Re-Anime: Short Peace (œuvre collective)

Re-Anime: Short Peace (œuvre collective)

Note de l'auteur

Short_Peace_posterÇa faisait un bail que je ne vous avais pas parlé d’omnibus, ces œuvres compilant plusieurs courts-métrages. Après Manie Manie, Robot Carnival ou encore Memories, voici donc Short Peace, dernier venu tout droit sorti des studios Sunrise et Shôchiku mais également de la tête du grand Katsuhiro Ôtomo. Un trip animé complètement halluciné et hallucinant comme on aimerait en voir plus souvent.

 

Les omnibus sont, la plupart du temps, un terrain de jeu et d’expression, fertile pour les grands maîtres de la japanimation. À travers eux, ils peuvent laisser libre court à leur imagination débridée et donner naissance à des œuvres atypiques, loin des sentiers battus, dans lesquelles l’animation prend enfin toute sa dimension. En plus d’être un omnibus, Short Peace est également un projet « cross-media », puisque en plus de ses quatre parties distinctes, il en compte une cinquième sous forme de jeu vidéo intitulé Short Peace – Ranko Tsukigime’s Longest Day et jouable sur PS3. En ce qui nous concerne, on se limitera uniquement aux quatre courts-métrages qui composent ce projet complètement taré, initié par le papa d’Akira, Katsuhiro Ôtomo. Il n’en est d’ailleurs pas à son premier coup d’essai, puisqu’on le retrouve également sur les omnibus Manie Manie, Memories et Robot Carnival. Bref, le monsieur aime les travaux collaboratifs. Ici, il fait appel à des habitués tels que Kôji Morimoto pour l’opening et Shuhei Morita, Hiroaki Ando et Tatsuyuki Tanaka pour réaliser trois parties, en n’oubliant pas de s’en garder une pour lui.

 

maxresdefaultQuatre courts, quatre univers, quatre directions artistiques différentes… Tout d’abord, Possessions qui utilise la technique du cel-shading pour un rendu saisissant, nous entraîne dans un récit onirique, coloré et presque psychédélique, en compagnie d’un homme trouvant refuge dans un temple en pleine montagne. Relativement traditionnel dans le fond, Possessions est délibérément moderne sur la forme et tire partie des avancées techniques faites dans ce domaine. S’en suit, Combustible, la partie réalisée par Ôtomo himself. Là encore, le Japon traditionnel et ancestral en est la trame de fond. Sous la forme d’un parchemin se déroulant sous nos yeux, le réalisateur, également scénariste, nous envoie au XVIIIème siècle, lors d’un grand incendie qui ravagea la ville d’Edo. Au milieu de tout cela, une histoire d’amour impossible entre deux êtres aux destins contrariés. La finesse de la réalisation liée à un dessin d’une maîtrise absolu donne à Combustible, une dimension poétique totalement renversante. Très clairement l’une des meilleures parties de Short Peace.

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On continue avec la troisième, intitulée Gambo et qui est clairement la plus frontale et la plus violente. Alors qu’un village se fait exterminer par un démon rouge, un ours blanc – sorte de divinité tout droit sortie du folklore nippon -, va se dresser face au monstre. Des prises de catch, du sang et des pleures, Gambo surprend par sa cruauté et cette montée crescendo dans l’horreur. Côté graphisme et choix esthétiques, on oscille entre animation traditionnelle et technique plus moderne, aboutissant à un résultat proche des estampes japonaises, qui n’est pas sans rappeler Le Conte de la princesse Kaguya d’Isao Takahata. Enfin, pour terminer, A Farewell to Weapons est la plus longue des quatre parties et certainement la plus hallucinante techniquement parlant. Plongé dans un futur plus ou moins proche, nous suivons cinq soldats suréquipés devant livrer bataille avec un robot indestructible. L’animation est d’une fluidité incroyable, et la réalisation, sans faille, nous fait vivre au plus près cette guerre futuriste dans un Tokyo dévasté. Réellement impressionnant, cette partie est une claque à chaque plan et on en redemande.

 

Comme toujours, entre tradition et modernité, les Japonais refusent de choisir et parviennent à fusionner les deux avec une aisance déconcertante. Short Peace est une preuve supplémentaire de l’excellente santé de la japanimation. Une œuvre à la croisée des techniques, des influences et des sensibilités, qui prend ce que chaque réalisateur a de mieux à lui offrir. Encore une œuvre ambitieuse et passionnante de bout en bout. Les omnibus sont définitivement des œuvres à part mais surtout indispensables dans le paysage de l’animation nippone. Vive les omnibus !!!

 

Short Peace (œuvre collective) 2013 – Studios Sunrise et Shôchiku

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