’une soixantaine d’années. Sorti en 1945, Momotaro, le Divin Soldat de la Mer n’est rien de moins que le premier film d’animation japonais. Une œuvre de propagande, à la gloire de la nation nippone, sur laquelle plane l’ombre d’une certaine souris aux grandes oreilles.

 

Vous n’avez jamais entendu parler de ce film et pour cause… Sorti quelques mois avant la capitulation du Japon, Momotaro est vite tombé dans l’oubli. Certains l’ont crû confisqué et détruit par l’armée américaine, jusqu’en 1984, où un négatif du film a été retrouvé dans un dépôt de la société de production Shôchiku. Véritable pièce de musée, ce premier long-métrage est un vestige de l’histoire de la japanimation. Une œuvre pionnière et techniquement révolutionnaire pour l’époque. Ce qui saute aux yeux dès les premières minutes, c’est l’immense influence du studio Disney sur le film. Le ministère de l’époque avait d’ailleurs montré Fantasia, sorti cinq ans plus tôt, au réalisateur pour qu’il s’en inspire. Le résultat est sans appel, entre le dessin, l’animation et les scènes musicales chantées, Momotaro doit énormément à l’oncle Walt. Le noir et blanc un peu délavé, l’utilisation du « Mickeymousing » ou encore les techniques d’animation balbutiantes, tout renvoie directement aux premiers essais du studio américain, comme le fameux court-métrage Steamboat Willie.

 

momotaroMais en fait, de quoi ça parle ?! Eh bien, comme son nom l’indique, ça parle de soldats et qui dit soldats, dit guerre. La figure de Momotaro, célèbre héros du folklore japonais, est ici utilisée afin de vanter la grandeur du peuple japonais. Sillonnant courageusement le monde, accompagné de ses fidèles amis de régiment, il mène sans relâche une lutte contre l’envahisseur. Ici, le récit se concentre sur l’opération-surprise menée sur l’île de Sulawesi en Indonésie, par des troupes de parachutistes. À grand renfort d’animaux anthropomorphes tout kawaii et de chansons enfantines, Mitsuyo Seo nous balance en fait de jolis petits slogans sur le travail et la fierté nationale. Une propagande qui va crescendo jusqu’à un final étrange, si ce n’est dérangeant, où toutes ces créatures à plumes, écailles et fourrure nous refont la scène du débarquement. Les quinze dernières minutes de Momotaro jouent avant l’heure Il faut sauver le soldat Ryan à la sauce Disney. Armés de grenades, de couteaux et de fusils-mitrailleurs, tout ce petit monde, en apparence mignon et inoffensif, se fait la guerre. Et si la mort est invisible, elle n’en n’est pas moins présente. Jusqu’au dernier plan, où de futures recrues s’entraînent en piétinant une carte du grand Satan ricain, le film fait l’éloge de la nation.

 

À ce titre, il est assez drôle et paradoxale de voir un tel manifeste patriotique, rejetant le pays de l’Oncle Sam, alors même qu’il utilise et s’inspire des techniques d’un studio vantant les valeurs américaines. Avec du recul, Momotaro, le Divin Soldat de la Mer, fait plus sourire qu’autre chose et la portée de son message n’est aujourd’hui qu’une relique d’un ancien temps. Avec son animation approximative, son dessin maladroit et son sous-texte politique, autant être honnête, ce premier essai n’atteint pas les sommets que la japanimation connaîtra par la suite. Reste néanmoins, une œuvre fondatrice, celle qui a ouvert les portes du grand écran à l’animation nippone. Bref, une part d’histoire.

 

Momotaro, le Divin Soldat de la Mer de Mitsuyo Seo (1945) – Studio Shôchiku

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