Re-Anime: Robot Carnival (œuvre collective)

Re-Anime: Robot Carnival (œuvre collective)

Note de l'auteur

RobotCarnival-1986Quand on regarde la filmographie de Katsuhiro Ôtomo, on se rend compte à quel point il aime les œuvres collectives, la pluralité artistique et le travail collaboratif. En dehors de son titre über-mythique, Akira et du moins connu Steamboy, on retrouve le mangaka sur presque tous les projets omnibus (film à sketchs souvent réalisés par des réalisateurs différents) de la Japanimation. On en compte pas moins de quatre dans sa filmo: Manie Manie (1986), Robot Carnival (1987), Memories (1995) et dernièrement, Short Peace (2013). Je vous ai déjà parlé de Manie Manie et aujourd’hui, place au plus inégal mais non moins intéressant Robot Carnival.

 

Contrairement aux trois autres films cités ci-dessus, Robot Carnival ne se décompose pas en trois ou quatre fragments, mais en neuf. A chaque partie, son réalisateur, son style graphique et son ambiance pour une déclinaison sur le thème de la robotique. Sorti en 1987, un an après le triptyque Manie Manie, Robot Carnival réunit donc neuf grands noms de l’animation japonaise en multipliant les sensibilités artistiques et en faisant preuve d’une inépuisable créativité. Aux commandes de ce projet ambitieux, on retrouve le Studio A.P.P.P. qui officiera par la suite sur les OAV de Jojo’s Bizarre Adventure ainsi que le film Roujin Z. Alors forcément, tout les segments ne se valent pas et certains s’en sortent mieux que d’autres mais l’ensemble arrive à trouver une cohérence malgré son hétéroclisme. La seule constante de Robot Carnival réside dans sa bande-son so 80’s signée par un vieux de la vieille, Joe Hisaishi, compositeur fétiche de Hayao Miyazaki et Takeshi Kitano. Il nous offre une musique à base de synthés assez kitsch, qui, avouons-le clairement, ne fait pas partie de ses meilleures partitions. Parfois touchante mais trop souvent ridicule, voir à côté de la plaque, la bande son est selon moi, le point faible de Robot Carnival, d’autant qu’elle prend une certaine place et pour cause, sur neuf parties, seules deux sont dialoguées. C’est dire si elle est présente. Qu’à cela ne tienne, maintenant que les présentations sont faites, voyons un peu, qui fait quoi.

 

Tout d’abord, l’opening et l’ending sont réalisé par Katsuhiro Ôtomo et sa collaboratrice, l’animatrice Atsuko Fukushima. On reconnaît directement le trait détaillé et précis de Ôtomo. La séquence d’ouverture met en scène une immense forteresse mobile, grouillante de robots qui erre dans le désert. Autrefois, une grande fête foraine, aujourd’hui ce n’est plus qu’un tas de ruines, une véritable bombe à retardement qui rendra l’âme lors de la séquence de fermeture. On rentre dans le vif du sujet avec Frankenstein’s Wheel de Koji Morimoto, également un proche de Ôtomo et un grand habitué des omnibus puisque qu’il a aussi participé aux films précités. Il revisite le mythe de Frankenstein dans un court-métrage maîtrisé aussi bien en terme d’animation que de graphisme et nous rappelle qu’il peut coûter chère de se prendre pour dieu. On change rapidement d’ambiance avec Deprive de Hidetoshi Omori, en se retrouvant projeté dans un futur apocalyptique au prise avec une invasion de robots humanoïdes. Très franchement, Deprive n’offre que très peu d’intérêt car il combine tout les stéréotypes de l’anime des 80’s: couleurs criardes, esthétique et design kitschissime et récit vu, revu et archi-vu. Bref, circulez, il n’y pas grand chose à voir! Presence de Yasuomi Umetsu a plus à offrir dans le fond comme dans la forme. Umetsu a une carrière conséquente et a travaillé sur des projets divers et controversés, notamment Elfen Lied et l’OAV Kite qu’il a lui-même réalisé. Ici, il ne fait pas d’étincelles et reste sage. Presence, l’un des deux segments dialogués, nous conte l’amour impossible entre un homme et sa création de fer et de boulons. Le dessin est fin et permet de mettre en avant une véritable fragilité, une poésie éphémère, un moment fugace qu’on n’a à peine le temps d’appréhender.

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S’en suit Star Light Angel de Hiroyuki Kitazume (chara-designer de Urotsukidôji), un trip shôjo fortement inspiré par le clip de A-ha, Take on Me. A l’instar de Deprive, on ne va pas s’éterniser sur ce segment qu’on prendrait presque pour un épisode de Jem & les Hologrammes. Cloud est certainement le plus expérimental de courts qui composent Robot Carnival. Réalisé par Mao Lamdo (animateur prolixe), ce segment suit un robot qui voyage dans le temps, en suivant l’évolution humaine. Graphiquement plus abstrait, Cloud se contemple comme une toile mouvante dans laquelle les formes prennent vie pour un trip visuel hypnotique. On en arrive au second segment parlant, A Tale of Two Robots – Chapter 3: Foreign Invasion de Hiroyuki Kitakubo, le réalisateur de Roujin Z et Blood: The Last Vampire. Ne cherchez pas de chapitre 1 ou 2, il n’y en a pas! Il met en scène un combat entre deux robots géants, sortes d’ancêtres du mechas, dans une ville très XIXème. Métaphore de l’Occident envahissant le Japon, cette partie se veut plus légère et plus comique que les autres, notamment que la dernière, intitulée Nightmare, un délire fantasmagorique de Takashi Nakamura. Ce dernier n’est autre que le chara-designer et directeur d’animation sur Akira et dans Nightmare, ça saute aux yeux . Le récit ressemble à une relecture techno-cybernétique de la partie finale de Fantasia (Disney), Une Nuit sur le Mont Chauve. On peut y voir un immense robot être le chef d’orchestre d’une invasion de machines dans une immense mégalopole. Ce final dark et complètement barré constitue l’un des segments les plus aboutis de tout le film.

 

Robot Carnival, sans atteindre la poésie et la finesse de Manie Manie ou Memories, parvient quand même à nous proposer une alternative artistique de qualité. Un véritable vent de liberté et de créativité souffle sur le film omnibus qui convie toutes les sensibilités dans une orgie de boulons et de câbles.

 

Robot Carnival (œuvre collective) (1973) – Studio A.P.P.P.

 

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