Re-Anime: Patlabor (de Mamoru Oshii)

Re-Anime: Patlabor (de Mamoru Oshii)

Note de l'auteur

uX58ae3iJNdLjPsI2xIgA0sERpMJe ne vous ferai pas l’affront de vous présenter le grand Mamoru Oshii tant il est un géant de la japanimation. Cinq ans avant de nous balancer le séminal Ghost in the Shell, le réalisateur s’attaquait déjà à l’adaptation d’un gros titre, Patlabor. Ce film est l’occasion de découvrir un Mamoru Oshii, moins rigide dans sa réalisation, moins cérébral et moins contemplatif également, mais qui maîtrise déjà parfaitement son sujet. Avec Patlabor, il inaugure l’exploration d’une thématique qui hantera son œuvre, le rapport de l’homme à la machine.

 

A l’origine, Patlabor est un manga de Masami Yûki, publié au Japon en 1988 dans le Weekly Shônen Sunday. En parallèle est développée la série animée en 7 épisodes, suivie par une seconde salve de 47 épisodes entre 1988 et 1990. C’est cette même année, en pleine crise économique japonaise, que sort le premier film d’animation Patlabor. Dans un futur plus ou moins proche, la technologie est si avancée qu’elle a permis de résoudre la crise sociale et a apporté une réponse aux défis écologiques. Grâce à elle, Tokyo est en passe de devenir la nouvelle Babylone. Les robots appelés Labors sont devenues des machines du quotidien notamment pour les industries et travaux demandant du gros œuvre mais également pour les forces de police. N’étant pas autonomes, ils sont gérés et pilotés par des employés dans divers secteurs. Bien que cette base évoque fortement les séries de mechas, très clairement, elle change de direction, dès le moment où certains Labors, pètent une durite pour une raison inconnue, et se mettent à tout casser. Le film prend alors des tournures d’enquête policière sur fond de complot biblico-cybernétique. Les deux agents chargés de l’enquête, Noah Izumi et Azuma Shinohara prennent le temps de collecter les indices et le spectateur les suit pas à pas. Une rencontre totalement réussie entre le polar et le film d’anticipation, traitée sur un ton résolument adulte.

 

Comme je le disais au début, ici, Mamoru Oshii paraît nettement plus abordable que dans les films qui suivront dans sa filmographie. Bien que le réalisateur aime prendre son temps pour dévoiler son histoire et préfère parfois les moments en creux, dans Patlabor, les moments contemplatifs sont peu nombreux. Le tout semble plus fluide, moins solennel et n’est pas dépourvu d’humour. Son œuvre n’en manque pas mais il reste globalement très discret. Mais comme Oshii reste Oshii, Patlabor pose des questions, qu’elles soient d’ordre politique, technologique (la place de l’homme face à la machine?) ou social (le bien-fondé de la nouvelle Babylone?). Il fait preuve d’une incroyable pertinence et clairvoyance lorsqu’il parle de l’obsolescence des OS (système d’exploitation) ou qu’il évoque les dangers des cyber-attaques. Rappelons qu’à l’époque, nous ne sommes qu’en 1990. Concernant l’animation, on pourrait craindre que les 25 ans de l’anime aient laissés des marques mais il n’en est rien. Le travail et le souci du détail de Oshii sont hallucinants. Toujours très fouillée, sa composition de plans et leurs enchaînements sont toujours ultra-lisibles. Quant à la bande-son de grande qualité, elle est signée par le talentueux Kenji Kawai, qui collaborera à nouveau avec Oshii sur GITS.

 

Patlabor traverse les âges et ne perd rien de son propos, ni même de sa force. A mi-chemin entre le polar et le film de mechas, il parvient à trouver le parfait équilibre. Mamoru Oshii s’impose comme un grand et établit les bases fondatrices de son œuvre à venir.

 

 

Patlabor de Mamoru Oshii (1990) – Studio Deen & IG Tatsunoko. Disponible en DVD et Blu-Ray chez Kazé.

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